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Place des Mots ferme ses portes...
Colin est mort

 
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Mathias38
Mine graphite

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Inscrit le: 23 Juin 2009
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MessageMer 24 Juin 2009, 16:45:35 Répondre en citant
Demain, il fera beau. 25° à Biarritz, 20° à Paris, 22° à Grenoble, 21° à Strasbourg et à Lyon, disait une jeune fille avec un grand sourire. J'étais assis dans mon canapé et je me faisais la réflexion que, depuis plusieurs années déjà, la télévision était tout entière orientée vers le spectacle, féodalisée au dieu société de consommation et au concept de la bimbo qui devait afficher ses seins plus hauts que le soleil, les nuages ou la pluie. Cela devait servir à ce que le spectateur mâle, tout émoustillé qu'il fût, ne zappe pas et que madame, assise à côté de son gros porc de mari, commente la tenue de la jeune femme, en bien ou en mal. Peut-être qu'elle aussi, elle achèterait, si ce n'est le soir même ou peut-être le lendemain, ce type de vêtement par Internet ou dans un magasin.
- Y a juste un problème, dis-je tout haut. La fille qu'est là dans la lucarne, juste en face de toi, elle ne te ressemble pas, mais alors pas du tout ! Déjà, elle n'a pas ton âge, elle a au moins dix ans de moins, ensuite ses mensurations ne correspondent pas vraiment aux tiennes, sauf ton respect...
Putain, je parlais tout seul comme un con à une femme qui n'était plus là. La mienne m'avait quittée deux ans auparavant. Je ne me l'étais jamais expliqué, la crise de la quarantaine peut-être ?
Toujours est-il que je fis l'effort de ne plus rien dire en ma présence. J'avais raté l'annonce du saint ou de la sainte que l'on allait célébré le lendemain, mais franchement, quelle importance ça pouvait bien faire d'honorer les Jacques, Paul, Alphonse, Joseph ou bien Jules ? Les Saints, plus personne n'en avait que faire, quant à autrui, chacun trouvait toujours une raison pour s'en désintéresser. En ce qui me concernait, ça m'était égal que ma fête ait lieue le 12 février ou le 14 juillet, puisque rien ne m'arrivait ce jour-là, comme les autres jours d'ailleurs…
Après ce constat d’insipidité, j'en revins alors à mon premier sujet de cogitations intellectuelles, ayant décidé depuis le 1er janvier qu'il fallait mettre de l'ordre dans mes neurones. La météo n'était donc devenue intéressante qu'à coup de décolletés. J'en étais arrivé à ce constat alors que, comme disait Freddy Mercury, « The show must gon on », les programmes devaient continuer, en l'occurrence on en était au long défilé des publicités qui nous abreuvaient avec ses images dégoulinantes de confitures ou de crème fraîche... Et bizarrement, je commençai à nuancer mes propos. Il ne fallait pas blâmer les hommes et plus exactement les femmes qui exerçaient pour leur propre survie et dont les familles mangeaient grâce aux gouttes de leur sueur télévisuelle.
Un deuxième éclair de lucidité vint me frapper presque aussitôt. Dans un seul cas, la présentatrice météorologique pouvait être sérieuse et sobre dans sa tenue vestimentaire. Mais, à son corps défendant, il s'agissait aussi d'un spectacle, du moins d'un spectacle à venir, celle des tempêtes qui nous touchaient désormais régulièrement, nous, un pays dit « tempéré », avec des vents à 130 kilomètres par heure. Certes, on était loin des tornades de plus de 200 kilomètres par heure aux États-Unis ou aux Caraïbes, mais nous n'y étions pas habitués et cela faisait généralement, quand même, quelques morts, de quoi abreuver largement en tout cas le journal télévisé le lendemain. Alors là, oui, Miss Météo nous disait que l'on passait en alerte orange, en alerte rouge, rentrez chez vous et tous aux abris...
Et justement, le lendemain, le journal télévisé allait se délecter de tout ça et faire un petit peu d'information avec tout autour beaucoup de sensationnel. Car les infos à la télé, c'était devenu aussi un divertissement. Le père Gilbert nous montrait comment construire une brouette avec trois planches à bois à Tartanfouille-les-Eaux. Dans le même journal, on consacrait trente secondes à quatre Français enlevés sur leur yacht au large du Soudan, deux minutes aux forces d'intervention qui les avaient secourus et autant à une ministre de la Défense qui se félicitait d'avoir à elle seule, si on l'écoutait attentivement, avec ses petits bras musclés, sauvé la planète tout entière. Oui, ça se passait comme ça, il fallait que le bon peuple écoute et marche comme un seul homme avec le petit Napoléon qui le gouvernait. La propagande était la mamelle non seulement du pouvoir, mais aussi de la consommation. Les gens pouvaient acheter les yeux fermés, la chaîne de télévision pouvait ainsi ouvrir grand le tiroir-caisse aux annonceurs.
Et puis, il restait vingt secondes pour nous dire qu'il y avait eu quarante morts en Afghanistan et une simple annonce de cinq secondes avait suffi pour les milliers de victimes provoquées par la guerre civile au Sri Lanka. Plus ils étaient éloignés, plus les morts ne nous intéressaient pas.
Pourtant, il aurait été beau le concept, imaginez, une femme à demi nue, du sang, des larmes, des annonces en continu, des victimes en pagaille, civiles, militaires, et même animales, tout cela aux quatre coins de la planète, pourquoi pas ? Minute, pensai-je, n'enfreignant pas la loi du « Tu te tairas parce que tu es tout seul, tu dois penser en silence », ça n'existerait pas ce genre d'émissions ? Elles ne passeraient pas en continu sur les chaînes que l'on appelle improprement d'informations ?
Sur ces considérations, j'éteignis la boîte à troubadour et je m'en allai rejoindre Morphée, plus intéressante et qui, elle, me tendait les bras après une petite lecture.
Le lendemain, je reçus une lettre qui me fît l'effet d'une bombe avec simplement ces quelques mots : « Colin est mort ».

