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Place des Mots ferme ses portes...
Une trempée...

 
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Auteur Message
Terlam
Mine graphite

Hors ligne

Inscrit le: 19 Juin 2009
Messages: 14

MessageVen 19 Juin 2009, 09:10:39 Répondre en citant
Une trempée...

« - Racontez moi votre plus grande satisfaction.
- J'ai mis longtemps à être propre, longtemps, très longtemps. A quatorze ans je faisais toujours pipi au lit et à douze, les couches me retenaient encore le caca du matin. Quand ma mère était fatiguée de me laver les urines nocturnes, je traînais à l'école mes fonds de culotte sales. Je traînais aussi avec moi une odeur pestilentielle qui permettait à mes camarades de lapider sans vergogne le "pisseux putois" que j'étais.
Un jour, à l'âge de six ans, j'étais en classe et incapable encore une fois de contrôler mes sphincters. Je restais ainsi plusieurs heures, collée à ma chaise, avec l'odeur et la merde collée sur les fesses. Je réussis à le cacher à la maîtresse, il fallait surtout le cacher à ma mère. A onze heures et demi, je rentrais à la maison réfléchissant à ce que je pouvais faire pour qu'elle ne s'en aperçoive pas. Elle ne m'avait pas vu rentrer et j'étais déjà dans sa chambre à fouiller dans les cartons sous son lit. Il y avait des papiers, plein de papiers ; des contrats d'assurance, des factures d'électricité, le contrat de bail, des centaines de papier, de quoi essuyer ma merde et toutes celles que je me voyais encore faire. Je pris une première feuille, et j'entamais le nettoyage. J'essuyais, déjà contente d'avoir trouvé le filon pour échapper aux claques de Maman. Lorsque mes fesses furent assez propres, je ramassais du bout des doigts les documents administratifs trempés de fiente et il me vint à l'idée de les balancer par delà la fenêtre. Nous habitions une courée dont les habitations portaient encore les vestiges du labeur des teinturiers du textile ; une pompe à eau pour douze maisons, une seule cuve à chiotte avec la porte en bois, le coeur au milieu et les mouches en
farandole. Il y avait derrière cette rangée de maisons une école et un mur qui donnait sur la cour de récréation. Je jaugeais donc la distance et j'entamais ma lancée. Le premier tomba pile, derrière. J'imaginais en souriant la tronche des instituteurs ramassant la merde dans leur administration. Le deuxième faillit revenir dans notre petit jardinet. Je le laissais choir, le coeur vibrant, n'osant imaginer la fureur de ma mère si elle tombait dessus. Quand j'eus lancé le troisième, Maman sortit de la maison et le papier lui tomba aux pieds.
Elle leva les yeux et quand je décidais de remettre ma tête à la fenêtre, elle était déjà dans la chambre. Elle avait dans sa main ce petit bout de papier, ce petit bout rempli de merde. Ce petit bout de merde qui n'avait pas fait l'effort de voler assez haut.
Elle ne disait rien Maman, mais elle attrapa ma tignasse et les cheveux emmêlés firent voler ma tête par delà l'escalier. Elle me traîna ainsi, jusqu'à une petite cabine, à l'arrière de la cuisine. Au passage, elle avait récupéré le cordon électrique du vieux transistor qui chantait dans la cuisine.
Cette petite pièce où elle m'emmena, aurait pu nous servir de cabine de douche si Maman avait eu les moyens d'en faire poser une, mais elle ne servait qu'à entreposer les produits ménagers et les seaux de Maman.
