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Le texte libre (ou presque)

 
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Qui a réalisé le meilleur "texte libre (ou presque)" ?
Aladin
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Chrysopale
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Lal behi
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Margot
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Papeete
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Syane
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Wiliam
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Yunette
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Auteur Message
Onde
Plume d'oie

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Inscrit le: 14 Avr 2005
Messages: 5 709
Localisation: Cesson

MessageDim 03 Mai 2009, 20:15:16 Répondre en citant
Aladin

"Pousse-toi, je ne vois rien !"
Mon fils jouait de la tête et des épaules pour se faufiler en première ligne, devant moi. Moi, je refluais devant les policiers qui essayaient de contenir la foule ; et tous, nous regardions la haut l’une des deux tours du World Trade center en flammes. Mon fils réussit enfin à glisser sa tête, et je l’entendis s’écrier « Punaise, ça a marché ». J’entendais sans enregistrer, puis, devant le bordel général, je décidais de quitter l’endroit. « Viens, on y va » « Aaaattends, attends papa, le second doit bientôt arriver ». Il avait les yeux sur sa montre que je lui avais acheté pour ses dix ans… il y avait deux ans. « Le second quoi? Bientôt quoi ? » « bin, le second avion ».

Juste à ce moment, ce fut la clameur unanime de la foule, je levais la tête, et vis comme dans un rêve au ralenti un autre avion s’approcher puis percuter l’autre tour… j’en restais fasciné, sans comprendre, sans voix, sans réaction… Ce fut au tour de mon fils de me prendre par la main et de me tirer hors de la foule stupéfaite. Je me retrouvais sur les bords de l’East River, sans trop savoir comment. Je m’asseyais sur un banc, en essayant de sortir de mon hébétitude : mon fils, lui, manifestement, n’était pas hébété du tout et discutait vivement sur son portable.

Finalement, je m’ébrouais, et je l’appelais. Il coupa et vint à moi, surexcité. « Dis, fils, comment savais-tu qu’un second avion allait s’écraser sur la deuxième tour ? »Il rayonnait, et me répondit en riant « Mais papa, je savais aussi pour le premier ». Je le regardais avec effroi… mais mais comment ? Et alors, sans devoir le questionner plus il m’expliqua très vite, en jubilant, une histoire à laquelle je ne compris au début pas grand-chose… il était question du club informatique de son école, d’un concours entre les différents membres de ce club, de hacking sur les pilotes automatiques des avions et des fréquences radio de l’aéroport JFK, du jeu flight simulator…. Quand il eu fini, j’étais stupéfait, et lui manifestement très fier. « tu crois que j’ai gagné papa ? T’as vu ce que j’ai fait ? ça n’a pas été facile ! Ca t’en bouche un coin, hein ? ».


Ca, oui, il pouvait le dire, et il avait décroché le gros lot. Il m’avait raconté comme ça de sa voix naturelle, content comme quand il peut me montrer combien il est fortiche. J’en restais sans voix, abasourdi, avec un gout de cendre dans la bouche, un froid glacial le long de l’échine, les hululements des milles sirènes de la ville m’atteignaient assourdis. Je me sentais incapable de trouver quoi lui dire, l’énormité de la chose me dépassait totalement…Tous ces gens, tous ces milliers de morts, dans les avions et dans les tours ? Etait ce un cauchemar ? et, nous... nous, qu’allions nous devenir ?... Pendant longtemps, je regardais les mouettes crier en planant au dessus du fleuve, l’esprit vide. Mon fils.
Je n’ai rien à dire de plus.


