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Histoire à tour de rôle : LES NOCTAMBULES
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Onde
Plume d'oie

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MessageMar 18 Juil 2006, 12:13:34 Répondre en citant
Bofinger, brasserie alsacienne proche de la Bastille, une nuit glaciale de décembre.

Durant de longues heures, dans un ballet digne de Béjart, les serveurs en livrée et pantalon noirs, nœud papillon et chemise blanche, ont dévalé l’escalier à vaste révolution qui mène de la salle principale aux salons de l’étage. A plusieurs reprises, j’ai eu le pressentiment que des plateaux allaient s’entrechoquer, jusqu’à répandre les choucroutes, fruits de mer et chopes de bières sur la tête des clients. Je trouvais l’idée assez séduisante, je peux même dire que j’ai espéré qu’un tel accident se produise.
Cela m’a décroché quelques sourires tout au long du dîner. J’avais bien besoin de ce brouhaha ambiant, de cette effervescence, pour chasser mes idées noires.

La valse des serveurs est enfin terminée. Après s’être gavé comme des oies, la plupart des clients ont poussé la porte à tambour pour reprendre le chemin de leur domicile.

Il est 1h20, cela fait déjà près de cinq heures que je suis installée sur cette banquette en cuir noir matelassé. Je commande café sur café, au grand désespoir du serveur, je fume cigarette sur cigarette, reculant sans cesse le moment de rentrer chez moi.

Rentrer. Pour qui ? Pourquoi ? Ne suis-je pas mieux ici, dans ce décor « Belle époque » aux boiseries sublimes, aux marqueteries de Panzani, parmi les cuivres, les bronzes et les céramiques ? Si je lève la tête, je me trouve juste en dessous de la coupole en mosaïque de verre. Le lieu laisse rêveur ! Qu’irais-je faire dans cette grande maison qui me semble, désormais, si vide et si froide ?

Les tables ont toutes été débarrassées et dressées pour le déjeuner du lendemain. Il ne reste plus que le serveur qui, tout en jetant un coup d’œil fatigué à sa montre, espère que les derniers clients ne tarderont pas à quitter les lieux.

Par le jeu des miroirs, je regarde discrètement les quelques égarés de la nuit qui, comme moi, s’éternisent dans ce décor somptueux.

Un joli couple d’amoureux, les yeux dans les yeux, les doigts entrelacés, s’échange à voix basse, des mots doux ou des serments d’amour éternel. Vu leur attitude, je me demande s’il s’agit là d’un jeune couple ou d’un couple adultère ? Ah l’amour… L’amour oui ! Quelle chimère !

Installé à une table près de la sortie, un homme semble très nerveux. Ses yeux sont rivés sur la porte, ses jambes tressautent sous la table, ses mains sont crispées sur son paquet de cigarettes qu’il ne cesse de tapoter avec son briquet. Pourquoi un tel agacement ?

Autre table, autre ambiance. Deux hommes, une femme, tous trois dans la quarantaine, discutent tranquillement en sirotant un cognac. Tout me donne à penser qu’ils sortent du théâtre. Quelle pièce ont-ils donc bien pu aller voir ?

Tiens, je ne l’avais pas remarqué lui, caché dans un renfoncement de la salle. Plutôt bel homme, très élégant, une épaisse chevelure brune, le teint mat, un visage ciselé mangé par des yeux noirs ourlés par de longs cils de velours, une bouche sensuelle. Il semble perdu dans ses pensées, un brin de mélancolie peut-être ?

Comme c’est étrange d’examiner ainsi les gens qui m’entourent, d’essayer de deviner leur histoire, leurs soucis, leurs joies, leurs peines. Un besoin presque viscéral de me plonger dans la vie des autres. Pourquoi ? Pour oublier la mienne ?

Et si je me regarde au travers de ces miroirs, qui vais-je découvrir ?


Dernière édition par Onde le Mer 15 Aoû 2007, 14:25:11; édité 3 fois
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MessageMar 18 Juil 2006, 12:14:52 Répondre en citant
Pourquoi faut-il toujours que je me sente mal à l’aise quand je sors ? En plus, je parie que chez moi, ce trouble transparaît. Ne dit-on pas, en effet, que le regard est le miroir de l’âme ? Mes prunelles doivent en dire long sur ce vertige indicible et tenace qui m’habite. J’imagine qu’on y lit comme dans un livre ouvert. Je fais mine de m’occuper les mirettes en jouant avec mon briquet sous la table en marbre. Au moins, elles sont baissées et ne me trahiront pas.

Au théâtre, c’était bien. En ce lieu, dés lors que l’on se trouve en position assise, personne ne vous observe avec des yeux ébahis, personne ne vous reluque la croupe avec des étincelles de satyre criblant les pupilles. Et puis, on garde l’esprit occupé, inondé par le jeu de la scène : Le Voyage de M. Perrichon d’Eugène Labiche, c’est désopilant, ça vous met du baume au cœur, ça vous secoue le corps tout entier de spasmes enjoués. Le genre de pièce qui, à travers le rire, vous fait oublier vos tracas, quels qu’ils soient, et vous réconcilie avec l’humanité toute entière. C’est un fait : vous ne vous posez plus de questions, vous vous moquez éperdument de ceux qui seraient susceptibles de vous jauger sur votre apparence puisque, à cet instant, personne ne pense à vous.

Mais voilà. Nous y sommes. Je sirote mon cognac, l’air de rien. Je me vois ingérer une bonne lampée d’alcool qui me brûle le gosier. Pourquoi « bonne » au fait ? Est-ce que dans ce bistrot, parmi les personnes attablées, certaines l’ont remarquée ? Je ne sais pas. C’est probable. Intérieurement, je bouillonne. Il faut que je me persuade que le monde ne tourne pas autour de moi et que les habitants de la planète bleue se fichent bien de savoir si je suis une quadra alcoolique ou non. D’ailleurs, les deux compères en face de moi ne se soucient pas de mon triste sort et c’est tant mieux. Je leur jette parfois des œillades distraites, je les entends mais ne les écoute pas. Il est curieux de constater comme deux individus du même sexe se rejoignent parfois, faisant fi du sexe faible à proximité. Cependant, je ne vais pas geindre dans la mesure où la situation me sied à merveille.

Je suis fatiguée. J’ai faim aussi. Je voudrais rentrer.
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Indigo
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MessageMar 18 Juil 2006, 12:17:03 Répondre en citant
Une heure que j'attends...Je n'ai pu rater personne, je suis juste à côté de l'entrée ! J'ai vraiment l'air d'un adolescent pour son premier rendez-vous ! Et en plus, ça fait une demie heure que j'ai envie d'aller aux toilettes, c'est bien ma veine ! Juste quand il faut pas !
Je préfère ne pas m'absenter... Ca fait trop longtemps qu'on ne s'est pas vus et avec ma chance habituelle, il suffirait que je m'éclipse pour que "S" arrive, ne me voie pas, pense que je suis parti et... Et qu'on se loupe ! J'ai quand même pas attendu une heure pour rien ?!... Mais là, Franchement, ça me prend à la gorge et, avec ce stress qui sollicite d'avantage ma prostate... Bon, faut absolument que je trouve une solution, ou je vais me faire dessus !
Y'a des situations comme ça où on vit de grands moments de solitude ! Pourquoi est-ce à moi que ça arrive ce genre de plan ?
Bon je tiens plus, faut que j'aille aux toilettes !
Tiens, la jeune femme seule assise en face de moi, elle a l'air plutôt sympa... Nerveuse mais avenante... Je vais lui demander de faire le guet pour moi...Si ça se trouve elle attend quelqu'un aussi ! Ca la fera patienter...

(je me lève et me dirige au plus vite vers la jeune femme. Embarassé, je m'adresse à elle le plus discrètement possible...)

- Excusez-moi de vous importuner, c'est un peu délicat... Voilà... Euh, j'ai une vraie urgence naturelle et... Euh, j'attends quelqu'un ! Deux situations que je ne peux décemment pas gérer en même temps... Euh, Si je vous décrivais la personne, accepteriez-vous de l'interpeler, si d'aventure son entrée se faisait pendant mes obligations ?
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Stéphane
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MessageMar 18 Juil 2006, 12:19:15 Répondre en citant
La soirée a été somme toute tranquille, les clients généreux si j'en juge par le poids des pièces de pourboire dans ma poche de pantalon. Elle serait parfaite si tous ces gugusses partaient dans la demie heure. Je ne sais pas ce qu'ils ont à trainer ce soir. Je crois que j'ai vraiment la scoumoune, à chaque fois que je suis de fermeture, tu peux être sûr... Bon, j'ai un boulot, je garde ça pour moi! Ils attendent quoi? Le retour du printemps! Ils ne se doutent pas que je dois ensuite essuyer les tables et mettre les chaises dessus pour passer un coup de balai et de serpillère! Sans parler du patron qui fera la caisse, et avec celui-là vous êtes certain qu'il comptera ses sous jusqu'au dernier centime. Quel radin, et arrogant avec ça... Même s'ils le savaient, ils s'en moqueraient. A peine « bonjour », « s'il vous plait » et « merci », bref je suis le distributeur de boissons monté sur pattes!

Le solitaire vient de se lever. Cela faisait un petit moment que je le voyais reluquer la demoiselle. Nerveux le gamin avec son air de chien battu. Pile face gagné, le voilà qui se dirige vers elle, en regardant aux alentours comme si l'on n'avait pas remarqué son manège. Bien tenté mon gars, mais je subodore que tu n'es pas son genre, et qu'elle attend quelqu'un! Aller va aux chiottes faire pleurer le petit, mon garçon, et restes-en là, je n'ai pas l'intention de nettoyer les murs de tes projections nocturnes.

Bon en partant, si mon scooter démarre, il ne faut pas j'oublie de donner du ronron à minet, sinon monsieur va me donner des coups de queue à 7 heures pour me réveiller. Je me demande quelle bétise je vais découvrir en ouvrant la porte de mon appart.. Hier, il a massacré toute ma collection de voitures miniatures. J'ai passé plus d'une heure à ranger l'étagère. Heureusement que je n'avais pas levé de minette. D'ailleurs, ça ne m'intéresse plus ces aventures d'une nuit, trop répétitif, trop fade, l'impression de me répéter. Enfin, j'aurais eu l'air fin...