Avec la force de sa colère, elle m'y envoya cogner contre le mur, referma le rideau derrière elle et se mit à frapper.
Le premier coup fut cinglant et brisa net toutes mes velléités de parole.
Cette cabine était pour moi jusqu'alors une fabuleuse cachette de jeu. J'y amenais mes poupées, j'y restais des heures. Elle devenait, ce jour du premier coup de Maman, la cabine de torture et le lieu de ma pire douleur.
J'étais déjà sonnée et je laissais mon corps s'abandonner sur le carrelage, espérant lâcher la douleur avec lui. J'étais par terre. Maman le prit comme une victoire, celle de l'autorité sur l'insoumission, celle de la raison sur le chaos et son fouet correcteur frappait, frappait, frappait.
Maman, si tu savais comme j'ai eu mal.
Maman n'entendait rien. Je ne sais plus combien de temps ça a duré, sûrement longtemps parce que j'ai gardé les empreintes de ce jour plusieurs mois. Peut-être peu de temps, parce que finalement, au bout du cinq ou sixième coup, je n'avais déjà plus mal.
Au dixième ou onzième coup, je me suis mise en boule. Pour protéger quoi ? Je ne sais pas, pour me protéger de Maman. J'étais petite, toute petite, mais elle arrivait toujours à m'atteindre. Elle frappait, Maman, elle frappait toujours. Plus elle frappait, plus j'entendais le sifflement du cordon électrique qui se délectait à fuser sur ma peau
d'enfant. Et elle frappait Maman, ivre de colère et de folie. Elle frappait sa vie et sa misère, elle frappait sa pauvreté, elle frappait le sort qui s'acharnait sur elle et sur
sa descendance.
Allez frappe Maman, dessaoûle-toi. Je n'avais plus mal, Maman, je n'avais déjà plus mal.
Alors, elle s'arrêta net. Plus au début de la fatigue occasionnée par sa frénésie que par réelle conscience de son horreur. Elle déposa son cordon. Elle me regarda longtemps, elle semblait descendre petit à petit, elle semblait réaliser son acte, elle semblait me réaliser. Je ne disais rien, mon épiderme fumait encore des coups de Maman. Je ne sentais rien, je ne me sentais plus mais je me suis sentie soulevée par Maman. Elle m'allongea sur le divan crasseux qui trônait dans notre sombre salon. Elle prit la bassine d'aluminium, la remplit d'eau et la posa sur le poêle incandescent qui n'avait rien à envier au feu qui me dévorait la peau.
Elle revint vers moi pour me déshabiller. N'enlève rien Maman, ça colle. Le tissu avait commencé à pénétrer la chair. Maman prit des ciseaux. J'ai eu peur encore, j'ai cru qu'elle voulait remplacer son cordon électrique.
Elle m'a lavée. Elle m'a soignée en pleurant et m'a demandé si je voulais retourner à l'école. J'ai dit oui.
Sur la route, Maman m'a acheté un énorme paquet de bonbons. Il y en avait des jaunes, des rouges des bleus ; il y avait des frites salées, des crocodiles verts et des fraises Tagada. Il y en avait pour une fortune, au moins 5 francs.
En classe, j'ai partagé mes bonbons et ils étaient tous collés au "pisseux putois".
J'étais heureuse et satisfaite, ce jour. J'étais heureuse d'être le centre et l'attraction de cette minute. L'un d'eux m'a même pris par l'épaule en me réclamant un Malabar et en remerciement, me fit remarquer qu'il acceptait de me parler aujourd'hui parce que je ne puais pas. »


