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Syane, il est encore temps...

 
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Auteur Message
Syane
Stylo-plume

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Inscrit le: 06 Mar 2007
Messages: 3 817

MessageMar 31 Mar 2009, 22:25:55 Répondre en citant
Démo a écrit:
Forme : récit
Contraintes :
- Le texte commence par ces mots "Il est encore temps de tout recommencer"
- Mots interdits : dauphin et érable

Au plaisir de te lire ! kis



"Il est encore temps de tout recommencer". Tel est donc le leitmotiv du sujet, le déclencheur de sa métamorphose. Notre patiente ne peut pas expliquer précisément ce qui s’est passé ensuite, elle peut juste dire que ce fut une sorte de réaction violente à cette prise de conscience. Chers collègues, je propose de vous lire quelques extraits de ses carnets. Ecrits à propos de cette sorte de révélation quelques temps avant l'évènement et son internement, ces documents retrouvés à son domicile pourraient nous être très utiles.

***


Depuis quelques semaines, regardant cet horizon morne qui m’attendait, je me suis mise à souhaiter la venue d’une catastrophe écologique majeure. Je me suis repassé des films stimulants, dont le fameux "Jour d’après", de Roland Emmerich, et j’ai commencé à perdre le sens des réalités. Je voulais que quelque chose se produise, n’importe quoi. Quelque chose de puissant, quelque chose qui puisse déstabiliser l’ordre des choses et éclater le rythme rangé de mon existence. Quelque chose qui puisse dire comment on distinguait autrefois l'automne et le printemps. Ou bien quel était le goût de la neige et la couleur des feuilles mortes. Ou bien faire renaître ces poissons hors de l'eau d'autrefois.

Mais j’étais au bord du désespoir limitrophe de la détresse, car si même la mort brutale de mes parents n’avait pas pu le faire, il était à craindre que jamais rien d’autre n’en soit capable. Mise à part une vague géante s’abattant sur nos villes, naturellement.
 
Les amarres de ma cervelle de montgolfière glissaient autour des crochets, la cabine tremblait, le ballon trépignait, rempli de hâte de rejoindre le ciel à présent. Il n’était plus question de me retenir, ça ne m’intéressait plus. Quoi, se lever le matin, ouvrir les volets et se dire qu’il faisait moins beau que la veille ? Non. Je voulais un réchauffement planétaire massif. J’y pensais sans arrêt, mais quelque chose manquait pour que je m’y perde totalement.
 
Bon, mettons une montée des eaux de plusieurs dizaines de mètres, et admettons un raz-de-marée déferlant sur les terres avec assez de violence pour pulvériser les maisons les plus exposées. Le gouvernement complètement dépassé, pas moyen d’aider tout le monde, il faudrait se débrouiller toute seule.
Partons de là, d’accord. J’aurais des tas de choses à faire en attendant qu’on vienne me chercher. Trouver de l’eau potable, trouver de la nourriture, résister au froid. C’était bien.
Mais après ?
 
Eh bien après, les militaires finiraient par défoncer ma porte et m’emmèneraient au QG le plus proche, où on me fournirait vivres et vêtements.
Ca durerait le temps de s’organiser, et puis tout recommencerait. La même chose, avec seulement un peu moins de place dans le pays. Nul doute que les profs et les conseillers des cabinets ministériels seraient même ceux qui recommenceraient à bosser en premier, pour le moral de la Nation. Et à voir à nouveau cette saleté de plateau calcaire sous leurs pas. Tout recommencerait au point de départ.
 
Ca ne passait pas.
Et j’y réfléchissais en voiture, j’y réfléchissais pendant que les gens répondaient aux questions de mes enquêtes, j’y réfléchissais pendant la nuit, le reste ne m’intéressait plus. La vague géante c’était bien, mais loin d’être suffisant. Et ça me mettait en rage de ne pas trouver mieux, de ne pas pouvoir créer un meilleur contexte à ma vie même en rêve, j’en devenais brutale et méchante, alors que je suis d'une gentillesse douce comme le sucre de certains arbres.
 


Jusqu’au jour où je suis tombée sur "Zombie" de George Romero, à la télé. Et où j’ai bien failli perdre complètement les pédales. C’était ça bien sûr, tout était là. C’était tellement parfait que je me demandais comment j’avais pu ne pas y penser plus tôt. Les zombies, évidemment, j’avais joué à ça pendant pratiquement toute mon enfance. Les morts-vivants aux nuques brisées et aux membres démis.
J’étais faite pour ça.
Mômes, nous avions passé des années à lutter contre leur invasion, le fils de la voisine et moi, armés de roseaux effilés pour faire les armes. Seuls survivants d’une civilisation mourante, assassinée par ses propres morts, nous descendions dans des rues vidées de monde pour traquer les zombies errants et sauver ce qui pouvait encore l’être. Et devant le film de Romero, je pouvais tout à fait me souvenir de cette sensation de danger mortel qui nous étreignait, alors que l'une de nos mères finissait toujours par nous appeler pour le goûter. C'était de ces frissons et de l’excitation du désert urbain que nous finissions par voir réellement devant nous, avec ses voitures abandonnées en plein milieu des carrefours, portes ouvertes et moteur encore tournant, ses portes d’immeubles défoncées, ses traînées sanglantes sur le bitume.
 