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Latcho Drom
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Humeur du Jour: Excusez-moi du peu.

MessageJeu 25 Juin 2009, 08:26:46 Répondre en citant
Smile
J'essaierai d'être un peu plus loquace sur ton texte ce soir mais dès la première lecture, je suis rentrée dedans.
Toujours est-il que je fis l'effort de ne plus rien dire en ma présence.
Y'aura une suite ?
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Mathias38
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MessageJeu 25 Juin 2009, 10:17:01 Répondre en citant
Oui il y aura une suite... applau
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Latcho Drom
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Humeur du Jour: Excusez-moi du peu.

MessageJeu 25 Juin 2009, 12:49:49 Répondre en citant
Mathias38 a écrit:
Oui il y aura une suite... applau


Tant mieux.
Si j'ai lu ton texte, c'est aussi pour le titre.
Ce prénom original, qui est dans un roman que j'aime.
Par contre, pour la lecture, ce serait possible d'aérer un peu ton texte ?
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Syane
Stylo-plume

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MessageJeu 25 Juin 2009, 15:22:34 Répondre en citant
J'aime beaucoup ce début de récit à la fois pour la façon dont il est tourné et à la fois pour le thème du traitement télévisuel aberrant de l'actualité, sous contrôle du pouvoir, et visant l'abrutissement des masses. Ce sont des sujets qui m'intéressent de près.
J'ai hâte de lire la suite.

Quelques remarques de forme :

- "Peut-être qu'elle aussi, elle achèterait, si ce n'est le soir même ou peut-être le lendemain"
Ce que je souligne me semble pouvoir être allégé, par exemple : le lendemain ou peut-être le soir même (c'est le "si ce n'est" qui me gêne un peu en fait)
- "que l'on allait célébré" -> célébrer
- "que ma fête ait lieue" -> lieu
- "Les Saints, plus personne n'en avait que faire, quant à autrui, chacun trouvait toujours une raison pour s'en désintéresser" : tu pourrais faire deux phases ici, afin que ce soit plus percutant (2ème phrase à partir de "quant à autrui").
- au 3ème paragraphe, "après ce constat (...) j'en étais arrivé à ce constat" : tu peux éviter cette répétition, il y a pas mal de synonymes possibles à constat (réflexion, idée, observation...)
- "plus les morts ne nous intéressaient pas" -> je mettrais plutôt : moins les morts nous intéressaient

Et j'ajoute que je suis d'accord avec le conseil de Latcho, pour aménager quelques espaces de respiration.
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Coline Dé
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Humeur du Jour: ludique

MessageVen 26 Juin 2009, 07:42:14 Répondre en citant
J'ai apprécié le contraste tranché entre les digressions autour de la télé (et son cortège de morts plus ou moins dramatisés selon éloignement) et le terrible Colin est mort, au point que je regrette presque ( seulement presque !)que tu donnes une suite... faut dire que j'ai un goût immodéré pour les chutes brutales ( toute petite déjà je rêvais d'être parachutiste !!! Wink )
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Plus que tout, j'aime le rire libre qui lézarde les murs. juste pour la beauté des lézardes.
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Bluedream
Plume d'oie

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Humeur du Jour: ...