Voilà, la femme du trio qui m'appelle. Une belle femme. Bien habillée. Je dirai sexy avec ses talons hauts démesurés, sa robe noire fendue où apparaissent de belles jambes gainées de noir, son petit pull angora serré dont le col en V dévoile deux merveilles. Je ne sais pas lequel des deux partage ces trésors, mais il ne doit pas s'ennuyer le bougre... Et pourtant, je la sens terriblement seule. C'est le troisième cognac qu'elle me commande. Elle va virer alcoolo si je n'interviens pas! Vais devoir me débrouiller pour qu'elle remarque le mâle qui est en moi... J'ai toujours été attiré par les causes humanitaires. Si seulement elle quittait la table pour aller aux wc, je lui glisserais bien ma carte! En voilà une qui a besoin d'être drivée...
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Onde
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MessageMar 18 Juil 2006, 12:20:39 Répondre en citant
Un coup d’œil sur ma montre. Tiens, la jeune femme passe une nouvelle commande, je vais en profiter. L’alcool permet d’oublier !

- Garçon s’il vous plait ! Une framboise et un café… serré le café ! Merci.

Ce serveur n’est vraiment pas aimable ! Il en a fait une tête en prenant ma commande ! Tu préfèrerais fermer la boutique, hein ? Raté ! Remarque, vu l’heure qu’il est, il doit être bien fatigué. Ce que tu peux être intolérante parfois ma fille, il ne faudrait pas que la tristesse te rende aigrie !

Une autre cigarette. Encore un paquet parti en fumée en peu de temps. En fumée, oui c’est le cas de le dire ! Avec ma toux persistante, va falloir que je songe à arrêter, un jour. Un jour… Oui, je l’ai dit tellement de fois « demain j’arrête ! ». Vaines promesses que l’on fait aux autres et, parfois, à soi-même.

Que ce bel homme me semble nostalgique ! Avec tout le calva qu’il ingurgite, il va être complètement pompette ! D’ailleurs ses yeux commencent à se fermer. Qu’il a l’air triste lui aussi. Il me rappelle quelqu’un, un homme, il n’y a pas si longtemps. Juste deux nuits passées dans ses bras après tant d’années à rêver de lui… Je l’ai aimé si fort ! Peut-être que je l’aime encore ? Dommage, l’histoire aurait pu être belle, si... Bon, avec des si, on mettrait Paris en bouteille ! Inutile de se lamenter. Et puis, cela n’a rien d’exceptionnel, c’est peut-être même le triste constat de ma courte vie. Ratage, plantage, échec, écueil, et on recommence, et on y croit, et on donne encore, pour se planter à nouveau, encore et encore, et encore ! Stop ! Terminé ! C’est à se demander s’il ne vaudrait mieux pas virer sa cuti ?

La jolie blonde là-bas n’a pas l’air bien gai non plus. Ses deux compagnons ne semblent pas très attentifs à sa détresse. J’aperçois son reflet dans le miroir, sa jolie tête encadrée par les épaules de ces messieurs qui me font face, habillée style femme fatale. Décolleté plongeant. Sexy la quadra ! Elle fait semblant de les écouter, c’est sûr. Elle est en pleine introspection. Qu’est-ce qui peut bien la rendre si triste elle aussi ? Et puis, il n’y en a pas un des deux pour se rendre compte de quelque chose ! Ah ces hommes, toujours tournés vers leurs petites personnes ! Tiens, elle me regarde dans le miroir. Je lève mon verre discrètement dans sa direction « à ta santé la jolie, tu me fais un petit sourire ? ». Tiens, elle a du recevoir mon message muet, elle porte son verre de cognac à sa bouche. Son regard me fuit déjà.

Le nostalgique semble plongé dans ses souvenirs. On dirait un petit garçon. Comme il est attendrissant avec son sourire malheureux. C’est fou, il ne lui ressemble pas mais il y a une expression, une douceur indéfinissable qui me rappelle… Lui !

Quelle soirée ! Je viens ici pour me changer les idées en me faisant un bon dîner dans un cadre somptueux et me voilà entourée de personnes aussi gaies que moi... C'est sinistre. Je ferais peut-être mieux d'aller faire un tour en boîte de nuit. De la musique à m'en faire péter les oreilles, de l'alcool à gogo dans une ambiance enfumée ! Le rêve ! Ce que tu peux être ironique Léna, tu as toujours détesté les boîtes !

Non mais je rêve ! Après s’être excité sur son briquet, notre énervé me regarde fixement ! Qu’est-ce qui lui prend ? Une envie pressante, une personne qu’il attend ? Oui, d’accord, je fais le guet !

- Allez-y, ne vous inquiétez pas, je reste les yeux fixés sur la porte !

Réalité ou technique de drague ? Peu importe. A part traîner ici, je n’ai rien d’autre à faire.
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Indigo
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MessageMar 18 Juil 2006, 12:21:57 Répondre en citant
- Sympa ! Merci, merci beaucoup ! Je fais le plus vite possible !

(Je ne sais même pas si je vais pouvoir tenir jusqu'en bas des escaliers, tellement j'ai envie...)

Bon, c'est pas grave si elle a pensé que je voulais la brancher... Du moment que je peux aller pisser ! Mais à la façon dont elle m'a parlé, j'ai bien cru qu'elle allait mordre ! Si ça se trouve elle aime pas les mecs...Non, ça m'étonnerait, elle est beaucoup trop féminine...Et si elle avait remarqué que je suis homo ? Si ça se trouve, elle aime pas les pédés !!

Ben alors elle aime quoi ? La nana qui est avec les deux mecs peut-être. Je l'ai vu lever son verre vers elle tout à l'heure...Ca a dû l'énerver que l'autre femme ne donne pas suite...Non, elle doit juste être perturbée, ou inquiète si ça se trouve ? Toutes ces cigarettes qu'elle a fumées et tous ces cafés qu'elle a avalés... C'est signe d'impatience, un peu comme moi d'ailleurs ! Pourtant elle m'a vraiment l'air sympa...Bizarre ça, bizarre ! Bon j'espère qu'elle a bien saisi la description que j'ai faite de "S"
...Manquerait plus qu'on se loupe à cause d'une envie pressante...alors que c'est justement pour une envie pressante qu'on doit se voir !

Bon, s'il ne vient pas, je jette mon dévolu sur le beau brun au teint mat là-bas, tout seul ! Alors lui...Avec ses yeux noirs c'est tout à fait mon style ! Bon je préfère les yeux verts mais une paire de lentilles colorées et on n'y verra plus rien ! Il m'a lancé deux ou trois regards tout à l'heure...Je ne sais pas si c'est du lard ou du cochon, mais franchement il me dirait "oui"... Eh ben je dirais pas "non" ! Ca suffit ! Tu rêves Pierrot , il est trop beau pour toi celui-là !
Ou alors... le serveur ! Il m'excite celui-là aussi ! Toujours la main dans la poche ! Il va pas le perdre son crayon ! Ou alors il cache une érection parce qu'il a envie de moi ?
C'est fou, hein, tout ce qui peut nous passer par la tête dès qu'on a un moment de tranquillité...!

Ah !! Ohhh !! Ouh la la !! Au moins trois litres...Ca fait du bien de se soulager ! Finalement je me demande si c'est au garçon ou à cette cliente compatissante que je vais laisser le pourboire ! Non, ça fait trop " dame pipi " dans les halls de gares ! Ho ça va, je plaisante...

Allez, un lavage de mains...Un peu d'eau sur le visage pour rafraîchir...Quelques gouttes sur les sourcils pour les remettre en place...Deux trois tapotements sur les joues pour reprendre des couleurs... Et voilà je suis prêt pour remonter !

- Vraiment encore merci mad'...
Ah ! Serggio tu es enfin arrivé...Tu t'es perdu ou quoi ? T'as eu du mal à laisser ta femme toute seule ? Je te jure, j'étais à deux doigts de partir !
Tu crois que ça fait du bien d'attendre sans cesse ? Tu veux pas te mettre à Ma place une fois dans ta vie ?... Bien sûr, je connais la situation...Oui je l'ai acceptée...Et alors ?
Pourquoi je hausse le ton ?? Tu oses me demander ça ? Mais parce que tu m'emmerdes à te prendre pour le roi du monde ! Je ne suis pas ta chose ! Ca va rentrer dans ta petite tête ?
Et je peux parler encore plus fort si je veux ok ? J'en n'ai rien à battre que les gens entendent !
Alors tu sais ce que tu vas faire...Tu vas repartir comme tu es venu ! Ca fait plus d'une heure maintenant que je me demande si tu vas arriver ! J'ai même failli me pisser dessus pour pas te louper ! Tu crois que c'est valorisant de demander à des gens que je connais même pas de guetter ton arrivée à ma place ? J'ai l'air de quoi moi ?
Pantin, potiche, objet, c'est pas moi ! Je te le répète, je ne suis pas ta chose, ok ?
Et maintenant tu te tires... Et vite !
...
Serggio est parti, c'est étrange j'ai l'impression d'être libéré d'un poids énorme. Comme quoi uriner un bon coup peut vous remettre les idées en place ! D'ailleurs je déclare officiellement ce soir : " les toilettes, aire de réflexion métaphysique, d'utilité publique" ! En même temps je me suis ridiculisé devant tout le monde ! C'est simple plus personne ne parle !

- Hum ! Euh, excusez-moi messieurs dames pour cette scène à laquelle je vous ai obligé à assister...

Désolé mad'moiselle, je me suis emporté mais y a des moments où c'est plus possible de toujours passer l'éponge ! Si tout le monde faisait comme les deux amoureux assis là-bas, la vie serait si simple !
Vraiment ça m'ennuie de vous avoir mêlée à ça ! Puis-je vous offrir un verre pour me faire pardonner ? En toute gentillesse bien sûr !
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Bluedream
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MessageMar 18 Juil 2006, 12:24:04 Répondre en citant
Bon, je fais quoi maintenant ? Un verre puis un verre puis un verre et puis quoi ? Attendre de rouler par terre ? Pourquoi faire ?
En plus j'aime pas le cognac, je ne comprends même pas pourquoi j'ai pris ça.
Ah si, je sais, parce que j'en ai vu passé un devant mes yeux, quand le serveur s'est approché.

- "C'est quoi ça ?"
- "Ça ? un cognac pour la p'tite dame là-bas" m'a-t-il répondu en tendant son pouce vers l'autre table.