L.T.
[Haut]
Terlam
Mine graphite

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Inscrit le: 19 Juin 2009
Messages: 14

MessageVen 19 Juin 2009, 09:30:42 Répondre en citant
Bonjour à tous,
Désolée, j'ai mis la charrue avant le boeufs. Je me présente, Terlam, je ne suis pas encore tout à fait vieille, j'ai 40 ans et je vous propose ci-avant, une petite nouvelle qui, j'espère, vous sera agréable à la lecture...Bien évidemment, ce n'est pas autobiographique mais cela m'a quand même été raconté, on peut donc dire que c'est un vêcu. J'aime écouter la vie des gens, les gens simples et humbles, ce sont ceux qui dégagent, je crois le plus de vérité...
Un petit conseil à tous les écrivains du dimanche, comme moi, : Lisez ! Lisez beaucoup, lisez énormément, lisez à en perdre la vue !!!!!!!!!!!!!
Merci et portez vous bien
[Haut]
Syane
Stylo-plume

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Inscrit le: 06 Mar 2007
Messages: 3 816

MessageVen 19 Juin 2009, 09:48:33 Répondre en citant
Bonjour et bienvenue, Terlam,
Smile

Eh bien, on peut dire que tu fais ton entrée avec un texte particulièrement percutant. Qui fait froid dans le dos et ouvre grands les yeux sur une manifestation de la noirceur et de la détresse humaines. Une histoire vraie, donc, comme tu l'indiques. La toute première phrase "votre plus grande satisfaction" serait de toi alors, la personne qui écoute ?

Bien écrit, les phrases s'enchaînent, illustrant d'elles-mêmes le processus implacable de la violence, de la folie et du double-bind d'une mère envers sa fille et la résistance de cette dernière.
Il y a des passages vraiment forts et signifiants comme celui-ci :
"Elle frappait sa vie et sa misère, elle frappait sa pauvreté, elle frappait le sort qui s'acharnait sur elle et sur sa descendance".

A la première lecture le tout m'a fait l'effet d'une claque. La deuxième fois, beaucoup de sujets de réflexions intéressants m'apparaissent.

Sinon, du détail sans importance, je crois qu'il manque un mot dans cette phrase "Plus au début de la fatigue occasionnée". "A cause de", je suppose ?
[Haut]
Terlam
Mine graphite

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Inscrit le: 19 Juin 2009
Messages: 14

MessageVen 19 Juin 2009, 10:10:43 Répondre en citant
Plus de la fatigue occasionnée par sa frénésie, que par réelle conscience de son horreur.
Effectivement Syane, il y a un hic. C'est la virgule après frénésie qui manquait.
Merci pour ton commentaire, il me va droit au coeur, Boum boum...vraiment et ca m'encourage..C'est ce que je voulais retranscrire, je ne voulais pas faire du tout noir ou tout blanc, je voulais de la nuance...c'est ce qu'il y a de plus dur...faire du juste, de l'équilibré...
Voilà 4 ans que j'ai commencé mon premier roman et mon plus grand défaut, en vérité, c'est un manque de confiance incommensurable. C'est cyclique, parfois je me sens très bonne et parfois je me sens nulle à chier. J'ai toujours aspiré à l'écriture mais j'ai l'impression de ne savoir réellement écrire que depuis quelques années. En ce moment, je lis Flaubert, le classique Mme Bovary et parfois j'en suis malade de fascination et de jalousie...
La narration, telle qu'elle est, est de mon fait. Je n'ai pas questionné la personne qui m'a raconté cette histoire, elle me l'a placé sous l'oreille de son propre chef. J'habite un coin ou les histoires comme celle là sont d'une banalité alarmante.
Bien à toi, Syane.
[Haut]
Syane
Stylo-plume

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Inscrit le: 06 Mar 2007
Messages: 3 816

MessageVen 19 Juin 2009, 11:45:03 Répondre en citant
Arf, tu sais le manque de confiance, ça me connait aussi.
Ce qui m'a aidée, ici, pour tenter de dépasser ce blocage (qui finalement s'entretient très bien tout seul de lui-même si on reste retranché), c'est que c'est un terrain d'écriture libre, où simplement prévalent le plaisir d'écrire, d'être lus et commentés dans un but d'échange mutuel enrichissant.
Où on ne met pas de notes d'évaluation, où on ne fait pas de comité éditorial.

Je pense que ces espaces sur le net sont d'autant plus utiles quand on se lance dans un travail d'écriture long et difficile tel qu'un roman.
En tout cas, j'espère que tu y trouveras toi aussi ce genre de clefs.

Et merci pour tes précisions concernant mes questions. C'est dingue comme une virgule peut changer une phrase parfois.

