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Place des Mots ferme ses portes...
Histoire à plusieurs mains : LE HURLEMENT DES SIRENES

 
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Rès
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MessageVen 16 Juin 2006, 22:32:30 Répondre en citant
La villa de la rue Saint-Martin est la propriété de la famille Lucas. Le grenier où sont entassés les souvenirs est mon univers. Le coffre dans lequel je suis enfermé depuis vingt-cinq années est ma maison. Pantin désarticulé sous le poids des âges et du couvercle en bois, j’étais le jouet préféré du petit Paul. Aujourd’hui, j’ai appris le décès de sa mère, Madame Francine Lucas. Les murs ont des oreilles ... Ici, les pas et les éclats de voix résonnent dans tout le bâtiment, du cellier à la mansarde.

Paul est revenu pour la circonstance. Dès qu’il a appris la triste nouvelle par téléphone, il a traversé la France en voiture. Je l’ai entendu ce matin. Sa voix a changé. Il a grandi. Je crois qu’il s’est disputé avec son père. Ensemble ils ont crié, ensemble ils ont pleuré. Plus tard, du monde a défilé dans la maison. Le brouhaha ambiant a perduré jusqu’en fin de soirée.

Le rai de lumière artificielle qui perce dès l’entrebâillement de mon toit me fait mal aux yeux. Mes paupières de bois se rabattent inéluctablement. On me porte, on me berce, on me pose sur le plancher poudreux. Paul incline ma tête en arrière, soutenue par un pan du coffre. Mon maître me considère un instant, la lampe torche dirigée sur mon buste. Je voudrais lui dire que j’ai besoin de le voir aussi – sa silhouette m’apparaît si sombre – j’aimerais lui crier de toutes mes forces qu’il m’a manqué, que nos retrouvailles me donnent du baume au cœur.

A présent, je le distingue parfaitement. Il a posé la lampe au sol. Eclairage indirect, la lumière donne sur le plafond et Paul s’est assis en tailleur devant moi. Mon ami a triste mine. Il a vieilli et ses yeux sont rougis. Il n’a plus le sourire qui illuminait son visage quand il était petit. Il me fixe sans un mot, sans un geste. Bien sûr, dans ce regard éploré, j’y lis la tristesse due à la perte de sa mère mais je vois aussi que les démons du passé l’ont rattrapé. J’ignore si deux décennies après, il est encore hanté par le cri strident de la sirène d’alarme qui martelait exclusivement son esprit fragile et le contraignait à plaquer fortement ses paumes sur ses oreilles, comme si l’insupportable retentissement était réel.

Paul se couche à même le parquet poussiéreux, puis s’endort très vite, sur le flanc gauche. Il est tourné vers moi, dans la position du foetus. Comme avant, je l’accompagne cette nuit dans le sommeil en lui chuchotant une histoire. Des aventures extraordinaires, j’en ai plein la tête. Pour la première fois de ma vie de pantin, je choisis un conte pour adulte.


"L’ANATOMIE DES SIRENES


Pêcheur en mer depuis plus de trente ans, Padern n'a jamais su garder une femme, tant il est irrésistiblement attiré par le large. C'est en vieux célibataire qu'il jette ses filets, à bord de son embarcation rongée par le sel.

Le marinier loge à l’arrière de sa péniche, dans une cabine comportant, en tout et pour tout, deux pièces minuscules : chambre et kitchenette. Si la plupart des passeurs disposent d’un pied-à-terre pour leur retraite qu’ils visitent à l’occasion d’une escale, Padern réside en permanence sur son bateau. En quelque sorte, il a élu domicile dans le port d’attache de Gwenn, carrefour des voies fluviales bretonnes.

Quelque soit la saison, la journée du batelier débute à la pointe du jour et ne se termine qu’à la tombée de la nuit. Succession monotone de kilomètres parcourus, d’écluses franchies et de tours de manivelle, le voyage se poursuit onze mois durant, ponctué de chargements et de déchargements.

Du 14 juillet au 15 août, période de chômage consacrée à l’entretien des canaux, la batellerie cesse toute activité. Sédentaires pour un mois seulement, les mariniers profitent de cette longue pause pour remettre en état leur chaland, qu’ils veillent à entretenir avec soin. Leur outil de travail reflète en effet la personnalité de la communauté toute entière.

Voilà trois semaines que Padern largue les amarres pour retrouver Tina, la jolie sirène au chant mélodieux et envoûtant des soirs d’été. Obnubilé par le visage de la belle, il la dévore des yeux mais ne prononce jamais un seul mot. Le grand gaillard quinquagénaire, aux tempes grisonnantes et aux prunelles azurées, protège son secret du mieux qu’il peut. En effet, sous le prétexte d’un filet géant qu’il a confectionné et qu’il souhaite tester en mer, il a choisi de ne pas respecter la saison du repos.

Pourtant, depuis quelques temps, La Goélette ne revient plus au port aussi chargée que de coutume. Thons, rougets, écrevisses et merlans se raréfient et l'on chuchote déjà que Padern n'est plus aussi bon pêcheur qu'auparavant, qu'outre la raison, il a perdu la main.

Obnubilé par le visage de la belle, il la dévore des yeux mais ne prononce jamais un seul mot.

Une nuit de pleine lune, Tina ne chante pas. Padern s'inquiète. Il a besoin de sa voix pour guider son bateau. Le silence de la sirène torture son âme.

Soudain, il aperçoit les écailles phosphorescentes onduler au loin.
"C'est elle !" S'exclame le pêcheur au coeur léger.

La femme-poisson, attentive, observe son visiteur. Intrigué, Padern s'approche, au niveau de la proue.
Il aimerait lui demander ce qui ne va pas, ce qui a changé ... Mais il se tait. Aphone, le marin est dans l'incapacité de s'exprimer, ses cordes vocales s'enrayent malgré lui.
Pour la première fois, Tina se décide à prendre la parole.
- J'ai envie de faire l'amour avec toi.
Le son émis est cristallin et semble venir des quatre points cardinaux, tellement il se propage dans sa générosité.
Comme par magie, Padern retrouve sa voix. Il dit :
- J'aimerais beaucoup, ma belle. Je suis sûr que ce moment serait très agréable. Chaque jour, chaque nuit, je ne pense qu'à toi, je ne pense qu'à ça.
- Rejoins-moi, implore spontanément Tina.
- Je ne sais pas ..., lâche Padern, les yeux rivés sur une auréole de moisissure au plancher.
- Pourquoi ? Quelque chose te fait peur ?
- Non …
Une pause.
Padern reprend, et, dans un souffle :
- … J’ai juste peur d’être maladroit.
- Viens, ne t'inquiète pas. Je te guiderai.

Sur les paroles rassurantes de Tina, le batelier se dénude promptement et plonge vers sa sirène, insensible à la fraîcheur de l’eau. Les amoureux s'enlacent tendrement et s'embrassent avec fougue.

Bientôt, le marin sent son sexe devenir dur. Le contact extraordinairement doux des écailles frotte langoureusement son bas-ventre. Padern caresse avec des gestes tendres la joue de Tina, saupoudre de baisers son cou, puis ses seins gonflés par l'excitation. Il voudrait la pénétrer, sentir la chaleur de son corps.

La sirène, enivrée par le désir, laisse se dégager l'une de ses nageoires internes au niveau du pubis. Deux autres alors s'entrouvrent pour prendre délicatement le sexe du marinier, tandis que Tina pose ses mains derrière la nuque de son partenaire. Elle colle fermement son corps contre celui de Padern.