La p'tite dame ? Si j'avais la tête à ça, moi j'aurais dit la belle dame, encore un qui ne sait pas regarder.

- "Bon, bah comme elle alors, s'il vous plait".

C'est comme ça que ça a commencé.
Puis mon petit jeu a continué, chaque fois que je voyais un verre de cognac passer, j'ai commandé le même. Mais je ne suis pas sûr qu'ils étaient tous pour elle.
C'est ma chance ça, j'ai dû tomber sur une association de buveurs de cognac. Forcément, à cette heure-ci personne ne boit de l'eau.
Et ce truc rose maintenant, une grenadine ? Pfff, vu la taille du verre, ça m'étonnerait. Qu'est-ce que ça peut bien être ? Bon, je crois que je vais changer d'imitation.

- "Serveur !"
- "Quoi ?"

Super, encore un aimable. Bois un coup mon gars, fait comme tout le monde, au moins il n'y a d'agressifs ici, à part toi. Juste des dépressifs on dirait. C'est qui le con qui pérorait sur les gens de la nuit déjà ? Que des fêtards il disait ? Tu parles, encore un cliché, à moins que ça soit l'endroit.

- "Hein ?"
- "Vous voulez quoi ? Ça fait 3 fois que je vous demande !"
- "Pardon, je rêvais, oui, le truc rose que vous avez servi, c'est quoi ?"
- "A la p'tite dame-là ? Une framboise".
- "Bah alors pareil. Merci".

P'tite dame, p'tite dame. Que des p'tites dames d'après lui. Pas une à ma taille alors. Trop de décalage avec les p'tites dames, je me casse le dos à chaque baiser, fini ça maintenant.
Remarque, la taille, ça n'a jamais un critère pour moi.

Celle-là aussi elle a du charme, un truc un peu mystérieux, elle me rappelle quelqu'un, un truc de dessins animés peut-être. En plus toute seule à cette heure, c'est intriguant. Pourquoi une femme est toute seule ici en pleine nuit à boire des framboises ?
L'autre mignonne, c'est évident, elle suit son homme (lequel d'ailleurs, les 2 lui tournent le dos ?), mais elle.
Quoi que, peut-être qu'elle vient draguer, et puis ça marche, avec l'autre qui vient lui conter fleurette.

Moi au moins je sais pourquoi je suis là, cognacs, framboise, si j'arrive pas à trouver l'oubli avec tout ça…
Moi qui croyais que j'étais redevenu enfin solide, tu parles, friable, bien fragile oui. Mais ça m'a fait un choc de la voir avec sa poussette. Elle m'a fait replonger d'un coup en arrière. J'ai compris plein de choses d'un coup.
Dire qu'elle m'avait dit qu'elle ne ferait jamais de gamin, qu'elle ne voulait pas s'abîmer avec une grossesse, ni ne pas pouvoir vivre sa vie à cause d'un mouflet.
Et là je la croise, 2 ans après, avec sa poussette.
C'est pas elle qui n'avait pas envie, c'est moi qui ne lui donnais pas l'envie. C'est tout autre chose. De toute façon c'est fini. Espoir, espérances, désespoir oui.
Le désespoir est-il soluble dans la framboise ? Bon, on va bien voir, tant que j'arrive à voir, et à boire.

Alors, un tour d'horizon avant de sombrer, une jolie esseulée qui regarde à gauche, à droite, l'air mine de rien, un grand nerveux qui tape sa crise de nerfs sur son pote, comment il l'a jeté celui-là…, deux indifférents à une beauté qui semble chercher l'espoir dans son verre, comme moi.
Super la fréquentation de la brasserie, la nuit.

Si j'avais faim, ça me couperait l'appétit.
Enfin, je crois, de toute manière l'estomac vide, c'est mieux pour boire non ?
Mais, en fait, je n'ai pas envie de ça, boire et déboires assurés.
Allez, un peu de courage, avant d'aller me promener, déambuler dans les rues de Paris.

- "Garçon ? vous servez quoi à manger ici ?"
____________________
Il y a des choses qu'on ne peut dire qu'en embrassant... parce que les choses les plus profondes et les plus pures peut-être ne sortent pas de l'âme tant qu'un baiser ne les appelle.
Maurice Maeterlinck
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Onde
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MessageMar 18 Juil 2006, 12:24:53 Répondre en citant
Moi qui espérais un peu d’ambiance, je suis gâtée ! La honte ! Je n’aurais pas aimé me faire envoyer promener de la sorte en public ! Bon, il est vrai que nous sommes peu nombreux à cette heure-ci, mais tout de même ! Juste à côté de moi qui plus est. Il n’y a que les amoureux qui ont consenti à se lâcher des yeux quelques secondes, tous les autres regards sont restés rivés sur nous. Je pouvais lire, sur les différents visages, des expressions de stupeur ou de gêne. Il y a même un des hommes de la table de trois qui s'est esclaffé ouvertement. Pas très sympathique ce type.
Ce Serggio est parti sans demander son reste.

J’ai préféré refuser le verre que m’offrait l’énervé. J’ai envie d’être seule. Je lui ai expliqué poliment que je venais de commander un café et une eau de vie de framboise. Il est retourné s’asseoir tout penaud. Je vois bien qu’il est désemparé. Déclamer ainsi son homosexualité en public n’est pas chose aisée, certes, mais de plus il doit être triste de ce rendez-vous avorté. Il avait sûrement une nuit brûlante en perspective. Homosexuelle ou hétérosexuelle, la relation amoureuse n’est jamais une sinécure.

Je suis bien mieux toute seule finalement. J’en ai marre de toutes ces prises de tête qui arrivent inévitablement au bout d’un certain temps. Je n’en peux plus de ces histoires dans lesquelles on se donne corps et âme et qui se soldent toujours par un échec. Vive le célibat ! Bon, arrête de faire ta maligne Léna, s’il te disait oui tu ne dirais pas non ! Il te manque hein ? Quelle idiote tu fais ! Tu savais bien ce qui t’attendait en commençant cette histoire. Au lieu de traîner ici en reculant sans cesse le moment de rentrer chez toi, dans ce lit froid, sans un corps dur contre lequel te blottir, tu ferais mieux de prendre ta vie en main et de te mettre en quête d’un homme disponible.

Le nostalgique commande tous les verres qui lui passent sous le nez, il devrait se méfier des mélanges ! Tiens, il souhaiterait manger… pour éponger ? C’est le serveur qui n’est pas à la fête, il tire une tête de chien battu. La nuit s’éternise et personne ne semble pressé de partir.
Oui, il est beau cet homme avec son air triste. Il boit, il ferme les yeux, il esquisse parfois un sourire amer. Il m’a regardé avec un air songeur, il y a quelques minutes, j’ai le sentiment que je lui rappelais également quelqu’un. Il faut dire que, chacun à sa table, à boire sans soif, nous avons quelques similitudes.

La seule autre femme de la brasserie n’est pas au mieux, elle non plus. On dirait que nous concourons tous trois à celui qui va ingurgiter le plus de verres. Je ne suis pas certaine de tenir la distance, pourtant j’ai un ami qui me dit souvent que j’ai une descente qu’il n’aimerait pas remonter à vélo.

Le calme est enfin revenu. Chacun a déjà oublié l’esclandre qui vient de se produire. Pourtant, un peu d’animation ne serait pas pour me déplaire si je n'y suis pas mêlée directement.

Je fais tourner l’alcool dans mon verre, je regarde le liquide napper les parois. Une autre cigarette.
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MessageMar 18 Juil 2006, 12:25:44 Répondre en citant
Homo ou hétéro, même combat apparemment, l'amour, toujours l'amour pour faire naître des espoirs un jour déçus.

Et si j'essayais ? Peut-être que... entre déçus on devrait s'entendre.
Bon, faut vraiment que j'arrête de boire. Je sais bien que c'est pas mon truc les hommes.
Bien sûr que j'ai essayé, histoire de voir, faut profiter de sa jeunesse pour se former.
Mais je sais bien qu'un corps d'homme ne me fait rien. Seule la petite flamme qui brille dans les yeux d'une femme aimée me fait vibrer, bander, m'excite et peut m'entraîner partout, ou n'importe où, même dans des culs-de-sac.

Pfff, ça s'arrange pas mon moral on dirait.
Faut vraiment que je mange.

Si au moins le serveur était homo, j'aurais déjà la carte devant moi, mais il n'a d'yeux que pour elles. Va falloir encore faire le client désobligeant pour avoir le minimum.
Enfin, diplomatie et alcool font bon ménage chez moi, ça devrait aller.

Et puis laquelle il regarde d'abord, l'esseulée qui mate tout le monde en douce (moi aussi, j'ai vu, je dois être un cobaye d'un pari à elle, "tombera-t-il avant ou après le xième verre ?") ou l'accompagnée ignorée ?
Qui je regarderai moi, en temps normal ?
Je sais pas j'ai pas vu leur cul ! Non je déconne, n'importe quoi mes pensées, comme si un postérieur était le centre d'intérêt d'une femme. Non. Les deux sont mignonnes, chacune a l'air particulière, tout ce que j'aime d'habitude justement, moi qui ai horreur de la banalité.
Oui, chacune... chacune doit avoir horreur des mecs bourrés et qui ressemblent à Droopy.
Bon, j'arrête et je mange ou je me finis lamentablement et je bois ?

Faut réfléchir. Une gorgée de ce truc (pas mauvais ma foi, elle a bon goût la "p'tite dame"), quelques volutes. Réfléchissons, si possible.
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Maurice Maeterlinck
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Stéphane
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MessageMar 18 Juil 2006, 12:27:00 Répondre en citant
Et bien ! La soirée a été animée... Pas courant qu’un couple de type homo-sapiens homosexuels se déchire ici. C’était digne d’une pièce de théâtre de boulevard avec l’amant marié éconduit ! Quelle scène. Mon client est un type retors et courageux. Il pouvait partir et laisser l’autre en plan, ou s’expliquer à l’extérieur. Il a préféré l’attendre et le renvoyer comme un malotru, et au diable la réputation. Cela ne manque pas de panache.