Chrysopale

"Pousse-toi, je ne vois rien!"
Je croyais être seul. Je me retournai donc vivement, pour me retrouver le nez dans une masse de cheveux hirsutes. L'odeur se dégageant de la personne qui se trouvait là raviva en moi de vifs souvenirs, et je su qui était en face de moi bien avant d'avoir fini mon mouvement de recul pour mieux l'observer.
Son visage, ses traits m'étaient familiers. Je la connaissais. Je l'aimais. Pourtant, il m'était impossible de me souvenir en quelles circonstances nous nous étions auparavant croisés.
Mes yeux rencontrèrent les siens, et nous nous fixâmes ainsi un long moment. Je me perdais dans ses si beaux iris, si étranges aussi. Leur couleur était étonnante, d'un vert tendre et vif, nervuré de traits plus foncés, le tout cerclé d'un fin trait bleu ciel.
Elle sentait mon doute, autant que ma certitude de me rappeler d'elle. Elle me souriait tendrement. Je me surpris à lui rendre son sourire, continuant à l'observer. Ses cheveux étaient aussi étranges que ses yeux. Châtains, aux couleurs changeantes. Je savais qu'il serait doux d'y glisser ma main et de les caresser.
Malgré son apparence, elle n'était pas humaine. Cela se sentait.

Elle se remit à parler.

"Je ne vois rien, que regardes-tu comme ça?"

Sa voix. Ce fut elle qui libéra les derniers verrous de ma mémoire. Sa voix claire et chantante comme le vent qui bruisse dans les feuilles d'un arbre.
Je murmurais :
"Mélide"

Elle me sourit. Un flot de souvenir refluait maintenant. Elle habitait le pommier centenaire du pré tout près de chez moi. J'y avais passé des heures étant enfant, et ensuite adolescent. Ce pommier était mon refuge, ma forteresse. J'aimais m'y rendre lorsque je me sentais mal, ou alors simplement lorsque je voulais être seul. Plus tard, j'y allais également pour la voir. Je me rappelai avec nostalgie notre première rencontre. Un jour, je devais avoir 9 ou 10 ans, où mon père m'avait puni. Je m'y étais réfugié en pleurant et elle m'était apparue, m'avait consolé.
Elle avait ensuite été ma compagne toutes ces années, m'avait vu grandir. Plus tard, nous nous étions aimés. Passionément. Hélas, je dus quitter le domicile familial, à regrets il faut dire. Elle ne pouvait pas s'éloigner de son arbre. Mes sens se souvenaient encore de notre dernière étreinte.

"Que regardes-tu?"

Elle me tira brusquement de mes pensées en répétant à nouveau sa question. Je jetais un oeil vers la minuscule fenêtre par laquelle mon esprit s'était envolé un peu plus tôt. Que regardais-je exactement? Je fis un pas de côté pour lui permettre de voir avec moi. Le paysage avait changé. Un grand pré s'étendait maintenant à perte de vue, avec en son centre, un pommier centenaire. Elle était revenue, à mes côtés.


Lal Behi

Mandragore



« Pousse-toi, je ne vois rien ! »

Mais Tim ne s’écarte pas ; au contraire, il s’ingénie à me cacher la vue. Il s’interpose entre la porte ouverte du salon et moi – nous revenons de l’école et les fermetures de son cartable qu’il a encore sur le dos me blessent le visage.

« Mais laisse-moi voir ! »

Tim ferme la porte sans bruit. Il se retourne au ralenti et son visage est pâle, si diaphane que je peux presque regarder à travers. Il s’éloigne pour téléphoner et je reste seul devant la porte close, close pour l’éternité, sans retour.

Plus tard, la sonnette d’entrée retentit et Tim, en grand frère responsable, prend la situation en main. Il parle aux adultes, avec raison et quelques tremblements. On me conduit avec douceur dans la cuisine ou quelqu’un me sert un chocolat brûlant.

Une agitation subite s’empare de l’appartement ; du salon émanent des bruits incongrus dont je ne peux qu’imaginer la signification. La pièce m’est interdite et pourtant, j’ai tout vu. Fugacement, mais j’ai vu. Vu le corps de Papa suspendu au lustre, son visage gonflé, indéfini entre le rouge et le blanc. Et les yeux surtout, comme ceux des poissons sur les étals. Vitreux. Fixes.

Et soudain des cris hystériques jaillissent : Maman est rentrée. Elle surgit dans la cuisine, flanquée de Tim dont elle broie l’épaule de ses doigts crispés. Elle me saisit également, avec violence, ses larmes dégoulinent dans mon cou. Tim tente de se dégager, il a encore pâli. Ses jambes se dérobent, il s’affale sur la table, projetant mon chocolat sur le chemisier de Maman. Ses hurlements redoublent devant la syncope de son fils – ou peut-être sous la brûlure causée par la boisson.