Le torse de l'homme est parcouru par un grand frisson jusqu'aux tempes, partagé entre l'excitation, son fort désir pour cette femme qu'il aime par dessus tout et son appréhension face à l'inconnu. Il sent son pénis attiré à l'intérieur de Tina qui, en même temps, enserre le membre avec ses petites nageoires dans un mouvement de va-et-vient.

La chaleur de la sirène envahit Padern. Son ventre est très humide et soyeux. L'orifice est particulièrement étroit et lisse.

Le pêcheur jouit immédiatement.

Il se confond en excuses, baisse les yeux, gêné, bredouille qu'il a perdu l'habitude de se frotter au corps et au coeur d’une femme, qu'il regrette de ne pas lui avoir procuré le plaisir qu'elle méritait ...

Brusquement, Tina laisse tomber sa tête en arrière. Les yeux révulsés, elle inspire, expire à un rythme de plus en plus rapide, de plus en plus saccadé, puis laisse échapper un cri strident qui s'évanouit dans l'eau.

La belle sirène se retire, s'éloigne lentement, puis plonge dans les profondeurs de la Manche, là où coquillages et coraux sont ses trésors."
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Onde
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MessageVen 16 Juin 2006, 22:58:12 Répondre en citant
Un rayon de lune me sort de ma rêverie. Je regarde Paul. Ses yeux s’agitent sous ses paupières endormies. Sa bouche exhale des gémissements plaintifs.

Mon conte lui a-t-il remémoré quelques douloureux souvenirs ? Peut-être s’est-il reconnu dans Padern, ce vieux loup de mer amoureux d’une sirène, maladroit comme peuvent l’être bien des hommes face à l’amour absolu d’une femme ? Quelle a été sa vie ? Qui a-t-il aimé ?

J’aimerais le serrer fort contre mon petit corps en bois laqué, caresser délicatement son visage pour le rassurer et lui dire que la vie continue même quand on a mal. Un sourire de compassion s’esquisse sur la peinture écaillée de ma bouche.

Il a bien grandi mon Paul, mais il n’a pas tellement changé. Je le vois toujours comme ce petit garçon un peu secret qui m’emmenait partout avec lui.

Nous nous sommes rencontrés le jour de sa naissance. Sa grand-mère maternelle m’avait déposé dans son berceau en me demandant de veiller sur lui et de le consoler quand il connaîtrait ses premiers chagrins. Je n’ai jamais failli à la promesse que je lui avais faite. Durant douze années, avant que je prenne mes quartiers dans le coffre, Paul et moi avons tout partagé. Depuis, je ne connais de lui que son célibat malgré ses trente-sept ans. Il devrait être marié à son âge, avoir des enfants. Il a choisi la solitude.

Le poids des souvenirs sûrement. Arrivera-t-il un jour à oublier ?

Je contemple ce vieux grenier que je n’avais pas entraperçu depuis si longtemps. Quelques meubles recouverts de bâches poussiéreuses, des cartons remplis de souvenirs, un cheval à bascule, une voiture à pédale, un jardin de fleurs fanées en papier crépon… Et, cette petite estrade, je me souviens…

Mélanie, la voisine de Paul, venait souvent le rejoindre ici, dans ce grenier. Ils étaient inséparables, unis par un amour innocent et indéfectible. Ils s’inventaient des histoires merveilleuses, faisaient des chasses au trésor ou mettaient en scène des spectacles.

Ils aimaient me faire danser en compagnie de Pierrot, la marionnette au teint livide. Ils tiraient sur nos ficelles pour nous entraîner, tantôt dans une folle farandole, tantôt dans des improvisations dignes de la commedia dell’arte. Ils dirigeaient ce théâtre avec le sérieux des grandes personnes. C’est uniquement quand ils nous reposaient, sur le parquet ciré du grenier, que leurs prunelles brillaient de mille feux et que leurs visages retrouvaient leur grâce enfantine. Les rires foisonnaient.

Pierrot gît lui aussi dans le coffre. Sa collerette est déchirée, son ample pantalon blanc a disparu depuis des lustres, il n’y a que sa longue blouse qui semble avoir résisté au temps. Heureusement, il était avec moi pendant toutes ces années, je n’avais pas les mêmes affinités avec les autres jouets.

Ce grenier a si peu changé, il manque seulement de vie à présent. Il n’est plus que le tiroir aux souvenirs après avoir été la salle de jeux des enfants.

La lucarne. Il y a bien longtemps que je n’ai pas vu ce vieux village d’Allauch adossé au massif du Garlaban. Paul et Mélanie me lisaient à haute voix les aventures de Marcel, Joseph, Augustine, l’oncle Jules, la tante Rose, Lili,… Et, quand ils partaient gambader dans les collines, Paul m’emmenait dans son petit sac à dos.

Nous musardions sur les traces de Marcel Pagnol, durant de longues heures, dans la garrigue. Nos narines se remplissaient des effluves du thym, de la lavande et du romarin. Nos yeux redécouvraient, avec toujours le même ravissement, cette terre aride où quelques orchis, chênes et genévriers résistaient tant bien que mal à la brûlure du soleil.

Nous en avons passé des heures à courir les sentiers, à la recherche des chèvres ou des moutons, grimpant jusqu’aux ruines de Notre-Dame du Château sur le mont Rodinaccus. Dans les ruines médiévales, nous installions la cour, nous faisions revivre les rois, les bals et les réceptions fastueuses. Le temps n’avait plus d’importance.

Combien de fois Jean, le papa de Paul, est-il parti à notre recherche, inquiet de ne pas nous voir rentrer ? Francine se tordait les mains d’appréhension, imaginant le pire, mais son visage s’éclairait d’un radieux sourire lorsque nous franchissions, penauds, le seuil de la villa. Alors, affectueusement, Jean la sermonnait : « Allons, ma douce Francine, je t’avais bien dit de ne pas te ronger les sangs. Ces petits garnements ne sont pas imprudents, ils sont juste rêveurs. Un prince et une princesse dans les vestiges du château » ajoutait-il avec un clin d’œil.

Francine acquiesçait d’un hochement de tête complice, les yeux remplis d’amour pour son époux. Elle laissait éclater sa joie communicative en disant à Mélanie : « Va donc chercher tes parents, ce soir nous dînons ensemble dans le jardin ».

Quelques minutes plus tard, Mélanie revenait encadrée par Louise et Antoine.

Les soirées d’été se prolongeaient tard dans la nuit, tous attablés autour du délicieux repas préparé par Francine. Le pain de campagne craquant à souhait, la tapenade, le rosé de Bandol, les olives, les beignets de fleurs de courgette, les tomates et les haricots verts du jardin,…

Quelques voisins venaient parfois se joindre aux deux familles. Les hommes parlaient de politique, tandis que les femmes narraient les bêtises respectives de leur progéniture. Mélanie et Paul, blottis l’un contre l’autre, plongeaient dans le sommeil, bercés par le craquettement des cigales.

Le village d’Allauch s’endormait paisiblement en veillant sur la rade de Marseille.