Mais à l’observer, on lit de la tristesse dans son regard. Serait-ce quelqu’un d’impulsif, le genre de mecs qui ne se contrôlent pas et regrettent après-coup? Finalement, il ne ressemble pas aux stéréotypes des petits minets qui vivent en vase clos dans le Marais. Paradoxal de constater qu'ils ont volontairement constitué un ghetto, alors que leurs aînés se sont battus courageusement pour vivre comme les hétéros.

J'en ai vu d'autres, mais là je me suis mis le doigt dans l'œil, jusqu'au coude sur son compte. Perso, je les aime, ce sont des concurrents en moins. Je lui demanderais bien ses coordonnées. Pas entremetteur de nature, mais Pierre déprime tellement depuis deux ans. J'ai beau l'emmener aux expos, au ciné ou aux concerts, il n'arrive pas à franchir le cap.

Il ne semble pas au mieux. Quelle pitié, un si beau gars. Bon, l'explication a été orageuse mais quand même... Allure de chien battu, bras croisés, allez bois un verre et aère-toi. Tu en retrouveras d'autres... Il lève les yeux en ma direction, sans doute pour commander un remontant…

- « Oui, vous désirez ?

-« Une framboise et un café. »

-« Très bien, je vous l'apporte immédiatement ». C’est une mode, ou quoi ?

- « Et voilà, monsieur ! »

- « Merci mais je ne voulais qu’une simple framboise ».

- « C’est la maison qui régale, ne me demandez… »

Toi petit phoque, tu reluquerais le beau gosse endormi que ça ne m’étonnerait pas. Chapeau bas, tu rebondis vite ! Mais attention, la p’tite dame a une longueur d’avance sur toi. Si tu voyais comme elle le vampirise avec ses yeux…

A moins que… Non, quand même pas ? Tu n’essaierais pas de te la brancher? Serais-tu bique et bouc? Jouerais-tu sur les deux tableaux pour maximiser tes chances. C’est astucieux. Enfin, si ça peut te remonter le moral… Avec de la chance, tu toucheras le gros lot, un beau trio…

N’empêche, qu’est-ce qu’ils lui trouvent à ce mec à moitié endormi, la beauté éthylique ? Certes, il est mieux que moi, mais ce n’est pas un playboy. On sent le gars friqué, l’ex-jeune cadre dynamique, au cerveau formaté, qui fonçait et ne se posait pas de questions inutiles, surtout pas existentielles…

L'ancien winner qui ne jurait que par la culture, celle avec retour sur investissements, la culture d’entreprise bien-sûr. Faut aimer, c’est comme la musique militaire. Et qui se gaussait de mots tels que citoyenneté ou participation, ceux qui donnent une bonne image de la boite à l’extérieur, pas l’intervention critique des salariés, nuance…

Bref, la pâle copie de l’homme moderne qu’il fut, avec un job si prenant, une grosse voiture, un bel appartement, une maison de campagne et, accessoirement une femme et des enfants.

Toujours bien sapé mais négligé, la veste froissée, le nœud de cravate à moitié dénoué, avec vue sur un col de chemise entrouvert d’une blancheur douteuse. Vers 20 heures, il a du découvrir son appartement vide avec un petit mot d’explication. Echec ! Son premier ? Il semble carrément sonné. Knock Out.

Il prends la carte, et regarde la salle. Lis-là, ça te dépaysera des rapports soporifiques et des études insipides dont tu te gavais à ta belle époque durant tes loisirs. A mon avis, s’il me réclame un sandwich, ce sera une invitation à peine déguisée pour une sortie à trois…

- « Hein ?». Elle me cherche la belle quadra! J'aime bien le son de sa voix. Suave, sensuelle, un brin vulgaire, à faire bander un âne. D'ailleurs, j'en suis un, et pas mieux loti d'ailleurs. Je touche du bois… Toi ma belle, tu m'excites en prenant un air indifférent et un ton dédaigneux. Je vais te causer autrement, tu vas trouver à qui parler !

- « Je vous prie de m'excuser très chère. Vous désirez vous sustenter? Plaisir de la bouche, du corps et de la psyché. » Ah, elle me sourit... et me répond un « peut-être » qui est loin d’être ironique, hum son sourire est avenant même...

- « Alors, en cette heure reculée ou avancée, tout est relatif, je puis vous proposer en hors-d'oeuvre nos salades « l'ange sur le toit », « il fait beau à Paris aujourd'hui » ou « les fleurs du mal ». En plat de résistance « les lois de l'attraction », « la conjuration des imbéciles » ou « les beaux quartiers », et en dessert « nadja », « les compagnons de la grappe » ou « satori à Paris ». Silence étonné vaguement songeur de la belle... Tu tiens le bon bout mon gars, ne mollit pas!

-"Si jamais vous ne trouvez pas votre bonheur madame pour régaler vos augustes papilles, choisissez une de nos deux formules complètes « vices privés, vertus publiques » ou « continents à la dérive », oups on m’appelle, je vous laisse réfléchir en toute sérénité ».

Qu’est-ce qu’elle veut encore ma dîneuse en solitaire ? Une tranche de jambon pour signifier aux deux mâles, qui tirent une gueule d'enterrement, seuls dans leur coin, qu’elle est partante pour une triangulaire? Bon allez, j’arrête de délirer, je suis trop con.

- « Un café et une framboise , deuxième, très bien ma p’tite dame, je vous les apporte de suite… ».

Puisque tout le monde traîne son spleen, exceptés les deux imbéciles qui réduisent la belle à une potiche, je vais tout suite lancer le cd avec « atmosphere » et « Love we tears us apart », ça participera à l’ambiance en la dé-stressant. « Walk - in silence, don’t walk away - in silence, your confusion - my illusion… » Bon dieu ça me chavire!

- « Oui oui, j’arrive ma p’tite dame ». Pas un seul moment de répit, les choses s'accélèrent!

Petite, faut pas pousser, c’est une femme. Pas mal. Le genre cool et bohème, tendance grincheuse qui ne se laisse pas marcher sur les pieds. Certainement une grande timide qui se protège derrière un paravent de froideur . Oula, comment elle vient de remettre l'autre à sa place, ziva la meuf! Elle, non plus, ne semble pas dans son assiette. On nage en plein pathos !

C'est une maladie contagieuse ou quoi? Vous aimez les rencontres, vous avez le sens du contact? Choisissez la restauration et l'apprentissage. Fiers les parents! Pensez donc, le premier de la famille qui rentre au lycée. Un lycée pro, les vieux ! Pro comme professionnel et comme prolos. Pas un ministre n'y a usé ses fonds de culottes.

Enfin, dans quelques mois, cette vie deviendra souvenirs. Elle m’aura permis de ne pas me flinguer et d’observer la vanité de mes concitoyens... Mais côté vie privée, c'est raté... Pas la peine de s’étendre, je dois faire bonne figure pendant le service.

- « Et voilà votre café et votre framboise, ma p'tite dame, y’a pas mieux pour faire passer votre merveilleux dîner». Et toc !

- « Merci !!! » Wouah, quelle arrogance, faut se la farcir! Pas une raison d’être aussi désagréable.

- « Merci mon chien ? » Ai-je rétorqué à voix basse avec mon plus beau sourire, les yeux dans les yeux.

Le rouge lui est monté au visage. Je craignais qu'elle réagirait, mais elle est restée bouche-bée, sonnée et honteuse. Remplace le café par de l’eau plate pour accompagner ta framboise, ça te rendra plus zen, chérie ! Clients-rois certes, mais pas tyrans. Serviable, pas carpette.

Surpris, j’entends une voix qui m’est familière, et me retourne.

- « Salut Pierre, je pensais justement à toi. Qu'est-ce qui t'amène ici, à pareille heure? »

- « Je suis invité à une soirée à côté, alors en passant j’en profite pour te le rendre. Excellent. Ecoute, je t'appelle demain. »

- « J’espère, amuse-toi bien l’ami ».

Bon, je prends la commande de la belle, délaissée par les deux glands, et je pose ensuite le Nick Tosches sous le comptoir.
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MessageJeu 25 Jan 2007, 13:31:10 Répondre en citant
BRAOUM a fait la vaisselle
GRRRR a fait la damoiselle avec son chevalier-desservant avant de partir.

Décidément, que de cassages ce soir, cette nuit de rupture en tout genre.

A qui le tour ? Le couple d'amoureux ? M'étonnerait, ils ne voient rien d'autre pour l'instant que leur bonheur, profitez-en tant que vous y croyez, si vous saviez...

L'autre grand nerveux alors ? Qui depuis q'il a viré son copain hésite visiblement sur l'heureux élu qui le consolera cette nuit, elle ou moi ? Moi ou elle ? Pour elle, je crois que c'est rapé. Pour moi ? C'est le genre à tester.
Alors peut-être avec lui le prochain drame nocturne.

Ou moi ?
Mais comment faire un esclandre tout seul ? M'engueuler ? Ou m'en prendre au serveur qui m'ignore ?

Ou avec elle, dont je n'arrête pas de sentir le regard posé sur moi, en direct ou dans la glace ?
Peut-être qu'à force de se surveiller un contact se créera entre elle et moi, et puis comme ça on pourra s'engueuler, comme tout le monde.

"Bonsoir Madame, puis-je m'asseoir à vos côtés pour avoir une chance de me disputer avec vous, histoire d'être dans le ton de la soirée ?"
Peut-être que cela marcherait tiens.
Faudra que j'essaie, tout à l'heure, quand j'irai mieux, peut-être.


De toute façon, un petit tour aux toilettes me fera le plus grand bien. D'abord vider cette vessie que je remplis consciencieusement depuis tout à l'heure, puis la tête sous l'évier.
Joli programme.

Pffff, pas facile de marcher droit, lentement pour sauver les apparences. Heureusement qu'ils ont mis une rampe dans l'escalier...

Bon, quel urinoir choisir ? J'ai parfois une hésitation devant ces rangées, les petites sur les côtés, les individuelles, la grande rangée au milieu où chacun peut s'aligner côté à côté pour pisser fraternellement, l'air dégagé en se concentrant bien pour ne pas regarder à côté.

Allez, celui du milieu.

Et maintenant, me rafraîchir, me laver les mains et l'esprit.

Tiens, un bruit de pas, quelqu'un arrive dans l'escalier. Instantanément j'imagine plein de choses, qui peut bien descendre ?
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MessageJeu 25 Jan 2007, 13:34:17 Répondre en citant
Bon, résumons-nous !

