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kamikaze teutê syanesque

 
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Syane
Stylo-plume

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MessageMer 25 Mar 2009, 00:27:53 Répondre en citant
1) Le logogriphe

Ernestine et Peter s'impriment.
-Tes rimes tintent et me retiennent, messire.
-T'es si mimi, Titine éprise.
-Pitre né, tiens !
-Pitre ? Tristement pitre...?
-Triste ? Nenni ! Tes titres m'inspirent, rentier.

Très intéressée, tentée, Ernestine insiste. Peter résiste.
- Espère, reine mienne...
- Sept étreintes méritées !
- Sept !? Tes prières m'enterrent, et m'enserrent.
- Sept reprises, si, si, si !
Ernestine persiste. Petits rires émis.
Peter mire. Ernestine respire, erre et tise.
Ni temps, ni répit permis : Ernestine et Peter se sentent, se prennent, se mènent, se serrent, se pétrissent, se tressent, se sertissent...et, étreints éreintés, s'étirent.



2)Texte libre (ou presque)

"Pousse-toi, je ne vois rien !" s'écria Erline derrière Clément, dont la stature embrasait le portique ouvert sur le Jardin. Il s'écarta en silence, comme terrifié par ce qu'il avait aperçu.
Elle avança un peu, s'arrêta devant l'étrange silence, recula vivement, effrayée. Envoûtée par l'élan d'impulsion du Jardin, elle entra finalement, passant le voile fin de lumière, la brume éternelle et immuable du Franchissement.
Ici commençait un parc immense, un tapis accueillant et bienheureux. Elle ne voyait pas la fin de l'océan vert tendre qui s'étendait, ondoyant, invitant à se perdre dans le repli d'une vague végétale. Erline oubliait presque ce pourquoi elle était venue, dansant, dans son habit d'ange obscur, une tunique lourde et noble, essence de l'ébène au noir profond. L'herbe était glacée, un froid qu'elle vivait sans retenue, frissons en réjouissance naïve.
Ce jardin, elle le connaissait, un vieil ami, un compagnon de jeu. Chaque allée, chaque bassin, ces immenses pelouses, tout lui parlait. Les reflets balbutiants du soleil se reflétaient dans l'eau claire d'une fontaine blanche, dessinaient des souvenirs, des scènes joyeuses mais imprégnées de mélancolie, son enfance trop courte.

Au centre d'un grand triangle de sable argenté, elle s'arrêta, intriguée. A chaque sommet du triangle s'élevait une statue, parfaitement géométrique.
Sur la première, à gauche, une lune, marquée d'une empreinte de main où était gravé "Royaume Sombre". A droite, la deuxième statue : une étoile, aux huit branches identiques, avec la même main ; sur le socle elle lut : "Empire des Lumières". Elle considéra le sommet du haut où trônait une sphère lisse, indiquant cette fois "Terre", et toujours cette main creusée dans la roche. Comprenant subitement, elle sourit. Elle se souvenait, bien sûr.
"Il existe trois Endroits, que les mortels appelleraient dimensions : notre royaume, la Terre et le pays des anges. Erline, c'est important : trois territoires distincts, et ils se rejoignent tous en un point, en leur centre : le Jardin des Mondes".

Elle y était donc enfin. Une satisfaction fébrile s'empara d'elle, la laissant ensuite vidée. Elle se souvenait vaguement que les humains avaient eux aussi connu ce Jardin, et qu'ils parlaient de pomme, de serpent. Une histoire écrite sans la moindre once de vérité, que seuls des fanatiques ou des imbéciles auraient pu croire. Elle ricana intérieurement, de la médiocre intelligence terrienne et de ses représentants bornés.

Doucement, en parallèle, elle s'abandonnait, se coulait en ce Tout, cherchant à faire partie du Jardin, à devenir elle-même parcelle, insignifiant fragment de la beauté calme du parc. Elle sentait son pouvoir s'envoler, se perdre, revenir dans les méandres des chemins de gravier fin. Le Jardin avait une conscience propre.

Erline songea soudain au bonheur de l'explorer avec Clément, son magnifique démon. Se tournant vers le portique, elle vit avec effroi qu'il était clos. Clément avait disparu. Dans sa tristesse, méthodique et froide, elle comprit qu'il ne lui restait plus qu'à entrer dans n'importe lequel des trois Mondes. Ou alors rester ici. Seule.



3) La revenante

Oyez, oyez, citoyennes, citoyens, pédémiennes, pédémiens, cette année, dès les premières heures printanières, une lettre, E, menace de revenir inlassablement, infatigable, hégémonique et lancinante, insinuée en chaque contrée de notre univers littéraire impitoyable ! Nulle phrase écrite, nulle pensée, nulle parole même, ne devrait filtrer en dehors des sentiers, yeux et oreilles de E.

Entité envahissante, nébuleuse tentaculaire, saleté collante, dictatoriale, contrainte très coercitive et vicieuse, versus expression libre... E, horrible serpent de mer des textes. Oublier E, cette revenante inextinguible, cela est se fourvoyer lamentablement en tentant de résoudre le pire et inimaginable casse-tête intersidéral, toutes galaxies confondues.

Les archives lettrées gardent cependant en mémoire quelques folles tentatives exterminatrices menées contre E. Tel cet exemple célèbre, George Perec, écrivain-acrobate relativement azimuté et fièrement volontaire, éradiquant complètement le E, en mille neuf cent soixante-neuf. Prouesse lexicale épatante et intéressante que ce lipogramme, certes. Seulement, le résultat de cette oeuvre rendit, selon plusieurs critiques, quelque chose de tellement technique et désagréablement obsessionnel, que beaucoup se résignèrent et préférèrent laisser E apparaître souvent, librement, voire systématiquement, entre les lettres. Excusez-les, monsieur Perec, chasser le E ne fédère guère.

Et comme propagande, les académiciens armés des E argueront que caser des E de manière compulsive offre, entre autres, les yeux des bleus, des neuneus, des globuleux, des areuh, des graveleux, parbleu, ventrebleu, sacrebleu; également des omelettes, des veaux, vaches, cochonnes, couvées, etc. Eux absents, que de pertes immenses ce serait en perspective, sûrement. Eternels glorieux et omniprésents soient les E. Amen.
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