Je regarde, médusé, Maman flanquer des gifles à Tim en criant son nom comme si c’était lui qui était mort. Il revient vaguement à lui ; on le met d’autorité au lit. Et par un mystère dont seuls les adultes ont le secret, je m’y retrouve aussi. Comme si je pouvais trouver le sommeil.

J’écoute le brouhaha, d’autres personnes sont arrivées et je reconnais la voix de tante Suzanne. Elle va calmer le jeu, c’est sûr, vu qu’elle n’aimait guère Papa. Dans la chambre règne un silence de plomb. Tim ne dit pas un mot mais j’entends son cerveau fonctionner, ses neurones qui peinent à se connecter, sa conscience qui fuit l’évidence. Je l’appelle dans un murmure, il ne répond pas, mais je sais jauger son état à sa respiration.

Moi, bizarrement, je comptabilise les faits, je recherche des causes, j’émets même des hypothèses sur l’avenir. Tout demeure analytique, et c’est tant mieux ; quand l’information atteindra le cœur, elle créera un ravage sans précédent, un peu comme un cyclone d’épines, une tornade sanglante.

Le lendemain, tante Suzanne nous réveille. Un calme total s’est abattu. Maman est assise sur le canapé du salon, l’air hagard ; elle porte encore son chemisier taché qui forme avec son visage au maquillage dégoulinant un ensemble saisissant.

En levant la tête, je remarque que l’accroche du lustre où Papa s’est pendu est à moitié arrachée. Il faudra faire venir quelqu’un pour réparer ça.




Margot

« Ils étaient cinq dans le nid… »


« Pousse-toi, je ne vois rien », dit le petit Kévin en jouant des coudes pour écarter sa mère qui lui barrait l’accès à la pelouse.
Là, Corentin Delafosse, du second, venait de dire un adieu définitif au petit monde de la barre Emile Zola de Gennevilliers.
« C’est terrible ! dit la voisine du troisième, le pauvre petit a dû perdre l’équilibre : il jouait sur le balcon ce matin quand je rentrais des commissions. »


"Ils étaient 4 dans le nid
Et le petit dit " Poussez-vous, poussez-vous "
Ils se poussèrent tous
Et l'un d'eux tomba du nid

Une semaine plus tard, c’était au tour de Violette Jossey, du quatrième.
« Il se passe des choses, murmuraient les voisins, deux comme ça, c’est pas naturel… »
Le bus 51 vers Clichy n'avait pas pu s'arrêter à temps et au milieu du carrefour Léo Lagrange, il ne restait pas grand-chose du petit corps de Violette Jossey.
On hochait la tête gravement et le murmure enflait, se faufilait de bouche en bouche, remontait aux oreilles de l’inspecteur Bunel, affecté à l’affaire des petits cadavres de la barre Zola.
Il allait devoir interroger le voisinage et la perspective des heures de veille lui apparaissait morne et fastidieuse. Il fallait pourtant en convenir, deux en moins d’une semaine, c’était suspect.


Ils étaient 3 dans le nid
Et le petit dit " Poussez-vous, poussez-vous "
Ils se poussèrent tous
Et l'un d'eux tomba du nid

Dix jours plus tard, des bandes jaunes défendaient à nouveau l’accès à l’immeuble Zola.
Sur le palier de Mme Pichon, les voisins interdits observaient le va-et-vient des policiers en uniforme.
Un zip métallique et la housse fut refermée. Le pauvre corps tordu de Killian Le Guern descendit la dernière volée de marches de l’escalier qui l’avait tué.
Nul ne savait comment le garçon avait pu manquer une marche et se retrouver ainsi au bas de la cage d’escalier, la nuque tordue dans un angle impossible.
L’inspecteur Bunel avait renoncé à interroger le voisinage qui, avec une admirable constance, n’avait rien vu, rien entendu qui ne fût habituel. Les enfants jouaient, voilà tout. Aucun inconnu n’avait été aperçu dans les parages, aucun événement suspect autre que ces morts naturelles. Pourtant beaucoup trop rapprochées, sifflait l’instinct du policier.