MessageSam 27 Juin 2009, 22:32:48 Répondre en citant
Comme disent Latcho et Syane, pour la facilité de lecture, un peu d'aération ferait du bien.

Par contre, une suite à mon sens n'apporterait rien d'original vu que le titre, et la chute, n'ont que peu de rapport avec le précédent du texte qui me semble la priorité du sujet.
Colin est mort, ok, on l'apprend, en 2 mots, qui est en considération à prendre avec la longueur du texte sur la météo, qui semble l'objet principal (et unique ?) de l'info du jour.
Qui est Colin ? on s'en fout, il fait beau
Comment est-il mort ? on s'en fout, il fait beau
Et du coup les infos intermédiaires sur sa situation personnelle semblent sans intérêt pour la grande masse, alors qu'elles sont prioritaires pour lui, bien plus que la météo.
Donc sa bombe ne concerne que lui, et personne d'autre

Et si ce texte me parle, c'est bien parce que j'ai eu la même impression, notamment en rentrant de vacances l'année de la canicule où tant de personnes sont mortes pendant que je me baignais tranquillement, ou apprenant un tremblement de terre faisant des milliers de morts, tandis que moi je ne pensais qu'à mes soucis personnels.
Colin est mort ? et pour qui cela est une information importante ?
____________________
Il y a des choses qu'on ne peut dire qu'en embrassant... parce que les choses les plus profondes et les plus pures peut-être ne sortent pas de l'âme tant qu'un baiser ne les appelle.
Maurice Maeterlinck
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Onde
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MessageDim 28 Juin 2009, 10:27:08 Répondre en citant
Une suite ? Pas de suite ?

Entre les deux, mon cœur balance ! J’aime bien l’idée que ce texte se termine par cette chute. J’aimerais aussi savoir qui est Colin et pourquoi l’annonce de sa mort fait l’effet d’une bombe.

Je rejoins mes petits camarades sur le manque d’aération de ton texte, Syane sur cette phrase "plus les morts ne nous intéressaient pas" sur laquelle je me suis également arrêtée en me disant que « moins les morts nous intéressaient » sonnerait mieux.

Et autre remarque :

Mathias38 a écrit:

Sur ces considérations, j'éteignis la boîte à troubadour et je m'en allai rejoindre Morphée, plus intéressante et qui, elle, me tendait les bras après une petite lecture.

D'après ce que je crois savoir, Morphée est un « homme ». tongue:

Et sinon, j'aime beaucoup ton texte, Mathias.
Bien écrit et tellement réaliste, malheureusement.

Edit de 15h38 : mon petit doigt m'a dit que la suite est déjà écrite, j'ai résisté à la curiosité de la lire, mais j'espère que tu nous en feras profiter ici.
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Mathias38
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MessageDim 28 Juin 2009, 20:24:11 Répondre en citant
Oui, merci Onde, effectivement la suite est déjà écrite. Euh, désolé pour mon manque de culture, Morphée est effectivement un homme... On en apprend tous les jours... helldiver2
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Yno
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MessageDim 28 Juin 2009, 20:46:44 Répondre en citant
Je vote pour la suite parce que...personnellement, ce texte commence à m"interesser à partir du moment où :
Citation:
Le lendemain, je reçus une lettre qui me fît l'effet d'une bombe avec simplement ces quelques mots : « Colin est mort ».


Celà tient essentiellement au fond qui n'arrive pas jusqu'à moi et non pas à la forme de ce texte. (qui mérite il est vrai quelques aérations)
____________________
..." Ô temps ! suspends ton vol, merdeuh...
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Mathias38
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MessageDim 28 Juin 2009, 20:54:15 Répondre en citant
Merci, pour ce qui est de l'aération, je crois avoir compris le message...
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Onde
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MessageDim 28 Juin 2009, 21:00:45 Répondre en citant
Quand est-ce que tu la postes, ta suite aérée ? Mr. Green
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Mathias38
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MessageJeu 02 Juil 2009, 17:28:50 Répondre en citant
Moi qui voulais de l’information ! J’étais servi. Comment vous dire ? Colin, c’était un peu notre

Indiana Jones, un gars qui vadrouillait aux quatre coins de la planète et que j’avais connu sur

les bancs de la fac.