Une rupture...c'était pas plus mal! J'aurais pû m'y prendre différemment, être un peu moins "m'as-tu vu", mais c'était plus fort que moi... Ce coup-ci il m'a vraiment gonflé ! D'autant que je l'avais déjà prévenu il y a quelque temps...

Un refus de dialogue signé d'une inconnue qui me semblait sympathique... C'est pourtant pas tous les jours que j'offre un verre à une femme ! En même temps elle a l'air tellement perdue... Mais curieuse quand même ! Comme si elle était venue ici faire son marché d'idées pour un article sur "les noctambules paumés du 21ème siècle"... Ce soir y a de quoi écrire avec tout ce qui se passe !

Un type plutôt avenant, beau gosse, mais marié avec l'alcool ! Vraiment dommage... J'aurais pu tenter une approche...
Oh la ! Marche tout droit mon gars... La descente est plus raide que tu ne l'imagines ! Aïe ! S'il fait pas gaffe il va finir la tête dans l'urinoir avant même d'avoir posé le pied sur la deuxième marche des escaliers ! Au moins celui-là il me fait sourire ! J'aurai pas complètement perdu ma
soirée !

Un serveur, pas très causant... Faut dire qu'il est tard aussi ! Le genre macho qui croit sûrement que c'est dans la poche avec une nana dès qu'il lui amène un verre...Va falloir apprendre quelques règles de bienséance jeune homme !! C'est urgent ! Enfin bref, ce que j'e pense ! Avec l'esclandre que j'ai fait à l'autre, je ne vaux pas mieux !

La blonde qui traînait avec les deux types qui s'en va en claquant la porte... Elle a voulu me copier celle-là ou quoi ? Comme elle te les a plantés là les deux autres ! Moi, à sa place, je l'aurais carrément giflé le Max! Non mais ? Et ils n'ont même pas honte ! Ils sont toujours là à marmonner... Ils n'ont pas dû en revenir de la réaction de la blonde ! Moi je dis... Elle a bien fait ! A bas les torsionnaires ! Vive le MLF !
D'ailleurs, à sa place, je reviendrais pour payer l'addition ! Histoire de leur faire avoir un peu plus la honte devant tout le monde !
Décidément cette soirée a de quoi satisfaire la plume acerbe d'un journaliste en manque de scoops !

Tiens ! Un nouveau client ?! A cette heure ?
Ah non, il veut juste aller se soulager... C'est normal il pleut comme vache qui pisse ! Et les envies pressantes, j'en sais quelque chose, ça ne peut pas attendre ! Il ne sera pas seul en bas ! Il va rencontrer l'émêché ! En temps normal j'y serais allé... histoire de prendre la température... Voir si il y a moyen de moyenner !! Mais là, non ! Il est trop pété le beau gosse... Et puis j'ai plus la tête à ça ce soir !

Sans parler des deux tourtereaux ! Avec eux c'est "histoire sans paroles" ! Ou plutôt "t'as d'beaux yeux tu sais" ! C'est lassant, déprimant de voir des gens qui s'aiment... Je plaisante bien sûr ! Je suis juste un peu envieux, c'est tout.

Bon allez, un dernier café... Juste par curiosité, je vais attendre que le mec qui vient d'entrer remonte des toilettes, que le beau gosse refasse surface et je rentre !

Manquerait plus que... Non... Arrête Pierrot ! Ton esprit fertile te fait imaginer trop de choses... !
Garçon s'il vous plait ! Un urin...euh un café je vous prie !

Oh la la ! Aîe Aîe Aîe ! Ca va chauffer ! La blonde a dû m'entendre la voilà qui revient ! Et je ne vous dis pas... Elle a l'air décidé, une vraie furie ! Ils ne la voient même pas arriver, tellement ils grommèlent tous les deux !... Ca va leur faire une belle surprise ! La femme seule l'a vue aussi, elle a changé de tête, elle a blêmi d'un coup d'un seul ! C'est normal, entre femmes on se soutient !

J'ai vraiment bien fait de ne pas partir moi ! Mes enfants, c'est Pierrot qui vous le dit, va y avoir du sport !!
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Stéphane
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MessageJeu 25 Jan 2007, 13:36:17 Répondre en citant
C’est le bouquet ! Quelle bétise de tenir d’une main 30 assiettes quand on ne vient pas de l’école du cirque. J’aurais du poser mon bouquin sous le comptoir avant de les saisir. Mais à pareille heure et avec mon caractère distrait, faut pas trop me demander. Et puis, comme disait ma grand-mère : « y a que comme ça que ça s’use ! » . Le bruit m’a fait sursauter, c’est tout. J’ai pris mon air détaché comme si ce genre d’exploit était monnaie courante. Quand le mal est fait, inutile de revenir dessus, j’essaie de l’effacer et de tirer les conclusions pour éviter que ça se reproduise.

En balayant les débris, j’ai cru entendre un vif échange . Le temps de me retourner discrètement, la belle sortait précipitamment. Quelle démarche chaloupée… Quel caractère… Je crois que je ne la reverrai plus. Dommage. Deux minutes plus tôt, sa commande ressemblait fort à une invitation. Forcément, ça m’a troublé, vu que j’ai tendance à me faire des films tout seul. En les voyant pencher dangereusement puis chuter avant d’exploser sur le sol, j’espérais qu’elle comprendrait le message… Tu parles ! A force de passer à côté, je me sens plus spectateur qu’acteur de ma vie. Quant à son repas, je ne vais pas avertir le cuisto, je me le taperai après le service… Boire la coupe jusqu’à la lie ! Je le pose là, sur cette table légèrement en retrait. On verra.

Et ces deux cons-là, ils ne vont pas arrêter ? Ils sont futés avec leurs airs condescendants. Ils l’ignoraient et s’enflammaient sur la constitution européenne. Le genre de types qui refont le monde, meilleur bien-sûr, confortablement assis, un verre à la main, dans un lieu climatisé, en se contrefoutant de leurs proches. Ca intellectualise à fond mais ça porte des œillères. Combien de fois a-t-elle supporté de telles soirées ? De quoi craquer... Quand je me rapprochais de leur table, ils s’interrompaient comme des comploteurs. Ils se la pétaient. Et maintenant, ils s’engueulent et s’accusent : responsables mais pas coupables ! Quelle pitié! Je vais préparer leur note. On n’entend qu’eux et ça vole bas! Je vais les jeter ces deux imbibés mondains.

Ce vacarme a eu le mérite de réveiller le beau gosse aviné. Il est vraiment dans un sale état. Une loque. J’ai cru qu’en décollant de la banquette, il s’étalerait sur la table. Les quelques mètres qui le séparaient de l’escalier furent laborieux... Manquerait plus qu’il se prenne pour Belmondo en jouant les cascadeurs car les marches sont étroites et usées. Il risque de ressembler plus à une sculpture ratée du père qu’au fils... s'il ne fait pas attention. D’ailleurs, ça fait un petit bout de temps qu’il y est. Je commence à m’inquiéter. J’espère qu’il n’a pas glissé dans le chiotte à la turc ! Défoncer la porte, décoincer sa jambe, et contempler un pied recouvert d’excréments : non merci ! Allez, ne sois pas pessimiste, il a tellement bu que la commission doit être importante!

Un courant d’air. C’est elle. Le retour. Mouillée, trempée, resplendissante. Elle esquisse un sourire en ma direction. Je rêve ? Et se dirige vers les deux abrutis d'un pas décidé… « Action, on tourne ! ».

Tiens donc, ma dîneuse en solitaire en profite pour se lever et disparaître à mesure qu’elle descend l’escalier… Toi ma chérie, tu as quelque chose derrière la tête. Amusez-vous la bien… Ces deux-là s’observaient tant et depuis longtemps qu’ils se sont compris. « Chers ami(e)s, voici un exemple du langage universel des signes et des odeurs, entre un mâle et une femelle avant l’accouplement, en vue de la reproduction de l’espèce… ». Oula, je suis carrément grave, je regarde trop en boucle 30 millions d’amis ! Faut bien que je délire sinon une balle dans la tête. Allons, espérons que c’est le début d’une belle histoire, que je puisse au moins me dire que la soirée n’a pas été totalement pourrie et inutile, et qu’il y a deux nouvelles personnes heureuses en ce bas monde!

Combien d’idylles se sont nouées et dénouées ici ? Lieu de rendez-vous pour retrouver l’Autre, le jeter ou l’oublier… L’autre justement semble dépassé par les événements. Il a l’air de carrément s’emmerder. Et dépité. Le remontant tarde à faire effet. Je lui ai pourtant servi un double. Il trépigne du pied en regardant tantôt à gauche, tantôt à droite, comme si la vue des amoureux le dérangeait. Va-t-il me commander un autre coup, partir ou descendre les marches ? Pas de suite. Il va d'abord profiter du spectacle...
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Onde
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MessageJeu 25 Jan 2007, 13:37:12 Répondre en citant
Merci mon chien ? Mais qu’est-ce qui lui a pris ? Je veux bien admettre qu’il a hâte que la soirée se termine mais ce n’est pas une raison pour m’agresser de la sorte ! J’ai senti le rouge me monter aux joues. Décidément, c’est ma soirée ! Je ne pense pas avoir quelque chose à me reprocher. Enfin, il me semble ?
Je ne suis certes pas très avenante, surtout à l’égard de la gent masculine, mais je suis polie !

Pourquoi ne me fiche-t-on pas la paix ? Je suis venue ici pour être tranquille, loin de chez moi, loin de ce qui me ramène à lui. Ne pas y penser, surtout ne pas y penser !

Faut-il donc que je hurle : « foutez-moi la paix ! » pour que quelqu’un comprenne ? Les êtres humains sont-ils si peu clairvoyants pour confondre détresse et dédain ?

Quel vacarme ! J’ai bien cru que mon cœur allait décrocher. Il ne l’a pas volé celle-la ! Il fallait bien que cela arrive à un moment à force de faire le pitre avec sa pile d'assiettes. Il a l’air malin à présent. Bien fait ! Je ne vais pas le plaindre vu son attitude désobligeante à mon égard. C’est le genre de scène pour laquelle vous balancez malgré tout entre le rire et la commisération.

Il semble que tous les clients aient un peu forcé sur l’alcool ce soir. Pas très sympa la réaction de cet homme qui vocifère sa chansonnette au serveur déjà déconfit. Très fort pour détourné l’attention sur lui.