Ils étaient 2 dans le nid
Et le petit dit " Pousse-toi, pousse-toi "
Il se poussa lui aussi
Et il tomba du nid

Le long du canal, les gyrophares des voitures de police peignaient les visages des curieux en bleu. Bleus aussi le visage et les mains du petit Kerim Bursali.
L’inspecteur Bunel se détourna du cadavre pour observer l’attroupement. Dans le quartier, le taux de mortalité aggravait singulièrement le vieillissement de la population. D’étranges comptines, des jeux de mains, dix petits nègres passèrent tour à tour dans le cerveau fatigué de l’inspecteur.



La bande de la barre Rousseau avait gagné, définitivement, et lui, Kévin, en était le chef incontesté.
Ils étaient maîtres de la rue.

Et le petit dit "ouf ......"



Papeete

« Pousse-toi, je ne vois rien! »
Akadje, d'un coup d'épaule bouscule la petite Olukêmi. Lui aussi, il veut regarder.
Il se baisse pour coller son oeil au trou de la serrure.
C'est donc ça, la légende?
Au village, les anciens avaient parlé de la Mère de la Terre. Tapi derrière l'énorme tronc de l'arbre aux palabres, il les avait écouté des nuits durant raconter l'histoire de cette Femme Bleue, Mara, tellement grasse que son ventre faisait des vagues. Un jour le soleil d'un de ses rayons la pénétra si intensément, si ardemment que le ciel fut éclaboussé de larmes de joie de Mara. Elles brillent encore la nuit quand le ciel est clair.
De cette union est née la Terre. Les hommes qui la peuplent ont gardé de leur origine le flamboyant de leur Père-Soleil et l'amour des femmes aux rondeurs accueillantes.
Akadje s'était dit aussi que du Père de ses pères il avait du hérité sa couleur de peau.
« Aka, Aka, c'est à mon tour maintenant! »
Olukêmi le ramène à la réalité.
Elle est jolie la petite Olukêmi. Elle est toute frêle, si jeune. Longtemps il s'est demandé pourquoi elle était là. Tous les autres sont costauds, de valeureux Hommes, et les femmes ont le ventre rond et les fesses charnues. Mais elle, elle est si petite...
Malgré les récriminations de la gamine, il garde son oeil contre le trou de serrure.
C'est curieux le sol bouge en même temps qu'il voit les bourrelets de graisse de Mara.
L'homme leur avait bien dit qu'ils étaient les élus, qu'ils allaient parcourir Mara pendant des lunes et des lunes jusqu'à cette nouvelle Terre. Il leur avait expliqué que pour ne pas offenser l'amant de Mara, ils seraient maintenus dans la nuit, à l'abris du Soleil. Mais il ne leur avait pas dit que ca bougerait tout le temps.
« Aka, tu crois que de l'autre côté ma maman sera déjà arrivée? »
« Sûrement » lui répond-il songeur.
Il a bien vu au village, les pleurs dans les yeux des anciens, malgré le sourire affiché.
Pourquoi tant de tristesse dans leur regard, alors qu'ils étaient les Elus?
Perdu dans ses pensées, il n'a pas remarqué que le sol ne bouge plus, ni le silence qui remplace les craquements de bois.
Tout change d'un coup: des cris, un langage qu'il ne comprend pas, des bruits inconnus...
Il pressent que quelque chose de grave va arriver. Il prend Olukêmi par la main et va se réfugier avec les autres au fond de leur abris, là où c'est le plus noir, là ou le Soleil ne les verra pas.
Brutalement la porte s'ouvre, laissant entrer la lumière.
Ce n'est pas le Soleil.
Ce n'est pas un Homme, il n'a pas la peau noire.
Cette chose est malfaisante, surement l'incarnation d'un mauvais esprit dont parle le sorcier.
Son regard se pose sur chacun des élus.
Il s'arrête sur Olukêmi, un sourire aux lèvres. Malgré sa peur Akadjé se jette en avant pour protéger la petite fille. Un violent coup à la face le fait tomber à terre, à moitié groggy.
Dans cet état de semi-conscience, il comprend.
Ce n'est pas la légende de la Femme Bleue.
C'est celle de l'Homme Blanc.


