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Place des Mots ferme ses portes...
les petites annonces de Ruth

 
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Ruth
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MessageLun 17 Juil 2006, 10:18:22 Répondre en citant
Démo a écrit:
Après l'annuaire, le calendrier de la Poste, passons au journal des petites annonces.

Tu récupères dans ta boîte aux lettres un journal de petites annonces.

Tu en choisis quelques unes et tu nous racontes l'histoire que tu imagines derrière chacune d'elle... (le déchirement pour vendre tel objet, les raisons qui poussent ce célibataire BdN à louer ses charmes,...).

Délai: 07/10/05



Loue studio meublé, lumineux, dans immeuble de bon standing. Loyer modéré.
Tel…

Résolu, Vincent va composer la combinaison perdante de son mariage.

Il a un nœud dans la gorge à cause de cette curieuse impression qu’il ressent de mettre en vente sa femme et ses enfants. Il ne les vend pas pourtant. Il les quitte seulement.
Aux collègues, au bureau, il va dire cette phrase qu’on a inventée pour lui : on s’aime encore mais le quotidien n’est plus vivable.

Les autres, alors, pousseront un « ah … » et lui foutront la paix en s’abstenant de propos élégiaques; sauf un ou deux, qui ne pourront pas s’empêcher d’embrayer sur le divorce du voisin ou de la belle soeur qui se passe étonnamment bien ou bizarrement très mal. Les divorces, c’est devenu commun, mais ça continue à déconcerter tout le monde.

Oui, le quotidien est devenu invivable. Ca, c’est vrai. Elle le lui répète à longueur de journée, et à force, cette litanie est effectivement insupportable.
Par exemple, dès qu’il oublie un truc et des trucs, il en oublie tout le temps, la machine à reproches se met en route.
A leurs débuts pourtant, elle avait été séduite. Il oubliait l’anniversaire de sa mère, sa mallette dans le train, sa voiture sur un parking et son appareil photo sur un banc. A l’époque, elle se faisait croire que c’était parce qu’il avait la tête trop occupée d’elle.
Aujourd’hui, elle râle. Parce que ses oublis coûtent chers, en temps, en énergie et en argent : des PV pour oubli d’horodateur, des suppléments pour les délais d’envoi non respectés, les serviettes de piscines qui moisissent, oubliées dans leur sac, et tout ce qu’elle ne sait pas parce qu’il ne lui dit pas.
Pourtant, c’est encore parce qu’il a la tête trop occupé d’elle. Elle qui l’ennuie. Elle prend tellement de place… Elle est grande comme une souris, (d’ailleurs, il l’appelait Minnie), et grignote autant que le petit animal. Il se demande même si elle n’a pas fini par ronger des bouts de son cerveau. A force de lui donner son avis sur tout, de réfléchir à sa place, elle l’a lobotomisé. Au début, il pensait qu’à son instar, il allait s’amuser à penser autant qu’elle, à tout et à n’importe quoi. Mais il a seulement appris à penser par elle, tellement, qu’il en a même oublié ce qu’il pensait d’elle.
C’est elle qui sait. La preuve, elle sait même qu’elle sait. Lui, pauvre bougre, n’est même pas capable de se rendre compte qu’il ne sait pas. Elle a eu du mal à lui faire comprendre ça !

Il pense à elle, quand elle lui récitait la table des couleurs : ce qui va avec quoi, quand il était là, penaud devant la penderie, à ne pas savoir quels vêtements choisir. Dix mille fois, elle lui a asséné les mêmes conseils. Il se rend compte aujourd’hui qu’il n’a jamais écouté que la musique de sa voix qui le berçait comme une mer avec quelques mots comme des vagues, vagues souvenir de bleu marine et de noir qu’il faut toujours coordonner. Ou jamais ? Il n’a jamais su. Il ne saura jamais.

Il pense aux petits, si petits. Le quotidien est devenu ingérable. C’est vrai. Mais comment va-t-elle le gérer, seule, avec les mômes ? Et lui, comment va-t-il le gérer, sans eux ? C’est quoi un papa sans enfant pour se jeter dans ses bras sur le seuil de la porte, le soir ?

Ils s’aiment encore mais le quotidien ensemble est invivable. Il se le répète pour s’en convaincre. Il récite, c’est sa leçon du jour, sa leçon de vie à venir. Comme le bon élève qu’il a toujours été, il apprend par cœur consciencieusement ce qu’elle ne sera plus là pour lui marteler : Ils s’aiment encore, mais le quotidien ensemble n’est plus vivable… ils s’aiment encore, mais… ils s’aiment encore, mais… S’aiment-ils encore ? Au fait ? Au fond ? Du fond ?
Est-ce que le quotidien serait invivable, s’ils s’aimaient ? S’ils s’aimaient encore, comme quand le quotidien était vivable parce qu’ils s’aimaient.