Non mais je rêve ! Comment peut-il se permettre de parler ainsi à cette femme qui semble déjà porter toute la misère du monde sur ses frêles épaules ? Marion, elle se nomme donc ainsi. Mal baisée ? Ben voyons ! C’est bien une réflexion d’homme ça ! C’est tellement facile d’occulter le fait que si nous sommes mal baisées la faute incombe à ces messieurs ! Ah, je hais ce genre de type ! La vanne facile, le verbe haut, le macho doublé d’un malotru qui n’hésite pas à vous ridiculiser en public.

- Quel con !

Zut, ça m’a échappé au moment où le nostalgique passait devant ma table pour se rendre aux toilettes. Il m’a jeté un regard très étrange d’ailleurs. Je me demande bien ce qui lui est passé par la tête.

Marion s’enfuit de la brasserie ! Je ne peux pas expliquer pourquoi je me sens tellement attirée par cette femme. Sûrement à cause de la tristesse qui émane de toute sa personne. Que faire ?

Je ne peux pas rester ainsi, assise à ma table, il faut que je la retrouve, elle m’enverra peut-être promener mais si je peux lui apporter un peu de réconfort… Je ne la connais pas mais je ne peux supporter de la voir s’éloigner de moi ainsi.

Je me lève brusquement. Courir jusqu’à la porte-tambour, m’engouffrer, courir pour la retrouver alors qu’il pleut des cordes ? Que vais-je lui dire ? Si elle m’envoyait promener ? Les questions se bousculent dans ma tête. Impossible de faire le moindre mouvement, je suis transformée en statue de sel.

Elle revient, un sourire frondeur illumine son joli visage. Il faut que j’aille lui parler.

Le sang quitte mon visage, mes forces m’abandonnent. Trop d’émotions pour ce soir. Je vais commencer par faire un tour aux toilettes afin de me passer un peu d’eau sur le visage, cela m’évitera de faire un malaise et de m’étaler de tout mon long entre les tables, ensuite j’irai la retrouver.
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MessageJeu 25 Jan 2007, 13:40:06 Répondre en citant
A présent, j’accélère le pas, puis file à vive allure jusqu’au bistrot, il y a urgence, c’est indéniable, même si je n’ai pas la moindre idée de ce que je dois accomplir, arrivée sur le lieu de l’outrage.
Courir. Comme s’il était pour moi hors de question de stopper ma course. J’aurais voulu éviter une catastrophe naturelle imminente que je n’aurais pas adopté une attitude plus recommandée.

Ne pas battre en retraite. C’est capital. Et ce, même si j’ai le sentiment d’assister à une pulsion du corps, à une spontanéité de mes jambes qui trottent sans que je puisse un seul instant contrôler mes mouvements. Ce cheminement ne me semble pas rationnel ; on le sait, dans la nervosité, il est courant de percevoir un battement de paupière ou encore un tremblement de la main qu’on ne maîtrise pas. Cependant, il me paraît plutôt inaccoutumé que le corps réagisse tout entier sous une impulsion, sans cause décelable.

Maxime. Dans mon sprint effréné, la rage au cœur et au ventre, la fureur rentrée me guide et m’aveugle. J’approche. Plus près, toujours plus près.

J’entre dans la brasserie. Cette femme seule, que j'ai aperçue tout à l'heure ... Je la vois se lever et se diriger au fond de la salle. Son éclat gentil dans le regard m’avait apaisée pendant que je me torturais l’âme en sifflant mon cognac d’un trait. Elle va revenir, c'est sûr. Je suis rassurée à l'idée qu'elle ne quitte pas l'établissement tout de suite, ce qui m'encourage à rester encore un peu.

A l’intérieur, il fait bon, la douce chaleur m’envahit tandis que j’hume à plein poumons l’odeur du percolateur et du tabac blond. Tout est calme. J’ai l’impression que l’histoire est à refaire, que le temps s’est arrêté et qu’ici, il ne s’est rien passé de dégradant il y a une demie heure environ. Personne ne me dévisage – pas encore, me dis-je, en me mordant la lèvre inférieur jusqu’au sang – les clients attablés n’ont pas changé de disposition et paraissent continuellement absorbés ; dans leur rêverie s’ils sont seuls ou dans leurs échanges s’ils sont au moins deux.

Incapable de bouger, je reste debout, pétrifiée à l'entrée.
Quelques minutes plus tard, la jeune femme réapparaît. Je croise ses yeux, lui rend poliment son sourire mais ne dis mot, craignant de bredouiller bêtement ou bien l’extinction de voix qui provoque la fameuse boule dans la gorge sous le coup d’une émotion forte. Un visage souriant, si marqué de compassion, ne me fera pas revenir en arrière. Point de non-retour.

Aussi, les verres d’alcool vidés, grisant les esprits, aident beaucoup à la perte des inhibitions et il est probable qu’à cette heure avancée de la nuit, personne ne soit particulièrement choqué par mon retour. Je prie intérieurement pour que cette hypothèse se vérifie dans les minutes qui suivent. Je me sens mieux désormais, quasi sereine en référence à mon état de déprime récurrent. Toute aspiration de violence m’a définitivement quittée.

Alors je reprends mes esprits. Je guette du coin de l'oeil Maxime et Jean, en grande conversation à la même table. Ils ne m'ont pas encore remarquée ...
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Indigo
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MessageJeu 25 Jan 2007, 13:41:37 Répondre en citant
Marion...C'est joli ce prénom ! Un prénom qui sonne provençal, un prénom qui a du "caractère" ! Oui, c'est ça, du caractère !
D'ailleurs il faut qu'elle en ait pour revenir affronter ces deux machos ! A mon avis ils vont passer un sale moment...

La femme seule vient de remonter, suivie de près par le passager de la pluie qui sort aussi vite qu'il est entré... Je pensais qu'il prendrait au moins une conso, histoire de ne pas faire passer ce lieu pour des toilettes publiques ! Mais non ! Vraiment, il y en a qui n'ont aucune éducation !
Bref ! La politesse aujourd'hui n'est plus ce qu'elle était !

Toujours aucunes nouvelles du beau gosse... En même temps, s'il avait eu un malaise la jeune femme n'aurait pas manqué de le faire savoir !
A moins qu'il se soit endormi ! Vu son état, ça ne m'étonnerait pas !

Et ce café qui n'arrive pas !!

Garçon... ! S'il vous plait...! Je vous ai commandé un autre café ! Vous m'avez oublié ? Ouh la ! Il a pas l'air content de ma remarque... Je vais avoir droit à une réflexion moi, je le sens comme deux et deux font quatre !

Enfin ! Le re-voilà le beau gosse !
Bon, tout le monde est là. Et maintenant que va-t-il se passer ?
La blonde ruisselle de tout son corps, plantée, là, devant la porte !

Ca y est, les deux mecs l'ont vue ! Ils ont stoppé net leur conversation !
Ca sent mauvais, je vous le dis, ça sent mauvais...
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Côté des Ombres
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MessageJeu 25 Jan 2007, 13:45:02 Répondre en citant
Bordel !
Quel temps de chien !... Ouf, Bofinger est encore ouvert... Ça va être bien de se réchauffer cinq minutes...

Je pousse la porte tournante. Chaleur, mes lunettes s'embuent, je ne vois plus rien.. Brume, j'essaie de m'orienter vers une table.

C'est bizarre, on dirait que personne ne parle, j'ai du noir sur le nez ou quoi... foutues lunettes, je ne vois vraiment rien.

Aie ! Je bouscule je ne sais quoi, comme entrée discrète c'est réussi.. Ooops Une jeune femme on dirait
- Excusez moi mademoiselle avec mes lunettes embuées je ne vois rien. Vous n'auriez pas un mouchoir en papier ?

Je la regarde, un sourire un peu piteux aux lèvres, je ne distingue guère les détails... Elle reste silencieuse un moment....
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MessageJeu 25 Jan 2007, 13:46:56 Répondre en citant
Un jet sans fin asperge cet urinoir, ligne courbe jusqu'à ces trous censés absorber des flots continus sans rebondir à côté.
Puis l'averse cesse, la source est tarie, pour l'instant, à quelques gouttes près.
Rien ne se perd, tout se transforme, mon corps a fait beaucoup d'efforts vu la quantité avalée qu'il fallait métamorphoser.

Enfin, je me sens mieux.
Bon, le miroir me renvoie une image, une sale image d'une sale gueule. Faut vraiment que j'arrête de boire, les traits tirés, des cernes, les yeux troubles.

Et puis, moi aussi j'ai retenu la leçon, comme Paul Newman dans L'Arnaqueur après sa défaite ; au milieu de la soirée, il faut savoir faire une pause, décompresser, avant de repartir au "combat". Bien sûr, ici impossible de me laver, de ma raser, encore moins de changer ces vêtements froissés, humides de l'orage de tout à l'heure.

Mais au moins me rafraîchir. L'eau coule à flots (ce qui me change pour ce soir...) et glisser ma tête sous ce robinet me fait beaucoup de bien.
Pause respiration - tiens, les bruits de pas se sont arrêtés - et retour sous la "douche".

Bon, je dégouline de partout mais, vraiment, j'en avais besoin - tiens, les bruits de pas reprennent, jusque devant la porte.

Le miroir me confirme que c'est moins pire, enfin, vu d'où je venais, comment ne pas faire moins pire ?
Allez un petit coup sous le séchoir et je pourrai tenter de sauver quelques apparences.
Mon capital "ridicule" doit être assez élevé déjà, vu les regards qu'on m'a jetés, alors je ne crains plus rien, j'assume, sans fierté ni honte, mais j'assume mes apparences.

Allez, ça suffit comme ça. Maintenant, il faut que je mange, enfin si j'obtiens enfin cette putain de carte !

D'abord une clope et...

BING, la porte s'ouvre et me cogne, mes clopes tombent éparpillées, suivies du briquet, et moi pour achever, complètement déséquilibré au moment du choc.