À l’époque, il avait des cheveux longs et bouclés. Nous aurions pu l’appeler casque d’or, mais

son prénom Colin était suffisamment original pour que l’on ne l’appelle pas autrement. Il

portait également des chemises à grands carreaux et des jeans délavés. En fait, c’était la

dégaine des jeunes des années 1990. Nous n’étions pas habillé autrement. Cependant, Colin

se démarquait des autres par sa stature. Il culminait en effet à 1m90 alors que nous ne

dépassions guère les 1m80. En somme, nous étions une bande de loosers qui passaient leur

temps à écouter des groupes de rock comme Nirvana ou Sonic Youth. Colin était notre phare,

nous étions ses nains et lui notre géant…

Sacré personnage ! Un aspect de brut, mais un fin lettré, admirateur des écrits de Louis-

Ferdinand Céline, mais évidemment pas de l’ignoble bonhomme. Contrairement à ce dernier,

Colin était tolérant, pourfendeur des idées reçues.

Il nous raconta au retour des vacances ses aventures en Finlande. Lui et ses trois

compagnons d’infortune avaient eu juste de quoi se payer le voyage. Sur place, ils étaient SDF

et vivaient de petits travaux, couchaient chez l’habitant. Ils n’avaient qu’une simple tente avec

eux et certains paysans les laissaient dormir dans leur champ ou dans leur grange. Un jour,

parvenus dans un village reculé de ce pays nordique, les habitants crurent à l’arrivée de

gitans et l’un des autochtones sortit armé de son fusil de chasse… C’est évidemment Colin qui

alla négocier et rassura tout le monde sur les intentions des voyageurs. Il était doté d’une

habileté surprenante de la négociation. Ses gestes roides contrastaient avec sa voix douce et

rassurante. Un autre jour, ils eurent même le droit à un article avec leur photo dans un journal

local qui narrait leurs exploits.

Comme beaucoup d’autres de mes camarades, je l’avais perdu de vue. Comment était-ce

possible que cette force de la nature trépasse ? J’en étais tout bouleversé. Il fallait que j’en

sache davantage, je ne pouvais en rester là !

*


Enfin perdu de vue, pas tout à fait. Trois ans auparavant, j’avais appris par la bouche de l’un

de mes camarades, Christophe, pour ne pas le nommer, que finalement, comme tous les

autres, moi y compris, Colin s’était posé, marié à une Hollandaise qui, paraît-il, était assez

jolie, grande aux yeux bleus…

Ils habitaient alors une maison, à la campagne, loin de tout. Je me mis à rechercher un numéro

que m’avait remis ce même Christophe dans mon calepin et que je n’avais jamais composé.

Mon index s’arrêta à la lettre B comme Barthe, Colin Barthe. Je pris fébrilement le téléphone.

Déjà qu’en temps normal, je détestai ce moyen-là pour communiquer… Là c’était pire. Allai-je

tomber sur sa veuve ?

Les sonneries retentirent comme autant de coups de semonce dans mon corps. Mon cœur

cognait à la manière d’un Jack La Motta, d’un Rocky Marciano ou d’un Mike Tyson pilonnant l’un

de ses adversaires. Autant dire que je n’étais pas bien… Mais personne ne répondait, rien au

bout des dix sonneries, pas même une boîte vocale…

Les météorologues avaient pronostiqué une canicule pour l’été. Cette journée de début juillet

s‘annonçait chaude… J’avais fait rapidement un sac de fortune avec trois tee-shirts pour

autant de paires de chaussettes et de culottes. Les caleçons en été, ce n’était pas mon truc…

Deux heures de trajet en voiture ne me faisait pas peur même sur des routes piégeuses et

tournantes. Le bout du monde. De nos jours, il fallait du courage pour y vivre. Certes, cet

endroit vous préservait d’un bon nombre de maux actuels caractéristiques des villes :

pollution, incivilités, bruits…

À la sortie d’un village indiqué sur la carte, sans GPS (je n’en avais jamais réellement eu

l’utilité), je dus me résoudre à demander à un des rares habitants présents mon chemin.