Machinalement, Vincent relit l’annonce : Loue studio meublé, lumineux, dans immeuble de bon standing. Loyer modéré.
Tel…

C’est petit un studio ! Trop petit quand il aura la garde des enfants. Il faudra qu’il les emmène ailleurs. Déjà, il se voit fermer la porte de son appartement le samedi, pendant que les petits s’impatientent parce qu’il leur a promis de les emmener prendre de l’espace et une glace.
Son esprit vagabonde et redessine les contours d’éventuels lendemains.
Déjà, il se voit enfoncer la clé dans la porte de son appartement, pendant qu’une jeune femme asiatique (la serveuse du Lotus rouge qui l’a rappelé si gentiment quand il a oublié son portable sur la table du restaurant) cette douce et jolie femme là donc, patiemment appuyée contre le mur, le regarde se débattre maladroitement avec une serrure récalcitrante.
Déjà, il l’imagine entrer, dans ce petit studio qui ne sera qu’à lui.

Déterminé, il compose la combinaison gagnante : le quotidien va redevenir supportable.
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Ruth
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MessageLun 17 Juil 2006, 10:18:32 Répondre en citant
voilà:

Urgent. Vds chambre à coucher Chippendale+ salle à manger Chippendale, cause décès. Px à débattre.

Voilà, ça y est. La grand-mère, « celle qu’on n’écoutait pas, ce que ses pauv’mains racontaient, et qu’on attendait qu’elle crève, vue que c’est elle qui avait l’oseille » a fermé les yeux, enfin.
Ils l’ont mise en bière. Ils allaient fermer la boîte quand la cadette a eu un geste silencieux pour désigner l’alliance oubliée sur les doigts croisés. Lorette, la petite fille, l’avait vue. Depuis le début, silencieuse près de ce corps froid, elle n’avait pas été capable d’une autre prière que ce souhait de voir le bijou passer inaperçu.
Trop tard. « Ils » ont vu.
L’aînée se lève, c’est son rôle, et ôte péniblement de ce doigt raide et glacial les quelques grammes d’or. Elle a le visage impassible, mais ses mains potelées agitent frénétiquement le futur squelette : l’idée que cet anneau puisse aller pourrir en terre l’horrifie.

Ouf ! Elle brandit victorieusement l’alliance usée par les années et recroise les mains de la veille qui font de la résistance pour prendre la position qui se doit quand on est mort.

Ensuite, ils ont tout fait dans l’ordre : l’enterrement, le notaire, le partage des bijoux et des antiquités, les photos et les vieilles lettres au feu. (Si elle avait su, Lorette, si elle avait pu empêcher cet autodafé…), et maintenant les petites annonces pour débarrasser la maison de ces vieux meubles sans valeur.

La salle à manger et la chambre à coucher en Chippendale, par exemple. Meubles sans valeur. C’est vrai.
Lorette s’attarde sur cette armoire de salle à manger et sa vitrine aux merveilles : il y avait là, il y a longtemps, il y a 20 ans, parmi d’autres kitscheries, une quinzaine de « poupées de collection » (une poupée pour 10 points de biscottes), précieuses au point qu’il avait toujours été interdit d’y toucher. L’auvergnate se tenait debout dans une tasse, à côté de son amie, la Corse, toute endeuillée par son costume noir, pendant que l’Alsacienne semblait rivaliser pour la taille de son nœud avec la coiffe de la Bigouden. Elles étaient là, toutes endimanchées, avec leur grande croix d’or au milieu de la poitrine à vous faire croire que chaque jour d’il y a 100 ans était un messti ou un fest noz.
Sur cette marée poupaine, voguait, oh merveille, une gondole de Venise toute dorée, munie sur ces côtés d’une multitude d’ampoules multicolores que Lorette rêvait de voir allumées un jour.
Et puis devant la vitrine, sur la tablette, était posé un petit chalet à deux portes, avec le monsieur et son parapluie qui sort quand il pleut pour laisser sa place à la dame quand il fait beau. Il était cassé. Lorette était bien placée pour le savoir…

On a jeté les poupées dans une caisse en carton, avec la gondole, en hâte (les encombrants ne passent qu’une fois par trimestre).
Lorette a hésité. Elle a tendu la main vers ces petites bonnes femmes pour la première fois libérées de leur cage de verre…et puis elle s’est arrêtée. On ne touche pas…
Comme une voleuse, pourtant, elle a saisi le petit chalet cassé pour qu’il continue à lui rappeler qu’après la pluie vient le beau temps. Personne n’a vu. Sauf Oma, peut-être, qui de là haut, a dû lui faire le même clin d’œil que lorsqu’elle l’avait cassé…


Qui voudra d’une armoire en chippendale ? Qui voudra de ces meubles étranges aux dessins fantasmagoriques. Il faut, pour savoir les lire, avoir été condamné à ces repas familiaux où les grandes personnes expriment dans un vacarme digne d’un réfectoire de colonie de vacances, des idées pour lesquelles elles sont prêtes à voir mourir leur voisin. Pendant qu’elles oscillent de la politique de gauche à celle de droite entre deux bouchées, on a le temps de déchiffrer le chippendale avec la rigueur et la minutie d’un égyptologue devant la pierre de Rosette. Lorette ne vous dira pas tout ce qu’elle y a vu, cela vous effraierait !