C’était le temps des jours heureux. Le temps d’avant… Avant ce terrible drame qui a endeuillé tout le village, avant le hurlement des sirènes qui a plongé tous les habitants dans l’horreur…

Paul laisse échapper un cri dans son sommeil « Mélaaaniiie ! », son corps est couvert de spasmes, la sueur perle sur son front.
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MessageSam 17 Juin 2006, 02:13:16 Répondre en citant
J'observe, désolé, Paul dans son sommeil si agité. Je comprends comment se sont déroulées ses nuits loin de moi pendant 25 ans. Si le conscient a refoulé, l'inconscient a gardé toutes les traces, toutes les sensations qui ressurgissent dans le noir de la nuit.

J'ai toujours vu clair dans son esprit, l'invisible m'est visible, sauf une partie de lui que même moi je ne peux voir, seules les forces qui s'y agitent me sont perceptibles.
Je ressens toutes ses sensations, ses visions, le noir qui est en lui.


Noir, un beau noir, intense, le noir parfait, pas celui qui n'est que sombre, que pénombre profonde, non, un noir profond, luisant, brillant même, un mélange parfait des 3 couleurs primaires, un noir pur.
Un noir compact, dur et indestructible, un noir qui ne laisse pas le moindre espoir de se blanchir, de s'adoucir pour laisser filtrer une lueur.
Pas un noir des grandes profondeurs, du vide sidéral, mais un noir compact comme une enceinte, un mur qui se dresserait à jamais dans sa mémoire pour enfermer ces instants si terribles que son esprit avait décidé d'annihiler.

Paul n'avait aucun espoir de pouvoir le briser, de le voir se fissurer, tomber brique après brique, jamais il ne saurait vraiment ce qui s'était passé, ou alors par ouï-dire, le passé raconté, pas le passé vécu et ressenti. Rien que ce mur noir.

La seule qui lui avait donné un espoir était sa grand-mère maternelle, Mémé Cyrielle, lorsqu'ils s'étaient réfugiés chez elle.

Après le drame, toute la famille était partie à Paris pour s'éloigner, fuir toute l'agitation qui régnait dans la région, éviter les regards lourds, haineux, des voisins, des curieux, des promeneurs chacals. Et aussi pour obéir à l'appel de la grand-mère.

Mémé Cyrielle leur avait ouvert sans rien dire, leur montrant leur chambre, les placards vides.
Puis elle avait pris Paul par la main, pendant que ses parents s'éloignaient, filant s'occuper ailleurs pour ne pas rester.
Assise dans un fauteuil, elle l'avait fait s'asseoir sur un petit tabouret devant elle, dos à elle. Puis ses mains plissées, toujours arides, s'étaient posées sur ses tempes.

"Ferme les yeux, pense à ce que tu veux, ne parle surtout pas"

Les yeux clos, il essayait de fuir le murmure qui s'introduisait malgré lui dans son cerveau, il n'aimait pas cette sensation d'un fluide, d'un courant insidieux qui s'insérait pour fouiller son esprit, sa mémoire, ses pensées, toutes ses pensées même celles qu'on n'ose pas s'avouer à soi-même, celles qu'on réfute, qu'on essaie d'enfouir à défaut de les faire fuir. On sait qu'elles existent mais on ne veut pas les affronter.

Et cette chaleur dans son corps, tout aussi désagréable que ce fluide, cette moiteur le faisait transpirer, Paul sentait ses aisselles ruisseler, littéralement couler, il avait l'impression que toute son eau s'évaporait par ces trous béants dans sa chair. Son front aussi transpirait, tous ses pores étaient ouverts et laissaient s'échapper des gouttes de lui.

Malgré la sensation de désagrément, Paul vit apparaître une étincelle, une minuscule lueur face à ce mur. Pour la première fois il pouvait le voir, l'observer, et ce qu'il vit lui fit peur, il sut qu'il ne pourrait jamais franchir ce mur sans limites, sans début ni fin, une bulle noire indestructible, infranchissable.
Un fragment de sa vie était pourtant là, à l'intérieur, détaché de lui, découpé au scalpel et inaccessible.
Il sut qu'il vivrait toujours avec cette bulle en lui, qu'il devait l'accepter comme faisant partie de lui dorénavant, qu'il y aurait l'avant, l'après, et que le pendant n'était plus à lui.

Paul observa cette lueur qui tournait autour de la bulle, qui l'éclairait, qui la frôlait. Il poussa un cri quand il la vit s'enfoncer dans la paroi et la lumière décroître.

"TAIS TOI"

Le noir absolu était revenu. Paul ne voyait plus rien, plus de bulle, plus de lueur, mais il les sentait en lui, comme il sentit la lueur s'éteindre quand sa grand-mère enleva ses mains de ses tempes et le retourna.

"Paul, où es ton pantin ?"

"Je ne sais pas, il est perdu, on était dans le grenier avec Mélanie, on est monté sur le toit, tout en haut, sur le faîtage, assis, le pantin aussi, et puis il a glissé. Le temps de descendre il avait disparu, je ne l'ai pas retrouvé".

"Quand est-ce arrivé ?"

"La veille"

"Je t'avais dit de ne jamais l'éloigner de toi, JAMAIS !"

Paul sursauta et recula jusqu'à se cogner contre la porte fermée. Il n'avait jamais vu sa grand-mère dans un tel état de fureur, il ne l'avait jamais vu en fureur de toute façon, toujours d'humeur égale, sans avoir besoin de s'énerver puisque chacun obéissait au moindre de ses mots.

"File, dis à ton père de venir, tout de suite".

Paul se précipita hors de la chambre, trop content de ne plus voir les yeux de sa grand-mère.

"Papa, Mémé veut te parler".

Son père, assis sur le lit, soupira en se levant doucement ; sa mère lui caressa la main au passage pour l'encourager, le soutenir, soulagée de n'être pas convoquée également. Puis il partit vers ce long couloir la tête baissée, pendant que Paul se réfugiait contre sa mère.



Le tour de Paul était passé, maintenant c'était à son père de s'expliquer, de dire pourquoi il m'avait récupéré par terre pour m'enfermer dans un endroit secret, pourquoi il nous avait séparés.

Ma disparition ce jour-là…, encore un secret que Paul n'avait jamais élucidé, puisque personne ne l'aide à voir clair depuis tant d'années.

Ma créatrice a été très claire sur ce point, même aujourd'hui je ne peux parler, même s'il souffre, même s'il crie, même s'il supplie, il est trop tôt encore, je ne suis là que pour le faire rêver.


"Ecoute-moi Paul, je vais te raconter une histoire…"
____________________
Il y a des choses qu'on ne peut dire qu'en embrassant... parce que les choses les plus profondes et les plus pures peut-être ne sortent pas de l'âme tant qu'un baiser ne les appelle.
Maurice Maeterlinck
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MessageSam 17 Juin 2006, 22:25:37 Répondre en citant
...Une histoire apaisante, un conte d’apothicaire…un compte rond en tous cas !
Et Paul se laisse emporter par mon imagination…
J’invente pour lui une situation rocambolesque. A distance, j’entretiens sa libido et sa mémoire.

Qui sait ? Une nouvelle sensation lui permettra peut-être de se souvenir de tout ce qu’il a enfoui au plus profond de lui depuis toutes ces années...
J’installe le décor, les personnages sont prêts à entrer en jeu.

La sonnette retentit dès l’ouverture de la porte ! C’est l’été, il fait chaud, quel bonheur de pénétrer dans un lieu climatisé !