Syane

"Pousse-toi, je ne vois rien !" s'écria Erline derrière Clément, dont la stature embrasait le portique ouvert sur le Jardin. Il s'écarta en silence, comme terrifié par ce qu'il avait aperçu.
Elle avança un peu, s'arrêta devant l'étrange silence, recula vivement, effrayée. Envoûtée par l'élan d'impulsion du Jardin, elle entra finalement, passant le voile fin de lumière, la brume éternelle et immuable du Franchissement.
Ici commençait un parc immense, un tapis accueillant et bienheureux. Elle ne voyait pas la fin de l'océan vert tendre qui s'étendait, ondoyant, invitant à se perdre dans le repli d'une vague végétale. Erline oubliait presque ce pourquoi elle était venue, dansant, dans son habit d'ange obscur, une tunique lourde et noble, essence de l'ébène au noir profond. L'herbe était glacée, un froid qu'elle vivait sans retenue, frissons en réjouissance naïve.
Ce jardin, elle le connaissait, un vieil ami, un compagnon de jeu. Chaque allée, chaque bassin, ces immenses pelouses, tout lui parlait. Les reflets balbutiants du soleil se reflétaient dans l'eau claire d'une fontaine blanche, dessinaient des souvenirs, des scènes joyeuses mais imprégnées de mélancolie, son enfance trop courte.

Au centre d'un grand triangle de sable argenté, elle s'arrêta, intriguée. A chaque sommet du triangle s'élevait une statue, parfaitement géométrique.
Sur la première, à gauche, une lune, marquée d'une empreinte de main où était gravé "Royaume Sombre". A droite, la deuxième statue : une étoile, aux huit branches identiques, avec la même main ; sur le socle elle lut : "Empire des Lumières". Elle considéra le sommet du haut où trônait une sphère lisse, indiquant cette fois "Terre", et toujours cette main creusée dans la roche. Comprenant subitement, elle sourit. Elle se souvenait, bien sûr.
"Il existe trois Endroits, que les mortels appelleraient dimensions : notre royaume, la Terre et le pays des anges. Erline, c'est important : trois territoires distincts, et ils se rejoignent tous en un point, en leur centre : le Jardin des Mondes".

Elle y était donc enfin. Une satisfaction fébrile s'empara d'elle, la laissant ensuite vidée. Elle se souvenait vaguement que les humains avaient eux aussi connu ce Jardin, et qu'ils parlaient de pomme, de serpent. Une histoire écrite sans la moindre once de vérité, que seuls des fanatiques ou des imbéciles auraient pu croire. Elle ricana intérieurement, de la médiocre intelligence terrienne et de ses représentants bornés.

Doucement, en parallèle, elle s'abandonnait, se coulait en ce Tout, cherchant à faire partie du Jardin, à devenir elle-même parcelle, insignifiant fragment de la beauté calme du parc. Elle sentait son pouvoir s'envoler, se perdre, revenir dans les méandres des chemins de gravier fin. Le Jardin avait une conscience propre.

Erline songea soudain au bonheur de l'explorer avec Clément, son magnifique démon. Se tournant vers le portique, elle vit avec effroi qu'il était clos. Clément avait disparu. Dans sa tristesse, méthodique et froide, elle comprit qu'il ne lui restait plus qu'à entrer dans n'importe lequel des trois Mondes. Ou alors rester ici. Seule.