Bonne promenade à toi sur la Place, et à bientôt. Smile
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Bluedream
Plume d'oie

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Messages: 11 182
Humeur du Jour: ...

MessageVen 19 Juin 2009, 12:26:28 Répondre en citant
Vieille à 40 ans ? mais non, tu as toute la vie devant toi
En plus c'est un âge partagé par quelques-un(e)s ici (ou d'autres bientôt), alors ça n'est qu'un détail ça.

Ce qui m'a le plus étonné dans ta nouvelle, c'est le thème lol7:
J'imagine que tu as déjà écrit un certain nombre de nouvelles sur des sujets plus ou moins variés, alors pourquoi avoir choisi celui-ci comme premier texte de toi, et donc une forme de présentation.
Le commentaire de Syane est assez complet sur la qualité de ton écrit et sur les questions/sujets/débats qu'il peut entraîner.

Alors pourquoi t'es-tu présentée pour ta première fois ici en abordant le thème d'une jeune adolescente maltraitée par sa mère et victime de quolibets de la part des autres écoliers du fait de son incontinence ?

En tout cas bienvenue et j'espère que tu te plairas sur PDM.
____________________
Il y a des choses qu'on ne peut dire qu'en embrassant... parce que les choses les plus profondes et les plus pures peut-être ne sortent pas de l'âme tant qu'un baiser ne les appelle.
Maurice Maeterlinck
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Terlam
Mine graphite

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Inscrit le: 19 Juin 2009
Messages: 14

MessageSam 20 Juin 2009, 13:12:37 Répondre en citant
Merci, Syane.
Bluedream, en vérité, je l'ai posté ce texte parce que c'est le seul que j'ai sous la main... chut01
J'ai longtemps écris et posté sur internet, pour voir si je savais produire quelque chose dans l'esprit de celui qui lit. C'est gratifiant, c'est nourrissant mais à un moment, il faut savoir s'arrêter parce qu'une fois que je les poste, mes textes, je sais qu'ils passent dans le domaine public, autrement dit, ils ne m'appartiennent plus. J'ai écris quelques courtes scènettes, par exemple et je me suis rendu compte par la suite qu'elles avaient été jouées sans que je sois au courant de rien du tout...C'est tout, je savais ce que je faisais en les postant.
Je suis une grande complexée de l'écriture, c'est jamais assez bon, alors je passe beaucoup, beaucoup de temps. Parfois sur une phrase, parfois sur un putain de simple mot (pardon... Shocked ). C'est beaucoup de travail.
J'ai posté sur internet pour voir si j'étais sur le bon rail, si je valais quelque chose. Je ne suis plus maintenant complexée quant à la conviction de mon écriture, je sais que j'ai quelque chose à dire et que j'ai les moyens de le dire. Le reste, c'est une question de travail, travail, travail....Je ne poste plus ce que j'écris maintenant, sur internet. J'ai arrêté la courte scènette, la courte nouvelle et je me suis mise à construire un bâtiment qui parfois semble me dépasser. Il y a tant de choses, ça fourmille, il faut essayer de tout attraper, courir après ce qu'on croit être un bout de vérité. On s'y perd parfois...
Je n'ai jamais jamais pensé que je pouvais prétendre à être éditée, c'est grâce à internet, que j'ai commencé à écrire solidement. J'ai été contactée par mail par une grande maison d'édition, ça m'a troué le...(pardon...) Ca m'a enlevé la chappe du "je-ne-peux-pas", "du "c'est-pas-pour moi".
Voilà, travail, travail, travail...Il n'y'a que ça à dire. Il faut en chier sur sa feuille et savoir se forcer parce que ça ne fait pas toujours du bien l'écriture.
Merci beaucoup pour cet accueil chaleureux.
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Une Nouvelle Vie
Stylo-plume

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Inscrit le: 28 Juil 2006
Messages: 2 650
Humeur du Jour: Vivre, c'est ne pas se résigner - Camus

MessageSam 20 Juin 2009, 19:30:08 Répondre en citant
Je viens de lire ton texte.