Putain de quoi j'ai l'air assis sur le cul dans des chiottes, moi ?
Et d'abord, qui a fait ça ?
____________________
Il y a des choses qu'on ne peut dire qu'en embrassant... parce que les choses les plus profondes et les plus pures peut-être ne sortent pas de l'âme tant qu'un baiser ne les appelle.
Maurice Maeterlinck
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Stéphane
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MessageJeu 25 Jan 2007, 13:47:58 Répondre en citant
L’ami binoclard vient d'entrer en collision.... Cela fait un bout de temps qu’il ne sort plus accompagné celui-là… A vrai dire, je désespérais de le voir. C'eut été un événement de perdre un pilier ! Il a bredouillé je ne sais quoi, pris un mouchoir qu'elle lui tendait et s'est accoudé au bar boire son habituel café. Sa venue a eu le mérite de la sortir de sa torpeur...

Je ne sais pas quelle sera la suite de l’histoire du couple à trois. Mon arrivée prompte a dédramatisé la scène et aura peut-être une incidence. Sans phrase, le sourire en coin, j’ai présenté la note aux deux loustics et tendu une serviette à la belle. Ils furent soulagés, semble-t-il, de plonger leur regard sur le morceau de papier, comme s’il s’agissait d’un écrit important.
Quant à elle, après un instant d’étonnement, où elle balançait, elle prit la serviette pour la porter devant son visage, comme si elle appréciait cette attention ou vérifiait la propreté du tissu, avant de s’essuyer. Je lui ai glissé à mi-voix que son dîner l’attendait en indiquant d’un geste la table.
- Oui ?
- La table là-bas, avec l’assiette qui a survécu à mon jonglage…

Avant de connaître sa réponse, le nerveux m’appelait encore une fois, et puis deux. Qu’il est lourdingue celui-là. Il est remonté comme une pendule ce mec. Un homo beauf… Bof, faudra que je signale à Pierre que les hétéros n’ont pas l’exclusivité… Heureusement que nous ne vivons pas encore dans un monde bionique, ses yeux revolvers m’auraient déjà pulvérisé ! Au ton, j’ai perçu dans sa voix une impatience certaine ! J’ai immédiatement pris une tasse.

- J’arrive mÔssieur, désolé mais j’avais une urgence…

Tiens, le voilà ton kawa… Quelle nervosité chez ce type. Le chagrin ne l’abat pas lui au moins. Heureusement que la majorité des terriens ne réagit pas comme lui, il y aurait pléthore d’apprentis criminels ! J'ai posé direct le café devant lui. Comme ça. Un petit sourire ironique et du bout des lèvres, je n’ai pas pu m’empêcher de formuler cette remarque : « à votre service mÔssieur, si vous désirez une consommation que mÔssieur n’hésite pas une seconde ».
- oui merci
- je vous en prie mÔssieur, servir est mon métier…

Ma dîneuse est de retour. Quelque chose de mort dans son regard. L'impression qu'elle est en rade... Elle glisse une cigarette entre ses lèvres et tire sa première bouffée... Elle s'écroule sur la banquette de molesquine...
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MessageJeu 25 Jan 2007, 13:49:24 Répondre en citant
Un inconnu entre avec fracas dans la brasserie et me bouscule. Il balbutie quelque chose que je ne comprends pas bien, si ce n’est le mot "mouchoir". Je bredouille vaguement quelque chose et lui offre un kleenex. Ensuite, le serveur se dirige vers moi d’un pas pressé et me tend une serviette comme pour m’inciter à dîner. Il a un regard empathique, je crois.
Max et Jean m’ont aperçue mais feignent de m’ignorer, l’air penaud et désorienté. Je décide de m’asseoir un moment. Mais, cette fois, loin des deux compères afin qu’ils échappent à mon champ de vision. Torturée, je grille une Gauloise que j’écrase immédiatement dans le cendrier en fer.

J’appelle celui qui me tendait une serviette il y a trente secondes pour commander de quoi planer.
Un verre, deux verres, puis trois. Une bouteille. Une autre encore … La dose mortelle ? Coma éthylique convoité pour ne plus jamais me réveiller. À cet instant, l’alcool siroté pour griser l’esprit est devenu poison. Il me semble à présent que la lumière faiblit. Je fais de mon mal de vivre l'instrument de mon suicide. Je ne me préoccupe pas de savoir si, face à ma table où se déroule le morbide cérémonial, les silhouettes m’observent dans l’ombre. Le bruit des verres qui tintent m’est rendu feutré, tandis que je ne perçois plus les éclats de voix. Ceux-ci sont comparables à des bourdonnements sourds et incompréhensibles. Combien de temps faut-il pour que mon cœur cesse de battre ? J’ingère ce qui peut-être me tuera. En silence. Les minutes passent. Interminables. Plus rien ne bouge. Je sens bien que mes membres s’engourdissent ... Affalée sur la banquette, les effets du fort taux d’alcoolémie s’emploient à me rendre somnolente au possible.

Soudain, j’ai peur. Peur d’être ridicule. Un peu comme si le whisky devenait, sur un contrecoup, une sorte de sérum de vérité, capable de me redonner une forme de lucidité. Ne suis-je pas entrain de me donner en spectacle, de scénariser ma déchéance ? Comment naviguer entre impudeur et introspection ? Que puis-je montrer de moi, de mon intimité, puisque c'est bien de cela qu'il s'agit ? Pourquoi sombrer dans l’alcool un soir de spleen pour dire "Je" ? Pourquoi livrer ce "je" au regard d'autrui ? Situation sur la corde raide qui me dérange car elle semble pencher du côté de la sensiblerie et de la complaisance.
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Indigo
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MessageJeu 25 Jan 2007, 13:50:33 Répondre en citant
Enfin, mon café arrive ! Décidément pas très avenant ce serveur ! A tous les coups, il me prend pour une vieille pédale beauf, exigeante et précieuse... Eh ben non chou-chou...Si tu crois ça tu te trompes ! J'ai juste horreur d'attendre pour rien ! Et si servir est ton métier, mets-y plus de coeur ! Sois plus agréable avec tes clients !
Je ne lui demande pas d'être une folle furieuse du Marais... Juste un peu de classe, c'est pas trop demander il me semble ?
Et puis de toutes façons ce qu'il peut bien penser de moi je m'en tape, ce soir il n'est pas le centre de mes intérêts !
Je suis bien plus interessé par le comportement de Marion qui vient de revenir et je dois dire que je suis sur le cul !

Je n'y comprends plus rien !

voilà une femme, plutôt bien de sa personne, qui se fait humilier devant tout le monde, qui sort de la brasserie pour en revenir trempée par la pluie mais ragaillardie...Je m'attends à ce qu'on ait un peu d'action... Les deux mecs qui l'accompagnaient sont péteux à souhait et... Voilà pas qu'elle va s'asseoir à une autre table !!!
J'ahallucine !!!
Et au lieu d'aller vers eux, pousser sa gueulante et leur faire comprendre sa façon de penser, elle préfère se plonger dans l'alcool !! C'est pas dieu permis !! Ah ! Je suis furax !
Voilà une nana qui a le cran de revenir sur le lieu du crime..., et qui ne va pas au bout de sa route !
Je ne peux pas accepter ça ! Quand quelqu'un te gifle une joue ne tends pas l'autre...Sinon c'est le meilleur moyen de n'arriver à rien ! Et je sais de quoi je parle ! En même temps, si moi, ce soir, j'ai eu le courage d'envoyer l'autre voir ailleurs si j'y étais, je me dis que tout le monde peut arriver à exprimer ses sentiments profonds !
Non, je n'oublie pas que j'ai mis des lustres avant d'y parvenir... Mais là c'est plus fort que moi ! J'ai envie d'aller la secouer la blonde et lui dire :
" Je suis avec vous, je vous aide s'il le faut à franchir le cap mais faites le, pour vous, pour votre dignité ! Vous n'avez pas le droit d'abdiquer, de vous laisser aller à la facilité, de vous laisser dominer par qui que ce soit, vous n'avez pas le droit ! C'est une question de condition humaine ! Putain de Bordel ! Qui a le droit de faire du mal à qui dans ce monde ! Personne ! Et se laisser trainer dans la boue sans rien dire, c'est refuser d'exister ! Non Marion, vous n'avez pas le droit de réagir de la sorte ! Il y a forcément quelqu'un sur cette vieille terre qui vous attend ! Alors de grâce, réagissez ! Montrez leur, à ces deux connards, qui vous êtes vraiment et vous en serez la première étonnée ! "
Je la fixe du regard, à deux doigts de me lever pour aller la secouer et la faire agir... Et tant pis si je me fais rembarrer ! Mais au moment même où je vais pour me lever, elle lève les yeux vers moi d'un air inquisiteur...

Elle a dû se sentir visée...
J'ai dû penser trop fort !
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Onde
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MessageJeu 25 Jan 2007, 13:51:34 Répondre en citant
J’ai bien cru que je ne parviendrais jamais en bas des marches. Mes jambes ne me portent plus et ma tête ne cesse de tourner. Où sont les toilettes pour dames ? Je n’arrive même plus à réfléchir. Je pousse la porte. Elle résiste. Je pousse plus fort encore, puisant dans le peu de forces qu’il me reste. Un bruit sourd se fait entendre, suivi rapidement d’un juron.
Je glisse la tête par l’entrebâillement et, ô surprise, je découvre le beau nostalgique assis par terre dans une position qu’il ne semble pas avoir choisie…
Je me précipite sur lui, je balbutie quelques excuses, je ramasse ses cigarettes et son briquet, je les lui tends.
Il me regarde abasourdi. Je reste les bras ballants à le dévisager. Quoi faire ? Dois-je m’éclipser ? Je fuis les hommes mais je ne suis pas animée par l’envie de les mettre à terre !
Je lui propose une main salvatrice afin de le remettre debout. Il bredouille un « merci », je lui réponds du bout des lèvres
« pardonnez-moi » et m’en retourne vers la salle. Les escaliers me semblent interminables.

J’en ai oublié de me passer de l’eau sur le visage mais cet incident m’a permis de reprendre quelque peu mes esprits. Je me laisse tomber sur la banquette et je glisse nerveusement une cigarette entre mes lèvres.

Marion s’est installée à l’écart de ses deux compagnons. Je pensais qu’elle allait leur river leur clou ! Au lieu de ça, elle fuit, elle se réfugie une fois de plus dans l’alcool. J’aimerais avoir la force de lui dire qu’elle n’a pas le droit de se laisser faire ainsi. Marion, si seulement tu pouvais lire dans mes pensées, ne te laisse pas aller, reprends-toi, lève-toi, dis leur ce que tu penses de leur attitude ! Garde la tête haute, personne n’a le droit de traiter quelqu’un de la sorte.