Wiliam

— Pousse-toi, je ne vois rien ! chouina Chloé.
Arlette n'entendait plus ses enfants. Elle s'interrogeait sur l'étrange poème inachevé qu'on avait placé sur le bureau. La mise en scène était grotesque. Pourquoi choisir un texte aussi obscur et sombre ?
— Maman, Benji il veut pas se pousser !
Benjamin haussa les épaules et préféra s'éloigner vers la vitrine suivante. Arlette soupira et prit la main de sa fille.
— Allez, avance, Chloé.
Dans le cube de plexiglas suivant se tenait une femme enceinte. Ses mains entouraient son gros ventre. De façon grotesque, on avait pelé le placenta comme une banane afin que les visiteurs puissent voir le foetus roulé en boule, tête en bas.
- Maman ! Maman ! Le bébé il va bientôt naître ?
- Enlève tes mains de la vitre ! éluda la mère.
Arlette n'était pas à l'aise. Elle était arrivée dix minutes auparavant, à l'ouverture des portes en tout début de matinée, et il y avait encore très peu de monde. Depuis, ils déambulaient dans les allées moquettées, plongés dans l'obscurité, entourés de multiples cages de verre comme autant de puits de lumière révélant chacun un nouveau corps. Ici un vieillard à la colonne tordue et aux cartilages gonflés, là une adolescente à peine formée, plus loin un homme obèse dont les graisses jaunes et flasques demeuraient par on-ne-sait quel miracle collées au reste du corps.
Arlette sursauta en entendant quelqu'un tousser quelque part derrière elle. Benjamin s'énervait et commençait à courir à gauche et à droite.
— Ouaah ! Maman ! Regarde celui-là, tous ses boyaux sont par terre ! C'est trop dégueu !
Sa fille dans les bras, Arlette s'approcha à son tour. C'est vrai que c'était écoeurant. Chloé serra plus fort ses bras autour du cou de sa mère. L'homme était accroupi, les mains sur les genoux, la bouche entrouverte. La cage thoracique avait été découpée jusqu'au nombril pour laisser apparaître l'estomac tordu, et on avait sorti de l'abdomen les dix mètres d'intestin pour les étaler sur le sol blanc. Arlette était nauséeuse.
— Bon les enfants, nous…
Elle s'interrompit net. L'écorché était en train de pousser un long gémissement rauque. Le râle s'amplifia, puis l'homme hoqueta et tomba à genoux. Secoué de spasmes, ses mains tremblantes tentèrent de rassembler les viscères pour les regrouper dans son ventre vide. Tout se déroulait comme au ralenti.
Arlette était figée de terreur. A son cou, Chloé l'étouffait tant elle se crispait. Benjamin s'accrocha au tailleur de sa mère. L'écorché reprit sa plainte rauque et ses yeux écarquillés se levèrent vers Arlette.
Elle hurla. Immédiatement, une sirène retentit. Un gaz sombre coula du plafond de la vitrine et quelques fractions de secondes plus tard, l'homme à l'abdomen ouvert s'écroula sur ses viscères, un filet de bave sur le menton.
Arlette hurlait toujours.

Arlette hurlait encore quand les vigiles l'évacuèrent avec ses enfants et les autres visiteurs. Un homme s'éloigna avec son talkie-walkie.
— Problème de dosage morphine avec le numéro 9. Je répète, problème sur le numéro 9.

Plus loin dans la salle, sur le bureau d'ébène, des doigts sans épiderme tracèrent lentement quelques mots au bas du poème:

Prie et péris.



Yunette

Vroum

Pousse-toi, je ne vois rien ! Non mais, tu ne vois pas que tu gènes ? Oui ! C’est à toi que je cause ! Et si tu n’es pas content, c’est le même tarif !
Tu gênes ! Si, je t’assure, tu gênes ! Allez, bouge, écarte-toi ! C’est moi qui passe, c’est moi, rien que moi et t’as rien à dire ! Pis, arrête de remuer de la queue comme ça, la mienne est bien plus belle, je vais gagner !
Taillée pour la vitesse, profilée pour fendre les flots, un coup à gauche un coup à droite, et hop ! Le tour est joué ! Zuig, zoup, zuig, zoup…

Je le vois ! Je la vois, l’arrivée, oui, je… je suis premier, je suis… je vais l’avoir, plus que quelques avancées, je peux le faire, je… Toi ! TOI ! Je vais t’atteindre, mon bonheur suprême, ma récompense ultime, mon rêve le plus fou ! J’ai été créé pour toi, et... ensemble, ensemble… nous allons créer bien plus.