- Les Parisiens ? Oui, vous prenez tout droit pendant deux kilomètres. Ensuite, vous allez

avoir un petit chemin sur la droite juste après le lieu dit «Malleval ». Après vous pouvez pas

vous tromper, c’est un petit chemin, il vous mène directement à leur maison.

- Je vous remercie monsieur, dis-je en souriant par souci d’amabilité.

Je me retins de lui dire qu’ils n’étaient pas parisiens, mais pour certains habitants reculés de

nos belles provinces, tous ceux qui n’étaient pas du cru se voyaient attribuer de ce qualificatif.

Au fond du chemin, une vieille bâtisse en pierre… J’approchai du but, suant à grosses gouttes.

Il régnait une atmosphère étrangement calme. Je pris ma respiration et appuyai sur le bouton

de la sonnette.

Une femme blonde m’ouvrit.

- Mme Barthe, je suis Jules Sergent, un ami de votre mari.

- Cela ne me dit rien, il est au travail aujourd’hui.

Je fus saisi d’effroi et ne put articuler quoi que ce soit pendant quelques secondes. Mon hôte

s’en aperçut.

- Vous avez l’air surpris, mais beaucoup de gens travaillent en semaine, vous savez…

Elle riait…

- Nous parlons bien de Colin ?

- Oui bien sûr, Colin travaille au village, avec le maire, sur un projet de station des eaux

usées. Allez voir si vous le trouvez…

J’en restai comme deux ronds de flanc.

- Oui bien sûr, balbutiai-je. J’y vais de ce pas. Merci… Désolé du dérangement…


A suivre...
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Syane
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MessageJeu 02 Juil 2009, 17:53:28 Répondre en citant
Bon eh bien là, pour le coup, il me semble vraiment que la suite devient indispensable ! Autant ta première partie pouvait faire un seul et même texte fini, autant cette deuxième partie, non. En tout cas, pour ma part je réserve un commentaire développé pour le moment où tu auras posté l'entièreté de ton récit.
Et comme ça me paraît pour l'instant prometteur, je t'y encourage.

Cependant si tu souhaites des remarques concernant l'orthographe, les tournures, etc. je pourrai en faire au fur et à mesure.

D'un point de vue strictement pratique, il serait bon que tu postes chaque épisode dans un seul topic (garde celui-ci par exemple pour poster la suite, j'ai déjà fusionné tes deux premiers topics) de manière à ce qu'on puisse retrouver chaque partie facilement. Merci. Smile
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Mathias38
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MessageDim 05 Juil 2009, 15:05:42 Répondre en citant
J’eus du mal à ouvrir la poignée de la voiture, tourmenté, me demandant si je n’avais

pas rêvé… Mais non, que s’était-il passé ? Je pris le parti de démarrer la voiture… Ensuite

seulement je réfléchirai...

J’éteignis le contact un kilomètre plus loin entre le village et l’habitation supposée des Barthe,

à un endroit où le bas-côté le permettait. Je me pris le visage entre les mains… C’était quoi

cette histoire ? La femme de Colin Barthe avait-elle perdu la raison, était-elle en train de nier

la réalité ? Cela paraissait difficile, aucune autre voiture n’était là, famille, amis pour soutenir

la veuve… Alors que s’était-il passé ?

Je sortis de ma voiture pour respirer et marcher quelque peu. J’eus le temps de faire

quelques mètres sur ce qui apparaissait comme un début de sentier de randonnée, lorsque

mon attention fut attirée par un cabriolet rouge qui vrombit dans la ligne droite menant au

village. À ma grande stupéfaction, il s’arrêta net. Une femme brune m’interpella :

- Montez s’il vous plaît, j’ai des révélations à vous faire.

- Quelles révélations ? Qui êtes-vous ?

- Ne discutez pas, c’est moi qui vous ai envoyé la lettre annonçant la mort de Colin.

- Et ma voiture ?

- Ne vous en faites pas, je vous ramènerai ici.

J’avais mille questions à poser, mais avant que je ne puisse dire quoi que ce soit, elle fit

violemment demi-tour.

- Je vais tout vous expliquer. Il ne s’agit pas d’un canular, Colin Barthe est réellement

mort.

- Sa femme dit que non !

- Ce n’est pas sa femme.

- Pardon, qui est la personne à qui j’ai parlé tout à l’heure ?

- Il s’agit d’une remplaçante.

- Une remplaçante ?