- Bonjour madame ! Lance l’homme en blouse blanche depuis le fond de la boutique. J’arrive… juste une minute et je...Et je suis à vous ! (Il ne croit pas si bien dire...)
- Hâtez-vous mon brave, j’ai d’autres chats à fouetter, moi !
- Voilà…, voilà ! Soupire l’homme qui semble avoir fourni un effort surhumain…
- Vous auriez pu vous recoiffer au passage…Enfin ce que j’en pense, on s’amuse comme on peut…hein, jeune homme ! Au fait, où est la jeune fille qui s’occupe de moi habituellement ?
- Hum mm…El…elle est là, el…heu…Elle trie les…les ordonnances, oui c’est ça elle est juste dans ses petits papiers…Heu…Que puis-je pour vous ?
- Ecoutez, je ne vais pas y aller par quatre chemins…Je voudrais des préservatifs…22 exactement, pas un de plus ; je ne me fais baiser qu’une fois par jour, les jours ouvrables seulement…Je voudrais aussi des gants de latex et du gel intime K-Y ! A propos de CE gel, je le trouve en sex-shop habituellement…si vous aviez cette référence, vous m’éviteriez d’aller à l’autre bout de la ville !
- Ben vous, au moins, vous êtes directe !
- Ecoutez, jeune homme, je vous dispense de commentaires…Et, pour la deuxième fois, je voudrais voir la jeune fille je vous prie ! Depuis cinq minutes que vous me tenez la jambe, elle a bien dû s’en remettre du coup de bite qu’elle a reçu ! Non ?
- Mais, madame… ! Je ne vous permets pas !!
- Bon…elle se pointe ou je téléphone, sur le champ, à votre patron que je connais plus que bien !

Sans mot dire, le jeune homme se précipite vers l’arrière-boutique et en revient presque aussitôt avec sa camarade, aussi ébouriffée que lui et même certainement encore humide !

- Eh bien c’est pas trop tôt ma p’tite…vous avez fini par vous montrer !!
- Oh !, heu…c’est vous Madame ! Répond la jeune fille d’un air embarrassé. Jeeee, je ne pensais pas que vous alliez arriver…D’ailleurs nous nous apprêtions à fermer pour la pause de midi !
- Ah ça ! Pour les pauses…vous n’êtes pas en retard…
- Surtout n’en parlez pas à votre mari, Madame, il serait furieux !
- Ha ! ? Parce que…parce que vous êtes la femme de Monsieur ! ? Rétorque le jeune homme rougissant (Il faut dire qu’il était nouveau dans l’entreprise mais que pour entreprendre il n’était pas le dernier).
- Voyons, voyons…comment peut-on s’arranger…, lance l’épouse du patron d’un air sadique.

La femme fait mine de chercher puis…

- J’y suis ! Comment me trouvez-vous ? Alerte, Appétissante, Avantageuse, Aguicheuse, Avide, Anticonformiste, Arrogante, Autoritaire ?
- Surtout le dernier mot ! Se risque à répondre le jeune homme.
- Mais quelle iiinsoleeence !... Ouh la laaa, J’adooore ! Je fulmine, je perds patience mais… Aaah Oouuii, j’adore cette façon de me parler…Vous me touchez au vif, jeune homme, seulement…, va falloir piquer plus fort …! Vous m’avez excitée, achevez-moi maintenant ! C’est un ordre, vous n’avez pas le choix ! Mademoiselle, baissez les stores, fermez la porte et rejoignez-nous derrière, vous avez encore beaucoup à apprendre du métier de pharmacienne !
- Allez, allez, vit’ vit’ vit’, lui envoie-t-elle en lui adressant une tape sur les fesses.

Madame et le jeune homme s’éclipsent dans le fond, lui devant, elle derrière, au pas militaire.
Madame s’installe sur le bureau, non sans avoir, d’un geste nerveux, balayé les ordonnances.
Elle écarte les jambes resserre sa culotte brésilienne dans sa fente et, conquérante, s’adresse au jeune homme.

- Allez puceau, à toi de faire la suite…Déshabille-toi mais garde ta blouse. Bouffe-moi qu’on en finisse, j’ai mon amant qui m’attend ! Je sais que je te plais…Mon mari t’a entendu parler l’autre jour ! Tu disais textuellement : « La rousse bien cambrée qui fait du gringue au patron…, elle est pas mal pour son âge ! » Alors maintenant assume ! Bouffe-moi la chatte et fais-moi jouir ! Et attention, on ne la lui fait pas à la quinquagénaire, ok ? Et je te préviens si tu ne me fais pas crier, tu es viré !

(Et d’une voix encore plus résolue…)

- Venez vite, ma petite ! C’est l’heure de l’apéro ! Déshabillez-vous mais, comme votre camarade, gardez votre blouse ! Sucez donc la queue de votre ami pendant qu’il me chatouille le minou…JE veux voir comment s’y prend la jeunesse ! Et toi, fiston, n’aie pas peur ! Envoie la langue, le nez, les doigts sur mon clito, vas-y à fond je veux crier ! Aujourd’hui c’est Mercredi, c’est mon jour de bonté, profite !!

Et le jeune homme se mit fougueusement à l’ouvrage pendant que la jeune pharmacienne lui pompait le dard, sous le bureau, du mieux qu’elle pouvait…
Leurs tenues de travail sans rien dessous excitaient davantage la femme du patron, laquelle se trémoussait, se lovait, se frottait, miaulait, grognait, griffait, haletait puis criait encore.
Après trois orgasmes réussis et l’éjaculation du jeune homme sur le visage de la pharmacienne, madame remit sa culotte en place. Satisfaite, elle rajusta son tailleur et repartit, comme elle était venue, sans oublier son gel intime ses gants de latex et ses 22 préservatifs, pas un de plus ! Monsieur était-il au courant des agissements extraconjugaux de sa femme ? C’est la question sans réponse que se posèrent les deux employés, encore sous le choc de l’aventure, après le départ de cet ouragan patronal ! En un quart d’heure la tornade était passée…

Midi, premier mercredi du mois !
Encore un peu…, et les hurlements de plaisir "nymphomaniaques" de la patronne auraient couvert celui des sirènes !


Mon histoire, n’est qu’un conte, un conte de pantin pour son ami perturbé, son ami envoûté, prisonnier de son passé. Une fable parsemée de détails dont moi, pantin de bois insignifiant, désarticulé par une chute survenue par mégarde, enfin…soi-disant par mégarde, moi seul connaît l’importance et les impacts.

22, Paul, 22, Paul…22
Et Paul replonge dans un profond sommeil…


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22 Avril 1967…
Pour ceux qui y croient, la date de naissance, les dates évènements et bien d’autres chiffres sont importants dans le déroulement de la vie terrestre…Ceux qui en jouissent, ceux qui la regarde défiler, ceux qui la subissent…!
Cyrielle le savait, y croyait, s’en servait ! Très "accro" à toutes les sciences occultes et divinatoires, passionnée par les tarots et la numérologie elle m’avait fabriqué, le jour où elle avait appris que Paul viendrait au monde très probablement le 22 Avril, pour servir de grigri ou de protecteur si vous préférez !

D’ailleurs, moi-même, je préfère l’appellation "protecteur ". Elle me semble plus humaine que magicienne !

Et Paul est né… le 22 Avril 1967…Tout un programme ! Non pas par rapport au jour de naissance uniquement mais aussi parce qu’en numérologie, la somme totale du jour, du mois et de son année de naissance, donne aussi… «22 ».