Mais ? Que ? Quoi qu’est ce donc que cette membrane qui m’empêche de t’atteindre ? La ligne d’arrivée ? Le ruban de la victoire ? Je ne le pensais pas si résistant… Allez aidez moi vous autres ! Poussez… Poussez… Non ! Non, ne recule pas, pas déjà pas là, pas alors je suis si proche… Rhaaaaaaaa j’ai réussi, me voici mon amour, me voici… Mais… ma queue ? J’ai perdu mon symbole de virilité mais… c’est si… si… Je vais te couver, t’embrasser, sans bras d’ailleurs, mais nous ne aurons bientôt, te pénétrer plus loin encore pour mieux me fondre en toi et t’aimer, t’aimer jusqu’à l’explosion qui fera de nous deux êtres totalement semblables, en un seul qui se développera et vivra…



« Merde, la capote est percée ! »


Dernière édition par Onde le Mer 13 Mai 2009, 21:29:32; édité 1 fois
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Chrysopale
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MessageLun 04 Mai 2009, 22:17:30 Répondre en citant
Lal Behi encore.

Le texte me fait mal, parce qu'il est très réussi justement.
____________________
Plus on pédale moins fort, moins on avance plus vite...

Il était un foie, deux reins, trois fois rien... minuscule terrien, ou pas grand chose...
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Papeete
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MessageMar 05 Mai 2009, 13:20:33 Répondre en citant
Chrysopale Smile
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Yno
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Humeur du Jour: Presque

MessageMar 05 Mai 2009, 18:21:11 Répondre en citant
Margot.
____________________
..." Ô temps ! suspends ton vol, merdeuh...
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Lal Behi
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MessageMar 05 Mai 2009, 21:14:11 Répondre en citant
Margot !
____________________
Lal Behi > lalbehyrinthes
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Lal Behi
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MessageMar 05 Mai 2009, 21:17:11 Répondre en citant
Une question : quand je visualise les résultats du sondage, je vois 3 voix pour Margot (alors qu'elle n'en a eu que 2) et celle en faveur de Chrysopale n'apparaît pas !
Bizarre, vous avez dit bizarre...
____________________
Lal Behi > lalbehyrinthes
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Onde
Plume d'oie

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MessageMar 05 Mai 2009, 21:22:02 Répondre en citant
Je viens de vérifier, Papeete peut encore voter sur ce topic, ce qui veut dire que son vote n'a pas été validé.
[Haut]
Papeete
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Humeur du Jour: Recherche fondations solides

MessageMar 05 Mai 2009, 21:23:48 Répondre en citant
exact pensif
ma souris m'aurait elle joué un tour ?
je maintiens : Chrysopale
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Onde
Plume d'oie

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MessageMar 05 Mai 2009, 21:24:30 Répondre en citant
Tu as voté là, Papeete ? pensif

Dernière édition par Onde le Mar 05 Mai 2009, 21:25:02; édité 1 fois
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Papeete
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MessageMar 05 Mai 2009, 21:24:55 Répondre en citant
Onde a écrit:
Je viens de vérifier, Papeete peut encore voter sur ce topic, ce qui veut dire que son vote n'a pas été validé.

bin voilààààààà lol7:
je retourne aux urnes!
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Papeete
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Humeur du Jour: Recherche fondations solides

MessageMar 05 Mai 2009, 21:26:26 Répondre en citant
Onde a écrit:
Tu as voté là, Papeete ? pensif

a yééééééééééééééé!
sunglasses
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Onde
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MessageMar 05 Mai 2009, 21:26:56 Répondre en citant
Quelle farceuse ! lol7:
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Margot
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MessageMer 06 Mai 2009, 06:25:33 Répondre en citant
Papeete.
____________________
« Comprendre le monde comme une question » Milan Kundera
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Syane
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MessageMer 06 Mai 2009, 19:31:24 Répondre en citant
Je vote pour le texte d'Aladin.
Principalement pour tout ce qu'il peut y avoir derrière ce récit, comme idées, désirs de voir, de comprendre, et les symboles - qui me parlent.
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Onde
Plume d'oie

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MessageMer 13 Mai 2009, 21:27:04 Répondre en citant
J'ai eu bien du mal à me décider pour le texte libre, mais finalement je vote pour Margot.
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