- Pour faire bref, un sosie. Et Colin lui aussi a été remplacé…

- Mais c’est du délire ! Vous êtes complètement folle, il faut vous interner !

- Les Barthe travaillaient pour le gouvernement.

- Je ne vous crois pas une seule seconde !

Mon cœur tambourinait dans mes tempes. J’étais déboussolé.

- Je suis la meilleure amie de Marieke Barthe. Je l’ai connue plus jeune. C’était une brillante

étudiante en biologie venue de Hollande. À la fin de ses études, elle n’a pas voulu retourner

dans son pays, à priori pour des problèmes familiaux. Plus tard, faute de trouver un poste

comme chercheuse, elle est entrée dans la police. C’est ce qu’elle m’a expliqué quand nous

nous sommes retrouvées par hasard dans ce petit village. Un dimanche, j’allai chercher du

pain. J’ai entendu mon prénom dans la rue. C’était elle, quelle joie j’ai ressentie ce jour-là !

Nous nous sommes vus ensuite régulièrement. Son mari aussi était policier. Un couple sans

histoire. Un soir, alors que nous avions un peu bu, son mari partit aux toilettes. Elle m’avoua à

demi-mot qu’elle travaillait pour les services secrets…

La voiture bifurqua à un croisement sur la droite. À l’écart d’une petite route étroite, le

cabriolet s’arrêta devant une modeste maison.

- Colin est mort, je le sais de source sûre. Quant à Mariecke, elle est en danger, il faut

m’aider, monsieur Sergent !

- Mais pourquoi moi ?

- J’ai besoin d’un athlète comme vous, monsieur Sergent, je connais votre passé de sportif.

Vous et moi, on peut y arriver.

- Arriver à quoi ?

- À pénétrer dans leur antre, une carrière désaffectée, aux multiples anfractuosités.

Rassurez-vous, je la connais mieux qu’eux, mon père travaillait à cet endroit et surtout en

possédait les plans...

- Les lieux doivent être hyper sécurisés, on n’a aucune chance ! Et puis, comment

savez-vous que j’ai été sportif de haut niveau, comment me connaissez-vous, d’où tenez-vous

ces informations ?

- Du calme. Je n’ai pas droit de révéler à quiconque ce que je fais, mais sachez que j’ai

besoin de vous et qu’aucun autre ne peut m’aider actuellement. J’étais amie avec Mariecke,

mais j’étais aussi chargée de la surveiller. Elle était tenue par un service secret certes, mais

pas de ce pays… Elle nous avait contactés quelques mois auparavant.

Jules ne bougeait pas de son siège. Il croyait que sa tête allait exploser devant cet afflux

d’informations plus acadabrantesques les unes que les autres. Des sosies, des espions…

Cette femme était bonne à enfermer. Pourtant, elle n’avait pas l’air folle, une aussi jolie fille,

quel gâchis !

- Allez sortez de cette voiture. Nous allons nous préparer. Au fait, mon prénom c’est

Camille.

Elle me tendit gentiment la main. Je la lui serrai quelque peu troublé. Elle me fit rentrer.

- Vous avez déjà porté une arme ?

- Non…

- Tenez, un petit revolver. Ça pourra nous aider au cas où. Moi j’ai celui-là…

Elle écarta d’un revers de main sa jupe qui lui arrivait aux genoux et me montra fièrement son

arme dissimulée sous l’une de ses cuisses… Je ne pus m’empêcher de rougir. Elle s’en aperçut.

- Les réjouissances, ce sera pour plus tard monsieur Sergent ! En attendant, je vais vous

expliquer comment nous allons procéder.

Camille me montra le plan de la carrière, m’expliqua que ces installations dataient d’environ

cinq ans et qu’il était vital que nous parvenions à libérer Mariecke. Elle détenait des

informations capitales en ce qui concernait les remplaçants. Grâce à elle, le gouvernement

français pourrait se débarrasser de la menace que constituait cette base totalement illégale.

J’avais compris maintenant. Le « nous » de tout à l’heure conjugué au mot « gouvernement ».

Camille était elle-même une agente secrète travaillant pour le compte de l’État…

*


Je la croyais désormais. Elle me fit à manger et je voyais dans ses yeux qu’elle était heureuse

d’avoir trouvé en moi un allié. Je crus même voir sur son visage un sourire. Quelques minutes

plus tard, elle me permit de prendre une douche salvatrice et me prêta une serviette douce

qui sentait bon la lavande… Elle me la passa très vite en feignant de ne pas me regarder.