Avant tout, bienvenue ici Smile

Effet d'une gifle, effet choc. Comme si je me trouvais dans la peau de cette gamine maltraitée. Effet cinglant également sur l'attitude de la mère et ce pètage de plomb.

jap:
____________________
"Le mal se fait sans effort, naturellement, par fatalité ; le bien est toujours le produit d'un art." Baudelaire
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Terlam
Mine graphite

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Inscrit le: 19 Juin 2009
Messages: 14

MessageSam 20 Juin 2009, 19:55:55 Répondre en citant
Merci à toi et salutations aussi...Nouvelle Vie.
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Syane
Stylo-plume

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Inscrit le: 06 Mar 2007
Messages: 3 816

MessageJeu 25 Juin 2009, 18:45:24 Répondre en citant
Terlam a écrit:
je l'ai posté ce texte parce que c'est le seul que j'ai sous la main...


Terlam a écrit:
Je ne poste plus ce que j'écris maintenant, sur internet.


En relisant ton message Terlam, tout à coup j'ai peur de comprendre ceci : est-ce à dire que ce texte est le seul que tu nous proposeras de lire ? Sad J'espère me tromper.
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Bluedream
Plume d'oie

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Inscrit le: 19 Avr 2005
Messages: 11 182
Humeur du Jour: ...

MessageJeu 25 Juin 2009, 18:51:05 Répondre en citant
si j'ai bien compris, Terlam considère qu'à partir où elle publie sur le net, les textes ne sont plus à elles
et qu'elle se consacre à un roman
hormis cette nouvelle
dommage
____________________
Il y a des choses qu'on ne peut dire qu'en embrassant... parce que les choses les plus profondes et les plus pures peut-être ne sortent pas de l'âme tant qu'un baiser ne les appelle.
Maurice Maeterlinck
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Terlam
Mine graphite

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Inscrit le: 19 Juin 2009
Messages: 14

MessageJeu 25 Juin 2009, 20:38:29 Répondre en citant
Si, si Syane, j'en ai d'autres que j'ai posté sur internet et comme l'a dit Bluedream, c'est ce que j'écris en ce moment que je ne poste plus.
Et bon, Pisque vous z'êtes pas dégoutés...
Ce n'est pas le même genre, ce n'est pas une nouvelle. Je dirai, une courte scènette avec un thème...un peu plus philosophique...