C’est ce qu’on appelle le chemin de vie !
Chemin de vie « 22 »… Voie ouverte sur la gloire, la construction, la renommée, les projets pour le bien de l'humanité ! Mais, en contrepartie, agitation cérébrale possible et, surtout, risque de se mêler à la magie noire !
Et ça, pour Madame Cyrielle Martin, c'était hors de question ! En grande experte qu'elle était, elle ne voulait que le côté positif pour Paul ! Qu'il fasse partie de l'élite, qu'une personne enfin dans cette famille devienne "Quelqu'un" ! Paul était " L'élu" des MARTIN, elle l'avait décidé, un point c'est tout ! Elle avait juste tendance à oublier trop vite que Paul s'appelle LUCAS de son patronyme. Mais elle aurait tellement aimé avoir un garçon...plutôt que plusieurs filles !

Evidemment, Jean et Francine étaient à des kilomètres de ces considérations "métaphysiques". Jean n'avait jamais donné aucun crédit aux dons et agissements de sa belle-mère… Au contraire, il lui reprochait d'en avoir abusé et d'avoir été fautive d'une partie des malheurs qui s'abattaient régulièrement tous les 7 ans sur la famille…
Le décès prématuré de son beau-père, Marcel, en 1965...Il en était si proche...
La perte de son emploi, en 1972… alors que tout semblait bien aller...
L'obligation de quitter Paris avec Francine et Paul la même année, pour atterrir à Allauch et trouver un boulot à la carrière !
Quant à Francine, symbole de bonté, de gentillesse et de douceur, elle n'aurait jamais osé, venir contredire sa mère ! C'était sa fille aînée ; elle lui devait tout le respect que ses autres soeurs oubliaient trop souvent. Non, tout ce qui intéressait Francine, c'était de descendre vers le sud pour la santé du petit, qu'il soit au grand air et que son asthme disparaisse enfin !

Alors, forcément, il fallut bien que la grand-mère inventât un stratagème pour garder Paul près d'elle, même lorsqu'il serait à l'autre bout de la France !
Et le stratagème…c'était... moi !
Combien de fois s'est-elle servie de moi pour lui parler et surtout pour l'entendre ? Combien de fois m'a-t-elle demandé, en secret, de veiller sur lui comme le lait sur le feu ? Combien de fois, par mon intermédiaire, l'a-t-elle prévenu d'un danger imminent ? Combien de tensions lui a t-elle communiquées ? Combien de fois s'en est-il vraiment rendu compte ?
Souvent ! Si j'en juge par ses crises d'asthme récurrentes, ses sautes d'humeur répétitives et ses moments d'absence… Souvent !
Pendant sept ans, de 1972 à 1979, les crises de Paul n'ont pas cessé ! Il n'y a qu'avec Mélanie qu'il se sentait pousser des ailes. Perchés sur le toit de la maison son "22" positif reprenait le dessus. Les deux enfants étaient les rois du monde ! Ils devenaient propriétaires de Notre Dame du Château, du mont Rodinaccus, s'emparaient du massif du Garlaban tout entier, s'appropriaient les vignes alentour et réinventaient des noms pour tous les sentiers de randonnées qu'ils connaissaient d'ailleurs par cœur ! Tout le pays de Marcel Pagnol entrait en leur possession.
Mais dès qu'il fallait revenir sur terre, redescendre du toit et quitter Mélanie, Paul redevenait taciturne, ses yeux me lançaient des regards désespérés avec autant de questions que de larmes au bord des yeux :

- Mais fais quelque chose pour que ça dure encore !!
- T'es bien mon ami toi aussi !
- Et puis d'abord je te déteste, tu ne m'aides même pas à rester un peu plus là-haut !!
- Pourquoi tu me regardes comme ça ? Pourquoi tu ne parles pas…Je sais que tu peux !

Evidemment, dans ces moments-là, je ressentais toute sa détresse ! Evidemment, dans ces moments-là, comme d'habitude, mon impuissance n'avait d'égale que ma condition : pantin de bois d'apparence ludique mais en vérité…

Alors, forts de tous ces paramètres ne sommes-nous pas en droit de nous poser ces questions :

Paul a-t-il pris conscience que quelque chose en moi l'empêchait d'avancer ?
Paul a-t-il décidé de se séparer de moi pour être libre ?
Comme la guerre des six jours qui venait de cesser en Israël, Paul a-t-il voulu trouver la paix ?

21 Juillet 1979

Paul me pousse du toit…Sans un cri, je tombe…Il ne me regarde même pas…Je m'écrase devant la porte d'entrée…Au même moment Jean arrive, me ramasse, me fixe droit dans les yeux avec ces mots :

" Cyrielle, ça suffit maintenant ! Jusqu'à présent je n'ai rien dit mais ça suffit, vous comprenez, ça suffit !! Laissez le petit tranquille" "Vous me croyez né de la dernière pluie ?"…

Puis, pour la première fois depuis ma création, il ose attenter à ma vie ! Il me saisit par le cou, il serre, j'étouffe ! Aussi vite que l'éclair, il grimpe les escaliers jusqu'au grenier, ouvre la porte de la grande armoire, me jette à l'intérieur comme un malpropre, m'enferme à double tour, met la clef dans sa poche, plaque son dos contre le vieux meuble pour reprendre ses esprits et marmonne, comme libéré d'un lourd fardeau :

" ça y est, c'est fait, j'y suis arrivé "!

Paul n'a rien vu, Paul n'a rien entendu...

Je me retrouve dans le noir complet, coupé du monde ! Ca ne sent pas bon là-dedans ! Ma tête tourne ! Je ne peux plus rien faire, j'entends Jean hurler après Paul : " Descends tout de suite ! Tu m'entends...descends !! "


22 Juillet 1979

Paul a passé une bonne partie de la nuit à pleurer en silence ! Mon absence le torture, il s'en veut de m'avoir malmené la veille…Personne à part Jean ne sait où je suis…Paul m'échappe !

Mais aujourd'hui est un autre jour ! Il fait chaud, très chaud, trop chaud malgré le Mistral.
Un silence étrange règne dans le ciel d'Allauch ! Pas l'ombre d'un chant de cigale, pas un seul oiseau qui rode, mais les chiens qui gémissent... C'est Dimanche, Paul et Mélanie partent en promenade, sans moi, vers les sentiers du Garlaban…

Dimanche 22 Juillet 1979

...A deux pas de la maison des Lucas, le plus grand feu de l'histoire de la Provence ravage près de trois mille hectares…
Allauch voit rouge…Les sirènes retentissent…Le Garlaban est en flammes…!
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Rès
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MessageSam 17 Juin 2006, 23:11:24 Répondre en citant
Au souvenir funèbre, mon endormi frémit, sursaute et geint, dans une longue plainte profonde et douloureuse. Les sourcils froncés, il pleure toute sa souffrance qui émerge, intense, de son sommeil de plomb. Paul, je t’en prie, ne te réveille pas. Pas encore. Dors mon ami, dors tranquille. J’ai mille choses en tête qu’il faut que j’évacue à tout prix. Il est indispensable que tu les entendes, les comprennes et les assimiles. Ton inconscient les canalisera et lorsque tu auras repris tes esprits, mes mots de la nuit couleront en toi, limpides.