Ensuite, elle s’éloigna et me dit de me dépêcher, nous devions partir…

À peine sortie, Camille reprit son air inquiet, renfrogné, dur que je lui avais vu quelques

heures plus tôt. Après avoir repris la route principale, la décapotable rouge bifurqua sur une

route quelque peu abimée. Quelques lacets plus loin, elle s’arrêta.

Alors que nous sortions de la voiture, des bruits de pneus crissèrent sur le bitume. Camille

sortit son arme. J’eus juste le temps de me cacher derrière la voiture, tout près d’elle, sauf

qu’elle ne se cachait pas… Des hommes armés lui faisaient face.

L’un d’eux s’écria :

- Police ! Baisse ton arme Camille, tu n’as aucune chance !

Camille était pétrifiée sur place telle une muse face aux Gorgones…

- Camille, baisse ton arme, je te dis, relâche ton otage !

De la sueur dégoulinait du visage de la jeune femme.

- OK, je vais poser mon arme, bredouilla-t-elle.

Un policier s’avança et prit l’arme. La surprise se lut tout à coup sur son visage. L’arme était

factice… Au même moment, un autre policier la menotta. Un troisième vint vers moi et me

demanda si tout allait bien. Il voyait bien que je ne comprenais rien de ce qu’il se passait. Il

m’expliqua la situation.

- Camille Lansky est une mythomane. Elle s’est évadée de son centre de soin pas plus tard

que la semaine dernière. On a retrouvé le brouillon d’une lettre qui vous était adressée. Nous

savions qu’elle reviendrait chez elle. On surveillait la maison depuis deux jours…

Je me pris la tête entre les mains.

- Et les remplaçants, dis-je au policier.

- Les remplaçants ?!

- Oui les humains qu’on remplace par des sosies !

Le policier se retourna.

- Bernard, je crois que l’on a besoin d’une assistance médicale pour ce monsieur !

- Je préviens le centre de suite ah ah ah…

Son rire résonna étrangement à travers toute la carrière…

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MessageMer 08 Juil 2009, 22:20:33 Répondre en citant
Premiers commentaires rapides, j’y reviendrai plus tard, j’ai noté quelques fautes d’orthographe et quelques phrases à retravailler (à mon sens) si cela t'intéresse ?

Pour le moment, au niveau de l’histoire en elle-même, j’ai été déroutée quand j’ai attaqué ces lignes :

Je la croyais désormais. Elle me fit à manger et je voyais dans ses yeux qu’elle était heureuse d’avoir trouvé en moi un allié. Je crus même voir sur son visage un sourire. Quelques minutes plus tard, elle me permit de prendre une douche salvatrice et me prêta une serviette douce qui sentait bon la lavande…

Je suis retournée quelques lignes en arrière avec l’impression d’avoir raté quelque chose, je ne comprenais pas où Camille et Jules se trouvaient et comment l'histoire en était arrivée là. Je ne sais pas si je suis la seule à avoir ressenti ça ?

Sinon, j'aime bien l'idée, je ne m'attendais pas du tout à ça en lisant les deux premières parties ! Smile
Mais je regrette que ton texte soit si court finalement. La chute arrive trop vite à mon goût. Peut-être faudrait-il développer un peu entre l'arrivée de Camille et son arrestation ? Le tout manque un peu d'explication. Pourquoi Jules ? Et pourquoi Colin et sa femme ? Cette Camille connaissait-elle réellement tout ce monde-là auparavant ? Difficile d'expliquer précisément ce que j'ai ressenti, peut-être que cela ne vient pas des points soulevés, mais il me manque quelque chose pour que le tout fonctionne parfaitement.
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Mathias38
Mine graphite

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Inscrit le: 23 Juin 2009
Messages: 13
Localisation: grenoble

MessageJeu 09 Juil 2009, 18:07:49 Répondre en citant
@ Onde
Bon ok, je reconnais que j'ai très peu travaillé la fin de la nouvelle... chenaillou2
Avec un peu de travail, elle pourrait être améliorée. Je la retravaillerai sûrement quand ça me toquera.
Sinon oui je veux bien que tu m'aides pour mes erreurs orthographiques. C'est mon pêché mignon (désolé, on ne peut pas être parfait sunglasses )

Merci pour ton appréciation...
____________________
Bonjour, j'écris et je voudrais avoir des avis objectifs sur ma production...
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