La révolution dans l'omelette

LA REVOLUTION DANS L’OMELETTE


Le Zèbre :
-Eh, l’ours ?
L’Ours :
-Ouais ?
Le Zèbre
-Ca va ?
L’Ours
-Je suis vidé !
Le Z
-Dure la cadence aujourd’hui, n’est ce pas ?
L’O
-Un vrai jour de noël !
Le Z
-T’as réussi ?
L’O
-Je crois qu’oui, je suis même à 125 %.
Le Z
-T’as fait 125% de tes objectifs ?
L’O
-Ouais. Il faut dire que je suis un peu aidé. Il y a pas mal de film qui sortent en ce moment au cinéma avec des histoires d’ours. Ca rameute les foules.
Le Z
-125% ça te fait combien de visiteurs, ça ?
L’O
-Je sais pas trop, il faudrait regarder sur le compteur. Et toi ?
Le Z
-Bô, tu sais les zèbres, ça n’intéresse plus personne !
L’O
-Pourquoi tu dis ça ?
Le Z
-Je suis qu’à 60. Je crois que je n’aurais pas de prime cette année.
L’O
-Il faudra en discuter avec le directeur, lui expliquer que les circonstances extérieures ne te sont pas favorables.
Le Z
-Je sais ce qu’il va me répondre, « tu restes trop dans ton coin, tu ne souris pas assez… » Sont marrants, comme ci c’était facile de sourire…
L’O
-Heureusement moi, on ne me demande pas de sourire, je dois faire le méchant. Parfois je montre mes dents. Je rôte, je pète pour montrer que je suis un véritable animal et c’est tout !
Le Z
-Je ne suis pas d’accord, la direction veut me forcer à manger les cacahuètes que les visiteurs me balancent. En haut, ils disent que c’est une façon de bien recevoir le client. Je ne vais pas changer ma nature, je déteste les cacahuètes !
L’O
-On ne peut pas te forcer à manger ce que tu ne peux pas, c’est dans la convention collective !
Le Z
-T’as entendu parler des horaires élargis ? Ils veulent ouvrir le zoo 24/24 !
L’O
-Ah bon ? Et quand est –ce qu’on va dormir ?
Le Z
-Ils vont nous filer des amphétamines, pour qu’on soient toujours éveillés. Fini l’extinction des feux !
L’O
-Bonjour l’extinction tout court !
Le Z
-Il faudrait en parler à la prochaine réunion.
L’O
-Tu parles, Il n’y a jamais personne qui ose l’ouvrir.
Le Z
-Ca, c’est parce qu’on est pas assez syndiqués. Il faudrait être plus solidaires ! Il faudrait former un groupe pour dire non !
L’O
-Non à quoi ?
Le Z
-Non à l’anthropomorphisme, non aux expérimentations animales, non à l’extinction des races, non à l’assujettissement de l’animal par l’homme, non à la pauvreté, non aux brimades, non à l’injustice !
L’O
-Tu me fais marrer, déjà qu’ils se bouffent entre eux. Comment veux-tu qu’ils prennent acte de nos considérations de bêtes !
Le Z
-N’est bête que celui qui veut l’être et moi, j’ose prôner la révolution.
L’O
-La révolution ?
Le Z
-Oui, la révolution. Nous entraînerions avec nous les plus faibles, hommes comme animaux. La misère est universelle. Le tout c’est de le vouloir, vouloir mener la lutte !
L’O
-Mais la lutte de quoi ?
Le Z
-La lutte contre l’injustice, l’avilissement, les dégradations morales occasionnées par les plus forts sur les plus faibles.
L’O
-Tu es un utopiste, mon zèbre.
Le Z
-C’est la volonté qui sépare l’utopie de la réalité.
L’O
-Les zoos sont pleins de philosophes à ce que je vois. Hier, l’éléphant parlait presque comme toi.
Le Z
-C’est qu’il en a marre, lui aussi de tendre la trompe quand on lui dit de le faire. Ne pas réagir, c’est se laisser mourir !
L’O
-Mais mon pauvre ami, te rends-tu compte que nous sommes déjà morts ? Tiens, si on te rendait ta liberté maintenant, crois-tu vraiment que tu pourrais retourner folâtrer dans les herbes folles de la lointaine jungle de tes ancêtres ? Tu n’es plus un animal, tu n’es pas un homme, tu n’es plus rien. Aujourd’hui, tu penses parce que l’homme en a décidé ainsi. Te rappelles-tu l’injection qu’on nous a faite ? Pourquoi a ton avis, nous ont-ils donné une mémoire, une pensée et même aujourd’hui la parole ? C’est pour que nous puissions calculer notre chiffre d’affaires, c’est pour que nous souvenions de nos clients comme s’ils étaient de notre famille. C’est pour penser aux stratégies commerciales les plus a-même de rapporter encore plus d’argent.. Nous ne sommes que des pions et c’est ainsi… Il n’y a pas de révolution qui tienne. L’argent à ficelé toutes les velléités de liberté, crois-moi.