Si j’ai cru, un temps, pouvoir être aimé de ma mère, j’ai vite compris que je me fourvoyais dans l’idée absurde selon laquelle des sentiments purs étaient susceptibles de naître dans le cœur de ma créatrice. A l’évidence, j’apparaissais uniquement comme un subterfuge lui permettant de nourrir de noirs desseins. Sachant qu’en matière de biologie il n’est pas systématique que l’amour touche celle qui a engendré pour sa progéniture ; ma conception, qui échappe à la normalité, ne vient pas déroger à la règle. Hélas pour ma mère, s’il y a bien un point de détail – si je puis dire – qu’elle ignorait à l’instant même où il m’a été permis de penser, c’est que je fus accessoirement pourvu d’un élément fondamental, ancré dans le cerveau de tout être capable de raisonner par lui-même : le libre-arbitre.

Cyrielle entretenait des rapports étroits avec une petite troupe tzigane de théâtre ambulant. Spécialisés dans l’animation de rue, les Bohémiens montaient régulièrement un spectacle de marionnettes de ville en ville, dans un décor de bric et de broc. Outre leur situation précaire ne permettant pas d’assurer à leurs enfants un quotidien décent, il n’était pas rare que les Gitans soient rejetés par l’opinion publique compte tenu de leur choix de vie nomade d’une part, et du fait d’actes répréhensibles commis par une minorité, d’autre part. De fils en aiguilles, Madame Martin était devenue une sorte d'intermédiaire entre la petite communauté marginale et les résidents : par exemple, elle s'improvisait médiatrice en cas de troubles du voisinage et, de façon générale, la mère de Francine Lucas leur portait secours et avait su rapidement se rendre indispensable auprès d'eux.

Cyrielle gagnait beaucoup d’argent : on avait coutume de dire que ses ressources provenaient de services rendus à la communauté. Belle périphrase en vérité ! La prophétesse qui, selon la formule consacrée, « oeuvrait dans l’intérêt des familles », pratiquait l’avortement sur les maîtresses cachées des hommes influents ou sur les filles dites de mauvaises mœurs, en contrepartie d’une rétribution en monnaie sonnante et trébuchante.

Au commencement, je n’étais rien. Dérisoire matière première, élément brut de conifère utilisé au début d’un processus de fabrication au terme duquel fut créée la figurine articulée. Ta grand-mère s'était finalement inspirée des marionnettes du clan nomade pour me fabriquer. La fascination des enfants pour les petits personnages lors des représentations théâtrales était un fait acquis ; un pantin exercerait une influence certaine sur un petit garçon … Seulement, dans cette relation de complicité instaurée entre la dame fantasque et la tribu gitane, un petit gadjo s'était particulièrement attaché à mémé Cyrielle – et réciproquement – celui-ci allait et venait librement au domicile de Madame Martin ; si bien qu'un soir, avant que l’on me dote d’une conscience, le jeune Brice m'avait dérobé en douce dans l'établi secret. En moins d'une heure, mes membres étaient bougés au moyen de fils ! Après m'avoir récupéré, Cyrielle n’avait pas pris la peine de couper les liens qui m’enchaînaient précédemment au petit marionnettiste. J’ai dû moi-même les ronger pendant toute une nuit. Les ficelles coupantes ont entaillé vingt fois ma bouche, traversant le bois avec l’aisance de la pointe du canif qui joue sur la toile cirée. Ce que je vis d’abord le jour de ma naissance, furent les yeux de Cyrielle. Les globes oculaires me fixaient, clignaient peu, obnubilés par la moindre de mes gesticulations.

En dehors de cette mission convenue des enfantements provoqués avant terme, la magicienne faisait le commerce de potions en tout genre, à base de plantes aux vertus médicinales pour l’essentiel. Ce que l’on savait moins en revanche, c’est que cette femme s’adonnait à une forme de sorcellerie inquiétante, périlleuse, côtoyant étroitement sortilège et diablerie. D'ailleurs, elle aimait échanger des recettes d'envoûtement avec ses amies manouches, concoctées selon le mélange de boyaux d'animaux pour la plupart.

A force de baigner ses mains dans le sang des fœtus avec délices – car il devenait évident que Cyrielle jubilait à la vue et au contact de l’hémoglobine – l’avorteuse veillait jalousement sur les embryons morts qu’elle conservait dans des blocs de gros sel sous le vieil évier lézardé. Evier servant à vider l’eau des lavements prodigués dans le ventre des filles, filles à l’utérus écorché sous les coups de crochets rouillés. Sous les cagettes recouvertes des torchons souillés de placenta, reposait le terrifiant petit cimetière des rejetons.

La question de l’enlèvement des embryons n’aurait jamais été soulevée – comme il ne viendrait pas à l’esprit de s'engager dans une fosse septique de son plein gré – si une fille de joie, rongée par le remords et le chagrin, n’avait pas cherché à retrouver le corps de son petit œuf arraché à ses entrailles. Dans sa quête irraisonnée, elle avait guetté un éventuel feu de cheminée près de la bâtisse au cœur de laquelle elle s’était couchée pour que son intimité soit fouillée. Dans le vieux quartier populaire du XIIIe arrondissement avec ses cours, ses maisons vétustes et ses venelles, aucune fumée ne s’était dégagée du toit des Lucas. De fait, la jeune femme, prise de folie, avait hurlé à la lune, frappant des poings la porte d’entrée de la maison familiale quémandant ce que « la vieille sorcière » avait fait de son bébé.

Au début des années soixante, la gendarmerie avait mené une enquête de routine afin d’apaiser les villageois dubitatifs quant aux méthodes d’assainissement pratiquées par la faiseuse d’anges. Bien sûr, il en ressortit que non seulement Cyrielle ne brûlait pas les fœtus mais ne les enfouissait pas sous terre non plus ; de même qu’ils n’étaient pas comptés parmi les ordures ménagères. La réalité pour le moins lugubre des faits, n’avait pas été dévoilée. En effet, la sordide affaire avait été étouffée bien vite, afin d’épargner les âmes sensibles et d’éviter les foudres de la chrétienté. Complaisants, les pouvoirs publics fermaient les yeux sur une intrigue qui aurait pu eux-mêmes les compromettre si ta grand-mère avait été arrêtée pour homicides volontaires multiples à travers son exercice illégal de la médecine. Elle aurait été en mesure de divulguer des informations gênantes sur les infidélités répétées de Monsieur le Maire et de ses proches conseillers … D’autant plus qu’en ce temps, les mentalités étaient encore loin de concevoir un principe de légalisation de l’interruption de grossesse, sujet hautement malaisé, tabou, mais toléré, claustré dans le silence.

Pour faire de moi un être autonome, me donner une âme, Cyrielle s’était isolée quelque temps avant ta naissance, mon petit Paul, travaillant sans relâche, oubliant le boire et le manger. Le sortilège fut prononcé jusqu’à épuisement. A l’abri de sa petite remise en sous-sol, elle opérait à la manière d’un potier, m’enduisant soigneusement des viscères fœtaux récupérés sous le vieil évier, selon un rite de spiritisme effroyable mêlé à des incantations sataniques :

Seigneur des Ténèbres et du Chaos
Je t’implore d’en haut
Je t’en conjure
Fais que se manifestent les petites âmes pures,
Par la friction des corps sanglants sur le bois

Que la marionnette s’en imprègne cent fois
Par ces sacrifices humains dont je suis la marraine,
Que les esprits infantiles te reviennent
Va, pantin, à qui je donne la vie,
Dispenser au nouveau-né des enseignements précis

Paul est celui qui te croira et restera près de moi
Que ce bébé soit enfant-roi
Et par son cœur enchaîné
Voici que je contrôle sa destinée
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Bluedream
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MessageDim 18 Juin 2006, 08:41:48 Répondre en citant
Un rai de soleil chauffait le front de Paul, suffisamment en tout cas pour le réveiller. Lentement, il ouvrit les yeux, vit le plafond, regard à gauche, poussières et toiles d'araignée, regard à droite, pantin qui le fixe. Son pantin.