Ma victime revient des toilettes, je lui jette un regard penaud. Je me sens vraiment idiote. Je tire de plus belle sur ma cigarette pour me donner une contenance.

Je balaie la salle du regard. Les amoureux sont partis. Marre du bruit ou une envie pressante ? Les deux peut-être. Les anciens acolytes de la belle n’en mènent pas large, ils semblent sur le point de quitter les lieux eux aussi. Au bar, un homme qui avale son café à petites gorgés rapides. Il tourne la tête vers moi. Non ! Mais ce n’est pas possible ! Pas lui !
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Indigo
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MessageJeu 25 Jan 2007, 13:52:53 Répondre en citant
Bon, rien ne se passe !
Je dois dire que je suis très déçu...
Quand Marion a jeté son regard sur moi, j'ai pensé qu'elle allait agir...
Mais non, elle a préféré se replonger dans son verre !
Le beau mec est remonté des toilettes...Avec le temps qu'il y a passé elles doivent être flambant neuves !
Pour la jeune femme, c'est peine perdue je crois ! Même ses airs de chien battu n'ont pas un seul instant perturbé le "chiottard" !
Les amoureux sont partis, les deux connards qui accompagnaient Marion sont entrain de régler leur note...
Bref il ne va rester que des fumeurs et des buveurs dans cet antre !
En plus de ça j'ai bien l'impression que la jeune femme vient d'apercevoir une de ses connaissances...
J'ai pas le courage d'attendre la suite des évènements !
Je suis trop choqué par le manque de "couilles de Marion"...
Alors, soit je m'en mêle mais ça ne me regarde pas, soit je m'en vais sur ma faim ! Je crois que c'est le mieux ! De toutes façons je suis affamé depuis que j'ai foutu Serggio dehors d'un endroit qui ne m'appartient même pas...

Bon, allez je me lève et je me tire...
Serggio ! !
Mais qu'est-ce qu'il fait là devant la porte, trempé, gelé ? Bon sang, mais il va attraper froid !
Je sors de chez Bofinger en quatrième vitesse. Plus rien n'existe, plus de jeune femme, plus d'alcooliques, plus de Marion...Juste Serggio ! Je m'approche de lui, il me sourit... je le prends par les épaules...il me serre fort...je jette un dernier coup d'oeil vers la brasserie...Marion s'est décidée ! L'autre jeune femme est en pleine discussion avec le type au bar...Je suis heureux ! Salut Bofinger !
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MessageJeu 25 Jan 2007, 13:54:08 Répondre en citant
Cet homme qui me fixait avec insistance comme pour m’encourager à réagir face aux deux compères, vient de quitter la brasserie. Sans doute s’est-il lassé de ma torpeur. J’en suis certaine, il attendait un signe. J’ai longtemps hésité. Beaucoup trop ! Curieusement, je me sens bien seule à présent. Comme si j’avais le besoin pressant qu’il me scrute encore jusqu’à ce que je me lève, prête à bondir sur mon tyran !
Je le sais bien, les gens sont plus vulnérables à la colère lorsqu'ils n'ont pas appris à s'exprimer avec des mots. Et j’en fais partie. J’ai la mauvaise habitude de tout garder en dedans jusqu'à ce que tout explose. Il est clair qu’en développant mes capacités d'exprimer un peu plus souvent ce que je pense et ce que je souhaite, je pourrais établir un climat autrement plus agréable autour de moi.

Surprendre le regard ami d’un anonyme m’incite à voir les choses différemment, dans le sens que j’ai pu sentir en moi un volcan prêt à entrer en éruption, j’ai su, pendant ce laps de temps, faire taire cette petite voix mesquine qui m’accable sans cesse et me dévalorise. J’ai retrouvé un regain de dignité. Après tout, la colère est une émotion simple qui traduit l'insatisfaction. Elle est vécue à l'égard de ce qu'on identifie comme étant "responsable" de notre frustration. Ma colère du moment s’est fondamentalement différenciée de l’état de tristesse latent dans lequel je m'enfermais.

Je ne suis qu’exaspération et fureur. Tant pis pour les vagues. Sensibilité à fleur de peau, j’ai trop longtemps négligé les occasions de la vie au cours desquelles j’aurais pu parler sans crainte de rien ni de personne. C’est bien simple : ma colère porte un message fort de frustration et j’en veux terriblement à Max de m’avoir humiliée devant tout le monde, de s’être adressé à moi avec autant de haine, de vulgarité et de virulence. Je n’avais pas à supporter ça. Je l’ai fait, certes, mais il n’est pas encore trop tard pour combattre les agressions verbales dont j’ai été victime.

Mentalement, je mobilise mon organisme tout entier et me prépare à "l'attaque". Je deviens prête à me défendre, à conquérir ce qui m’apportera satisfaction. Ma rancune me fournit l'énergie nécessaire à vaincre l'obstacle qui se dresse devant moi. De toute façon, c’est lorsqu’on agit avec ardeur, en omettant des étapes du processus de la colère qu’on déclenche des problèmes. Et c’est le cas, par exemple, dès qu’on passe directement de l’émergence de l’irritation à l’action. C’est tout réfléchi. Maintenant j’agis et n’attendrai pas davantage.

A peine ai-je fait un pas en direction de Max et Jean que le dernier prend les devants :
"Euh ... Attends, Marion. Ta gestion de la colère n’est pas saine. Je le vois bien dans tes yeux qui brillent. Si tu considères les autres (ou la vie elle-même) comme responsables d'assurer ton bien-être, tu fais fausse route si tu cherches à nous accuser de tes petites frustrations ... "

Là-dessus, je casse la bouteille vide sur le rebord de la table. Les éclats de verre tombent sur le sol avec fracas. Max et Jean ont encore les bras relevés pour se protéger des projections. Dans le creux de la main, il ne me reste que le goulot que je repose délicatement. Silence.
Je tourne les talons et quitte l’établissement, sereine, le sourire aux lèvres.
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Bluedream
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MessageJeu 25 Jan 2007, 13:55:46 Répondre en citant
C'est ce qu'on appelle une rencontre renversante, mais pourquoi cette jolie dame était-elle si gênée ? La situation n'était pas si dramatique que ça, bien que cela m'ait coûté quelques cigarettes brisées, mais rien ne grave qui méritait une fuite si soudaine, juste après.
Ou alors c'est parce que c'était dans les toilettes des hommes, de ce que j'aurai pu penser.

En tout cas ça m'a remis les idées en place cette cabriole. Par contre, ce que la belle n'a pas remarqué, c'est que dans le choc de son sac a jailli son permis qui gît par terre, dans le couloir.
Oui, tout à fait elle, jolie photo d'il y a quelques années, joli prénom pour une bien jolie personne. Tiens, j'ai même son adresse, une banlieusarde loin de chez elle quand même, ça doit faire une trotte jusqu'à Bofinger.
Remarque, la banlieue, je sais ce que c'est, sorti du bowling du complexe commercial du coin, passé 8 heures tout est mort, tout est noir. De quoi déprimer.

Bon, allez, retour sous les sunlights même si tout le monde s'en fout de mon retour. Vu les regards, je fais plutôt pitié ce soir, mais c'est vrai que j'ai tout fait pour ça.


Alors, la situation, ma fracassante inconnue a repris sa place et n'ose pas me regarder, sauf du coin de l'œil, la belle effacée est revenue, assise loin de ses anciens compagnons, tant mieux pour elle, pour ce qu'ils lui apportaient, on est toujours mieux loin des cons. Mais elle aurait dû les bâcher, quand même, histoire de se soulager.

Mon retour dans la salle m'entraîne près de ma table, mais il faut que je lui rende son permis, d'abord, dommage, je ne sais pas pourquoi j'ai envie de le garder encore quelques instants, pour le re-regarder. Mais non, pour quoi faire ?
Mais la belle est occupée, le regard fixé sur ce type qui vient d'arriver, une expression figée sur le visage bizarre, contente, pas contente ? en tout cas ébahie, en tout cas accaparée par lui, comment faire pour lui ramener alors, j'ai peur de briser quelque chose en lui parlant maintenant, je sais que ce n'est pas le moment.

Tant mieux, je vais pouvoir réfléchir à cette envie de le garder encore un peu. Je lui rendrai plus tard, selon la soirée.


Et puis, de toute manière, l'animation a repris, c'est la soirée des esclandres, des bris de verre, quelle réaction ! Finalement elle a pété les plombs, ils n'en mènent pas large ces deux-là maintenant face à ce qu'ils ont provoqué chez elle. Elle a dû souffrir, quand même, pour répondre comme ça, une accumulation de petits riens, de petites mesquineries de leur part, de souffrances, jusqu'à l'éruption. Bien fait, qu'ils crèvent de trouille, si au moins ils comprenaient.

La jolie révoltée s'en va, sur son écrasante victoire, dommage. Son petit sourire qu'elle me jette en passant est charmant, l'œil brillant de satisfaction d'elle, pendant que je l'applaudis bruyamment en souriant. Dommage qu'elle parte.

C'est comme dans une soirée avec plein d'inconnus, au gré des regards, des mots entendus par hasard, on voit quelques personnes dont on se dit "tiens, j'aimerais bien en savoir plus sur elle, ou sur elle", pas qu'on soit inconstant ou léger, mais souvent les rencontres avec l'une, plutôt qu'avec une autre, dans ce genre de circonstances, sont vraiment le fruit du hasard.


Décidément ce serveur est un sans-gêne, mais pour une fois ça me fait plaisir. Sa manière de saisir fermement le bras de cette femme pour la retenir, en lui proposant de réchauffer son assiette, enfin il se révèle délicat celui-là.
Enfin, avec une femme bien sûr, pas avec moi.
Mais je suis bien content qu'il l'ait retenue puisqu'elle va se rasseoir, finalement, devant son assiette.

Je ne peux m'empêcher de lui lever mon verre vide, de loin, pour saluer son retour.
Echange de grands sourires.

Bon, j'ai faim et le verre vide, faut que je m'en occupe sérieusement.
Tiens, encore un échange de sourires
____________________
Il y a des choses qu'on ne peut dire qu'en embrassant... parce que les choses les plus profondes et les plus pures peut-être ne sortent pas de l'âme tant qu'un baiser ne les appelle.
Maurice Maeterlinck
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