Le Z
-Quel pessimisme ! Mais le libre arbitre, tu n’y crois pas au libre arbitre ?
L’O
-Mais mon ami, le libre arbitre ça n’existe pas. Tiens, même pas au football ! Et puis d’abord, comment veux-tu l’appeler ta révolution ? Celle des œillets et des tulipes, c’est déjà pris ; de même que la rouge et la orange.
Le Z
-Je l’appellerais la révolution du zèbre, elle sera représentée par un grand Z.
L’O
-Un grand Z ? Ca fera de beaux T-shirt ! Mais Z, ça me dit quelque chose… A mon avis, c’est déjà pris ! Aussi, prépare-toi à racheter des droits.
Le Z
-Qui te parle de vendre ou d‘acheter ? Je te parle de révolution !
L’O
-C’est la même chose.
Le Z
-Quel manque d’idéalisme, tu es bien un ours, va !
L’O
-Oui, et ça me va très bien comme ça. Quand à toi, tu n’as que des bêtes idées d’hommes. Tu penses comme eux et crois-moi il sera bien difficile de t’en éloigner pour parvenir à ta révolution.
Le Z
-Ma vraie nature, c’est d’être un animal et je veux faire intervenir mon libre arbitre pour reconquérir ma liberté.
L’O
-Mais la liberté comme on l’entend, c’est un rêve qu’on a mis dans la tête des petits pour les faire avancer. Personne n’est libre, tout le monde est soumis à quelque chose ; A l’argent, au sexe, aux sentiments, aux idoles…Crois moi, la voie de la liberté est la voie opposée à celles des révolutions comme on les entend aujourd’hui… La liberté, c’est la sérénité. On est libre que lorsqu’on n’est plus emprisonné par ses propres démons. On est vraiment libre que lorsque notre conscience est libérée de toutes les entraves d’ordre matérielle, morale ou intellectuelle. La révolution, la vraie, celle qui mène à la liberté, la vraie, elle ne se fait pas par les armes, elle passe par notre âme. Seulement, notre âme nous est beaucoup moins perceptible que les ennemis dont nous croyons être entourés.
Le Z
-Nous ne sommes que des animaux, il faut être très fin et très intelligent pour percevoir son âme.
L’O
-Il faut voir avec le cœur, le chemin du cœur mène directement à l’âme qui mène directement à la liberté.
Le Z
-Tu parles là d’une révolution intérieure ?
L’O
-C’est ça. La révolution, elle passe par toi-même mon zèbre, elle ne passe pas par les autres.
Le Z
-Pour le coup, c’est toi que je trouve bien utopique.
L’O
-Tu as donc si peu confiance en toi ?
Le Z
-Mais nous sommes tous des bêtes et qui plus est, enfermés dans un zoo. Nous mangeons à heure fixe, nous pointons à heure fixe et la selle aussi, nous la faisons à heure fixe.
L’O
-Tu as peur de tuer tes habitudes ?
Le Z
-Non, mais je dois pouvoir un jour posséder mon propre abri, je voudrais me marier et assurer ma descendance. J’ai envie de voir des tas de choses, j’ai envie de connaître la vie quoi !
L’O
-Et que vas-tu connaître de la vie, enfermé dans ton propre zoo ? Quand tu sauras t’affranchir de tes propres besoins mon zèbre, tu pourras parler de révolution. En attendant, je te conseille d’aller dormir, comme tu l’as si bien rappelé, nous pointons tous les deux à 8 heures, demain matin.
Le Z
-J’y vais, mais on peut dire que tu es vraiment fort pour casser ce qu’on appelle, une révolution dans l’œuf.


FIN
LT
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Syane
Stylo-plume

Hors ligne

Inscrit le: 06 Mar 2007
Messages: 3 816

MessageJeu 25 Juin 2009, 20:52:39 Répondre en citant
bound Merci Terlam !
Je suis rassurée, tiens, et bien contente.

Tu peux créer un nouveau topic pour cette scénette ? Ce sera plus pratique, tout bêtement pour la lecture, et pour ne pas "noyer" celle-ci dans cette discussion.

Ce soir je manque un peu de temps, mais dans les prochains jours, je relirai de toute façon. Smile
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