En grandissant j’avais fini par croire que je n’avais pas vraiment vécu tout ça, que je n’avais jamais eu autant d’imagination. Malgré mes réticences sur le passage à l’âge adulte, j’étais forcée d’avouer qu’avant ce jour, j’avais abordé ces souvenirs avec les yeux d'une parfaite abrutie raisonnable qui sait super bien froncer les sourcils et élever la voix, un garçon manqué. Nous n’étions que deux gamins qui jouions avec des bouts de bois et qui roulions dans l’herbe en jurant comme des héros de western. Pas de quoi s’éterniser là-dessus.
 
Sauf que je venais de me rendre compte que c’était faux. Ce monde-là était toujours présent, pas loin, et la meilleure façon de le faire remonter, c’était encore les films d’horreur.
Toute ma vie je me serais gavée de films kitsch et de monstres grimaçants que je n'avais jamais vus, et je venais de comprendre pourquoi.
Ce n’était pas compliqué, la clé était là. Leatherhead brandissant son arme au crépuscule, dans "Massacre à la tronçonneuse". Le monstre apprivoisé, attaché dans la cour du repaire des militaires, dans "28 jours plus tard". La tortue déchiquetée vivante dans "Cannibal Holocaust". Le zombie grimaçant enfermé dans la cave dans "Evil Dead". Jason Vorhees et son masque de hockey soudé au visage dans "Vendredi 13". Regan McNeil qui se masturbe avec un crucifix dans "L’exorciste".
Qu’est-ce que c’est, tout ça ? Ca fait partie du même spectacle. La chose sans nom, le truc dégueu que nous aimions combattre à coup de roseaux quand nous avions dix ans et que j'étais incapable de regarder. Contre les zombies.
 
Les zombies étaient un péril infini, on ne pouvait pas les vaincre, on ne pouvait pas les repousser et se remettre à vivre dans la tranquillité, ils étaient une menace permanente, on ne s’en débarrassait jamais. On recommençait tout sans arrêt. Voilà qui était mieux que toutes les vagues géantes du monde.
Voilà ce que je voulais à présent. Qu’on m’épargne la vie monotone et qu’on dynamite la société.
Il y aurait une sorte d’Apocalypse, la fin des temps. Houhou. Des hordes de morts-vivants déferleraient sur les villes et les campagnes, les bras tendus, la chair rongée, poussant des geignements plaintifs. Si je tentais de sortir dans les rues, je les entendrais approcher dans mon dos, traînant les pieds dans la poussière, le regard brillant d’appétit. Il faudrait se défendre, trouver des armes, barricader l’appartement, aller chercher des provisions, peut-être même s’installer directement dans un centre commercial.
Dès que j’avais un instant de libre, j’observais autour de moi et je faisais avancer les zombies. C’était ça, la vie ! Plus de responsabilités stupides, plus de semaines identiques, de glandeurs prétentieux et de chieuses qui minaudent, plus d’avenir tout tracé, la vie au jour le jour, la tension permanente.



Je me doute bien qu’à ce stade de dépression avancée, le premier psychologue amateur venu aurait pu deviner que je me réfugiais dans mes rêves en essayant de retrouver l’insouciance de mon enfance, la position foetale et le pouce dans la bouche, ce genre de chose. C’était vrai, mais finalement ça n’a pas eu tellement d’importance parce que pendant que je délirais dans mon théâtre mental, l’épidémie mystérieuse a pris des proportions inquiétantes, et des choses très étranges ont commencé à se produire.
Subitement il n’a plus été question de films, ni de mise en scène.

Personne ne sait vraiment comment ça a commencé, ni à quel moment exactement la balance s’est inclinée du mauvais côté, ni recommencé, mais je peux facilement me souvenir de celui où j’ai compris que ça devenait sérieux. Foutrement plus sérieux qu’un souvenir d’enfance.
 
Si vous leur posez la question, la plupart des gens sont capables de vous dire exactement ce qu’ils étaient en train de faire au moment où ils ont appris que deux avions s’étaient écrasés sur les tours du World Trade Center, le 11 septembre 2001. A cause du traumatisme. C’était la même chose pour l’assassinat de John Kennedy.

Au moment où j’écris, il ne reste sûrement plus assez de monde pour que l’expérience soit significative, mais je suis sûre que le phénomène s’est reproduit. Je suis convaincue qu’une proportion très grande de la population aurait pu se souvenir très précisément de ce qu’elle était en train de faire quand elle a réalisé que Leatherhead et ses amis les zombies avaient traversé l’écran de cinéma, ou peut-être l’inconscient collectif, ou peut-être seulement le mien, pour venir foutre le bordel chez nous et permettre le recommencement. Oui vraiment, j’en suis convaincue, comme tout recycleur le serait.
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Démo
Stylo-plume

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Inscrit le: 11 Mai 2005
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Humeur du Jour: Trop au lit pour être au Net

MessageMer 01 Avr 2009, 00:23:49 Répondre en citant
Franchement tu m'épates ! Et sans même évoquer le dauphin ! applau
J'attends les commentaires de Margot pour plussoyer, mais, si, franchement tu m'épates. kis
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Puisque j'te l'dis !
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Aladin
Plume d'oie

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Humeur du Jour: In Cauda venenum

MessageVen 03 Avr 2009, 05:23:47 Répondre en citant
applau

Whaouau, quelle verve ! Génial !

Bien souri, tout du long.
jap:
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