"Merci l'Ami".

Merci de cette première nuit sans réveil brusque trempé, trempé de larmes et de sueur. Depuis combien de temps n'avait-il pas connu une nuit comme ça ? 20 ans ? ou plutôt 22 ans.
Une nuit sans cauchemar, sans son cauchemar favori qu'il connaissait par cœur, dans les moindres détails, normal, 22 ans à le reproduire quasiment tous les soirs.

Pion noir, un simple pion, la pièce la moins importante, la plus négligée sur un échiquier. Que vaut un pion face aux pièces maîtresses aux pouvoirs particuliers, lui qui ne peut que se traîner. Et parmi les pions même, il existe une hiérarchie, des qualités particulières, les pions centraux sacrificiels, les pions royaux protecteurs ; lui n'était qu'un pion dans une colonne excentrée, collé à la bande, censé protéger, emmerder, avant de disparaître.
Pourtant, il n'était pas le premier à disparaître, ni le second, ni le troisième. D'autres que lui plus précieux partaient, se sacrifiaient, tentaient. Lui se faisait oublier, se cachait, et de temps à autre, progressait. Etonnamment, personne ne venait l'attaquer depuis que le cavalier s'était mis à côté de lui, face à cet autre moucheron blanc, aussi ridicule que lui, qui avait failli l'emporter. Depuis il avançait, espérant atteindre cette dead-zone, cette case merveilleuse où il quitterait sa chrysalide, où sa volonté serait accomplie.

Mais cette horreur éructante, ce dragon blanc d'une diagonale éloignée surgissait pour anéantir son espoir fou et l'entourait d'une mer de flammes. Ne voyant que du rouge autour de lui, sentant sa peau cloquer et ses cheveux grésiller, il s'en sortait en hurlant droit dans son lit.

Mais il venait de retrouver son protecteur, son chevalier servant. Il n'avait plus peur. Il savait qu'il avait réussi à s'en sortir, que les flammes n'avaient pu l'atteindre, sauvé in extremis.

Mémé avait été très claire, très lucide malgré son état chancelant, pour ses derniers instants, son testament.

"Va, retrouve ton pantin, maintenant tu peux retourner dans ta maison. Avec lui, va chercher ce qui sera ton arme. Tu la trouveras sous la mer, cassé en deux morceaux, au fond de la baie. Plonge et tu prendras dans la poche du blouson ce médaillon que tu répareras comme je t'ai indiqué.
Ensuite tu le porteras autour du cou, sans jamais l'enlever. JAMAIS ! tu m'entends. Il te guidera et te protègera contre tes ennemis, comme il a protégé celui pour qui je l'avais fait.
Celui qui le porte ne peut être touché. Et personne ne peut résister à sa volonté. Porte-le toujours autour de toi, même caché il fera effet, au contact de ta peau et de ta volonté. Et tous t'obéiront pour accomplir ta destinée.
Car tu seras mon nouveau Hérault, mon arme fatale aux apparences si fragiles. Le futur Maître du Jeu."

Mémé Cyrielle lui avait raconté, son ancien possesseur, le soldat intrépide et fougueux, rendu inconscient par sa puissance avérée, se croyant intouchable par ses premières victoires jusqu'à sa terrible négligence. Malgré sa quasi invincibilité, il avait suffi d'une ruse, d'une tromperie pour abattre ce fou avant qu'il n'atteigne son but.
Car le fou avait été négligeant, grisé. Il avait laissé une catin lui ôter son médaillon qui, soi-disant, la gênait pendant qu'il la prenait. Et le médaillon avait été brisé par cette traîtresse, cette femme à la peau si blanche.
Pourtant Cyrielle l'avait averti, inquiète des manœuvres ennemies ; elle avait envoyé un message clair, par la bouche de son émissaire, la voyante Madame Pikomesmas. Il ne l'avait probablement pas oublié, juste négligé, confiant dans son médaillon. Il avait refusé d'en tenir compte.
C'est en revenant vers Cyrielle pour qu'elle répare cette faute qu'il avait été touché, blessé, coulé à pic au fond d'une crique. Et le fou disparaissait ainsi du plateau, sous les hurlements rageurs de sa Prêtresse.
Mémé avait précisé, ce crash, arrivé à 12 h 05 ce 31 juillet 1944, avait eu lieu à quelques kilomètres de la côte, entre Bandol et Marseille, une épave de lightning parmi tant d'autres dans ces temps troubles. Le Petit Prince pouvait rire dans son coin, à part Paul, personne ne saurait jamais la vraie fin de l'histoire.

"Allez viens Pantin, on ne se quitte plus maintenant, nous sommes renoués. Je t'emmène à Marseille, à l'Epuisette, digne représentant de la véritable bouillabaisse originelle, dans ce port magique du Vallon des Auffes, puis direction les profondeurs, retrouver le médaillon de Saint Exupéry".

Dehors, le soleil faisait déjà son effet, un jour nouveau commençait, la partie continuait, sous de nouvelles lumières.
____________________
Il y a des choses qu'on ne peut dire qu'en embrassant... parce que les choses les plus profondes et les plus pures peut-être ne sortent pas de l'âme tant qu'un baiser ne les appelle.
Maurice Maeterlinck
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Indigo
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MessageDim 18 Juin 2006, 08:43:05 Répondre en citant
Pourquoi ces sirènes, tout ce sexe étalé !
Pourquoi tant de haine et de sang déversés ?
Pourquoi ces trous noirs, toutes ces flammes attisées,
Ces manigances, secrets et sortilèges mêlés ?
Pourquoi toujours cet échiquier aux figurines décimées !
Pourquoi ce médaillon qui n’a sans doute jamais existé…
Pourquoi toutes ces métaphores, ces non-dits, ces cauchemars répétés ?
Ne suis-je moi aussi qu’un pantin désarticulé, écervelé incapable de penser...
Brisé, prisonnier d’un passé ou d’un futur que j’ai peur d’affronter ?

Pourquoi s'accrocher à des protections aléatoires, aux affirmations douteuses d'une meurtrière nommée Cyrielle, mère maquerelle par excellence, grand-mère abusive et non moins castratrice ? A force de tout vouloir diriger, seule elle s'est renversée ! A force de trop vouloir protéger, seule elle a fait capoter sa propre immunité !

Alors, pourquoi m'entêter à vouloir percer un secret emporté par ma mère ? Et ces cris dans la pièce du bas le jour de l'enterrement était-ce vraiment ce que j'en ai pensé ou bien des lamentations que j'ai préféré écarter…?
Tout s'embourbe je ne sais pas, je ne sais plus ! Je dois me concentrer, désenvoûter, exorciser, libérer mon corps et ma tête de toutes ces pensées qui m'obsèdent depuis toutes ces années.

Marseille… Après tout, pourquoi pas ? Le vallon des Auffes reste un des derniers vrais coins pittoresques de la ville et si j'y suis poussé c'est que ma vérité s'y trouve peut-être… Non, pas pour ce médaillon ! Les eaux ont tellement été fouillées retournées après le crash de ce cher Antoine, que même une poissonnière n'y trouverait plus de quoi cuisiner sa bouillabaisse !