Dans la cohue du débarras, une famille vient. C’est pour la petite annonce. Des cas sociaux, évidemment. Du chippendale d’occasion, vous pensez…qui d’autre en voudrait ? Ils ont amené leur marmaille, deux petites filles morveuses qui pleurnichent parce qu’elles viennent de se réveiller.

Lorette leur amène le carton des poupées pour qu’elles s’occupent pendant que leurs parents chargent dans la camionnette les portes écrites en Chippendale.

L’enterrement c’est maintenant. Avec l’affreuse armoire pleine de souvenirs qui s’en va dans la camionnette corbillard.
Au travers de ses yeux embués, elle distingue les petites filles qui ont cessé de pleurer en prenant dans leurs mains les poupées interdites.
La réincarnation de l’enfance, c’est maintenant.
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Athénaïs
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MessageMar 01 Aoû 2006, 20:08:44 Répondre en citant
Quelle belle analyse du quotidien et quelle belle compréhension de l'homme! Là encore, à partir d'un sujet banal : les petites annonces ; tu nous donne à lire des tranches de vie émouvantes, si proches de ce que nous vivons et si singulières en même temps...
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Démo
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MessageMar 01 Aoû 2006, 22:57:51 Répondre en citant
Athénaïs a écrit:
Là encore, à partir d'un sujet banal ...

T'as pas fini de mépriser mes sujets de gage?
Sinon, je vais t'en donner, moi des sujets banaux (un cheval, des banaux) à traiter.
Fais voir tes papiers que je constate si t'es en règle!

Pas ta culotte, tes papiers, j'ai dit!

Ha bon, tu t'habilles chez Kraft? C'est pas banal, ça!
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Athénaïs
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MessageMer 02 Aoû 2006, 08:50:47 Répondre en citant
Démo a écrit:
Athénaïs a écrit:
Là encore, à partir d'un sujet banal ...

T'as pas fini de mépriser mes sujets de gage?
Sinon, je vais t'en donner, moi des sujets banaux (un cheval, des banaux) à traiter.
Fais voir tes papiers que je constate si t'es en règle!

Pas ta culotte, tes papiers, j'ai dit!

Ha bon, tu t'habilles chez Kraft? C'est pas banal, ça!
kaolo



Je ne critique pas tes sujets... whistle
Ils ont un petit côté Oulipien qui les rend difficiles c'est tout...

euh pour les sujets, merci, mais Waterlily en a un pour moi...

Et puis sache que je ne montre pas mes papiers à un tueur à gages, ma culotte à la rigueur, mais mes papiers NON!!!
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Ruth
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MessageMer 02 Aoû 2006, 09:19:56 Répondre en citant
Athénaïs a écrit:
Quelle belle analyse du quotidien et quelle belle compréhension de l'homme! Là encore, à partir d'un sujet banal : les petites annonces ; tu nous donne à lire des tranches de vie émouvantes, si proches de ce que nous vivons et si singulières en même temps...


Mais tu lis tout le forum Athenaïs????!!!! Quel courage!
(et merci pour ta lecture!)
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MessageMer 02 Aoû 2006, 09:24:30 Répondre en citant
Citation:
Mais tu lis tout le forum Athenaïs????!!!! Quel courage!
(et merci pour ta lecture!)


Alors là je t'arrête tout de suite : ce n'est pas du courage, c'est de la curiosité associée au plaisir de lire qui suscite l'irrésistible envie de laisser un petit commentaire... Smile
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MessageMer 02 Aoû 2006, 09:53:48 Répondre en citant
Athénaïs a écrit:
Citation:
Mais tu lis tout le forum Athenaïs????!!!! Quel courage!
(et merci pour ta lecture!)


Alors là je t'arrête tout de suite : ce n'est pas du courage, c'est de la curiosité associée au plaisir de lire qui suscite l'irrésistible envie de laisser un petit commentaire... Smile


Ben quand même chapeau!!!!


Moi j'ai des phases: lire ou écrire il faut choisir. Ou alors je me retire...c'est une solution aussi.
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MessageMer 02 Aoû 2006, 10:01:34 Répondre en citant
Citation:

Ben quand même chapeau!!!!


Moi j'ai des phases: lire ou écrire il faut choisir. Ou alors je me retire...c'est une solution aussi.


Alors continue d'écrire, je te lirai! mais te retirer, non! no le règlement te l'interdit!
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Fleur de lune
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MessageJeu 26 Avr 2007, 19:11:13 Répondre en citant
Moi aussi je lis tout et je te fais mes félicitations Ruth! Bravo pour tes textes, ils sont super applau
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