Non ! La vérité est ailleurs…

Une dernière métaphore que JE dois élucider… Car celui qui regarde vers le futur s'en sort toujours !

Et si tout cela n'était qu'une grande rêverie une affabulation de mon esprit, un retour vers le passé le temps d'une longue nuit ? Et si le pantin n'avait jamais existé ? Si tout cela ne concernait que la projection de moi-même sur ma vie ? Si les flammes du Garlaban ne reflétaient que la peur d'affronter mes sentiments envers Mélanie comme une frontière, entre elle et moi, que je n'ai jamais pu franchir ? Et si ma grand-mère n'était juste qu'une femme de caractère dont mon rêve se serait servi pour me donner une raison d'en vouloir à quelqu'un plutôt qu'à moi-même ? Et si tous ces songes sexuels ne concernaient que ma propre libido, à vrai dire si refoulée … ? Et si ce "Padern qui n'a jamais su garder une femme" c'était moi ? Et si ce médaillon, cassé en deux, que je dois réparer n'était que ma propre moitié, mon autre moi, celui que je dois sauver, celui qui me complèterait, me permettrait d'avancer enfin sans prendre la diagonale… Où est le vrai, où est le faux ?

Moi ! Moi ! Moi ! Droit devant !

Le trou noir s'éloigne, je ne suis plus assis en tailleur devant moi-même… Je cours vers la lumière !

Le jour se lève sur la rue Saint Martin. Demi réveil, demi sommeil, j'ai un peu froid. Pourtant il doit faire beau dehors, un rayon de soleil illumine déjà la pièce ! La tête bien posée contre l'oreiller immaculé, les mains croisées sur ma poitrine, mon esprit vagabonde... Il est trop tôt pour te lever Paul ! Profite encore un peu de cet état second, de cette si douce léthargie... Je replonge dans les eaux profondes de ma mémoire.

Hier nous avons enterré maman. Papa m'a reproché de ne pas donner plus souvent de mes nouvelles, d'être toujours célibataire, d'être parti trop vite pour mes études à Paris, de ne penser qu'à ma pharmacie, que maman aurait bien voulu être grand-mère et patati et patata… Pour la première fois je me suis emporté ! il allait me dire autre chose quand je suis monté me coucher, je ne l'ai même pas écouté ! C'est drôle on n'écoute jamais assez les parents et plus tard on se dit qu'on aurait dû ! Mieux que ça, on fait comme eux, on se surprend à faire les mêmes réflexions... C'est le temps qui prend le dessus, l'âge qui avance et nous rappelle à son bon souvenir ! Eh oui ! La vie est un éternel recommencement mais, en même temps, vivre c'est aussi apprendre à mourir !
Où est le vrai, où est le faux...

11h. Mon coeur s'affole...Je sue, j'ai soif !

J'ouvre les yeux, tout est bleu, il fait beau ce matin.
Je me sens engourdi, désarticulé, moite. j'ai dû faire un mauvais rêve... J'entend parler au loin ! Mon père m'appelle ? Ah... Cher papa !

- Paul ! Tu te lèves il est bientôt midi !
- Oui P'pa ! J'arrive…
- Il y a quelqu'un pour toi, dépêche-toi !

Je remets mes boucles en place, me rafraîchis le visage au petit lavabo près de la fenêtre, je suis pâle, je flotte ! il fait vraiment beau ce matin. J'enfile mon jean, un tee shirt mes baskets, j'ai vraiment l'air d'un jeune premier; il y a longtemps que je n'avais pas eu cette impression.

- Bonjour P'pa, bonjour Monsieur ?
- Enfin fiston, tu ne reconnais pas Antoine ?
- Antoine ?
- T'es pas bien réveillé toi !
- Bonjour Paul
- Bonjour
- Tu vas me reconnaître très vite, assieds toi j'ai quelque chose à te dire.

Papa l'interrompt…

- Antoine va te dire ce que je voulais t'annoncer hier avant que tu montes comme une furie dans la chambre.

- Je vous écoute, Antoine…
- Tu peux me tutoyer, il y a si longtemps qu'on se connaît ! Quelqu'un t'attend pour déjeuner à Marseille, au vallon des Auffes à l'Epuisette.
- Qui ?
- Mélanie
- Mélanie ? Mélanie !!! Oh ! Pardon, je ne vous avais pas reconnu ! Mélanie !!!
- Je crois que tu dois des explications à ma fille… Il n'est jamais trop tard Paul...
- Mais…euh… Je ne compr…euh…oh la la, Mélanie !! Mais elle n'est pas m… euh malade ? Je ne vous ai pas vu hier à l'enterrement ?
- Calme-toi Paul, ils n'étaient pas là parce qu'ils ne pouvaient pas avec le restaurant… Je le savais mais tu ne m'as pas laissé le temps de finir ma phrase.

Je ne prononce plus un mot de peur de dire des bêtises plus grosses que moi, j'avale le reste de mon café en quatrième vitesse, je saute dans ma voiture, je file à Marseille !! vraiment très beau temps aujourd'hui ! Je ne comprends plus rien à ce qui se passe, je ris, mes yeux s'embrument, je crie de bonheur, je pleure de joie… Vite Marseille, vite !

Il est midi les sirènes retentissent, dernier virage sur la corniche... Je rejoins ma vie; je vais l'aimer comme on ne l'a jamais aimée ! Dernier coup d'accélérateur, dernier coup de frein, le dernier !

Les sirènes hurlent ! Il est midi, tout est clair, pur, limpide comme de l'eau de roche... Autour de moi tout le monde en blanc ! Quelle belle cérémonie ! Ils sont tous là, je suis content ! Je me sens l'âme d'un enfant, je fusionne avec mon pantin. Désormais nous ne faisons plus qu'un. Je suis enfin en paix avec moi-même.

Il fait beau, il est midi, les sirènes hurlent…

- Mais arrêtez donc ce sifflement incessant !!!

Un geste bref, efficace, et...

Plus un bruit, plus rien... Les sirènes se taisent... C'est la fin.
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Onde
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MessageDim 18 Juin 2006, 08:44:16 Répondre en citant
Je n'avais pas encore pris le temps de lire le dernier épisode... Quelle fin ! bravo

C'est histoire a débuté il y a plus d'un an, dans un enthousiasme délirant. La sauce a eu du mal à prendre ici, dommage. Quand je vois ce que nous en avons fait, je me dis que ce serait une belle aventure que d'écrire à nouveau une histoire à plusieurs mains.

Merci beaucoup Indigo, d'une part c'est très bien écrit, mais d'autre part tu as proposé une suite à laquelle on ne s'attendait absolument pas. jap:
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Arwenn
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MessageDim 18 Juin 2006, 10:18:13 Répondre en citant
pffff!!! Grâce à son retour au menu, j'ai enfin lu "le hurlement des Sirenes" et une partie des "noctambules" !

bravo
Chapeau tous, ça donne autant l'envie de lire que d'écrire. Smile




D'ailleurs, je me dis du coup moi aussi qu'avec les nouvelles plumes arrivées depuis sur ce forum pour l'enrichir de leurs envolées, et les plus anciennes, ce serait bien de relancer, effectivement, quelque nouvelle histoire à plusieurs mains.
Smile
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