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Yves Bonnefoy, l'intime présence au monde

 
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Margot
Stylo-plume

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MessageSam 14 Mar 2009, 16:12:32 Répondre en citant
Voilà.
Je déjeune mercredi avec Yves Bonnefoy et depuis un mois, je parcours comme on butine Les Planches courbes.

Des mots simples pour laisser toute la place à l'invasion de l'imaginaire, à l'éveil de l'émotion et à l'appropriation du sujet.
Des mots simples et pourtant, tout se resserre autour de l'essentiel : la vie immédiate et la présence. Souvenir intimement lié aux sensations physiques du moment, nature invasive, "évasive présence" de la mère, présence de l'être au monde.

Pour Bonnefoy, le langage est, comme l'instrument de musique, une "expérience de la participation à l'être du monde".
Chez lui pourtant, nulle volonté hermétique ou élististe comme on peut la rencontrer chez Mallarmé, Nerval ou St John Perse, le langage peut être un vecteur d'absolu mais de manière humaine, réelle, dans un dialogue constant entre la vie rêvée et la vie réelle.
La poésie n'est pas une fuite, elle n'est pas repliée sur elle-même comme un enfermement hors du monde, mais une ouverture vers une plus grande compréhension du réel et de l'être humain, vers la compassion.

Selon lui, l'homme est "au sein du langage bien plus que lui n'est en nous et c'est même là un espace que nous n'occupons pas entièrement, dont bien des possibles dorment encore".
Autrement dit, le langage est l'origine du développement humain. Quelle préhension du monde pour celui qui cherche les possibles encore ignorés de la parole !
Je le vois bien dans mes classes : l'élève qui possède le vocabulaire et la syntaxe s'interroge sur le sens des êtres, des choses et des mots ; il a aiguisé son intuition et sa sensibilité ; sa perception du non-dit, de l'implicite ou des ressorts du fonctionnement humain est plus fine.

Mais la poésie n'est plus lue, et l'on a le plus grand mal à la faire étudier dans les grandes classes où elle passe pour absconse et oiseuse.
Elle est pourtant l'accès le plus immédiat et le plus véhément, au monde.
Les jeunes enfants le savent bien, pour qui - haikus, sonnet ou vers libres peu importe ils sont sensibles à toutes les formes- la poésie permet de s'interroger en toute liberté sur le monde.



____________________
« Comprendre le monde comme une question » Milan Kundera


Dernière édition par Margot le Dim 15 Mar 2009, 09:20:10; édité 3 fois
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Margot
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MessageSam 14 Mar 2009, 16:33:59 Répondre en citant
Les planches courbes, "La maison natale", VII, VIII et IX.

VII

Je me souviens, c'était un matin, l'été
La fenêtre était entrouverte, je m'approchais,
J'apercevais mon père au fond du jardin.
Il était immobile, il regardait
Où, quoi, je ne savais, au-dehors de tout,
Voûté comme il était déjà mais redressant
Son regard vers l'inaccompli ou l'impossible.
Il avait déposé la pioche, la bêche,
L'air était frais ce matin-là du monde,
Mais impénétrable est la fraîcheur même, et cruel
Le souvenir des matins de l'enfance.
Qui était-il, qui avait-il été dans la lumière,
Je ne le savais pas, je ne sais encore.

Mais je le vois aussi, sur le boulevard,
Avançant lentement, tant de fatigue
Alourdissant ses gestes d'autrefois.
Il repartait au travail, quant à moi
J'errais avec quelques-uns de ma classe
Au début de l'après-midi sans durée encore.
A ce passage-là, aperçu de loin,
Soient dédiés les mots qui ne savent dire.

(Dans la salle à manger
De l'après-midi d'un dimanche, c'est en été,
Les volets sont fermés contre la chaleur,
La table débarrassée, il a proposé
Les cartes puisqu'il n'est pas d'autres images
Dans la maison natale pour recevoir
La demande du rêve, mais il sort
Et aussitôt l'enfant maladroit prend les cartes,
Il substitue à celles de l'autre jeu
Toutes les cartes gagnantes, puis il attend
Avec fièvre, que la partie reprenne, et que celui
Qui perdait gagne, et si glorieusement
Qu'il y voie comme un signe, et de quoi nourrir
Il ne sait, lui l'enfant, quelle espérance.
Après quoi deux voies se séparent, et l'une d'elles
Se perd, et presque tout de suite, et ce sera
Tout de même l'oubli, l'oubli avide.

J'aurai barré
Cent fois ces mots partout, en vers, en prose,
Mais je ne puis
Faire qu'ils ne remontent dans ma parole.)


VIII

J'ouvre les yeux, c'est bien la maison natale,
Et même celle qui fut et rien de plus.
La même petite salle à manger dont la fenêtre
Donne sur un pêcher qui ne grandit pas.
Un homme et une femme se sont assis
devant cette croisée, l'un face à l'autre,
Ils se parlent, pour une fois. L'enfant
Du fond de ce jardin les voit, les regarde,
Il sait que l'on peut naître de ces mots.
Derrière les parents la salle est sombre.
L'homme vient de rentrer du travail. La fatigue
Qui a été le seul nimbe de ses gestes
Qu'il fût donné à son fils d'entrevoir
Le détache déjà de cette rive.


IX

Et alors un jour vint
Où j'entendis ce vers extraordinaire de Keats,
L'évocation de Ruth "when, sick for home,
She stood in tears amid the alien corn".

Or, de ces mots
Je n'avais pas à pénétrer le sens
Car il était en moi depuis l'enfance,
Je n'ai eu qu'à le reconnaître, et à l'aimer
Quand il est revenu du fond de ma vie.

Qu'avais-je eu, en effet, à recueillir
De l'évasive présence maternelle
Sinon le sentiment de l'exil et les larmes
Qui troublaient ce regard cherchant à voir
Dans les choses d'ici le lieu perdu ?
____________________
« Comprendre le monde comme une question » Milan Kundera


Dernière édition par Margot le Dim 15 Mar 2009, 09:20:28; édité 1 fois
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Margot
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Humeur du Jour: miluji tě

MessageDim 15 Mar 2009, 09:15:09 Répondre en citant
L'évocation autobiographique nous parle pourtant et rejoint le vécu de chacun, accède à l'universel des sentiments et des sensations mêlés.

Avant le souvenir du père et de la mère, douleur qui lui est une compagne consentie, voici qu'au début du recueil, dans Pluie d'été, Yves Bonnefoy évoque une pierre (fragment II) :

Certains ont parlé de fractales pour décrire la composition du recueil poétique de Bonnefoy et l'image est tellement juste de ces fragments épars d'une vie qui se nouent aux moments et aux lieux et aux sensations kinesthésiques de la chaleur ou du parfum d'un été.

Fragments épars qui se retrouvent ordonnés dans la conscience d'un ressouvenir universel. Car "L'universel est en chaque lieu dans le regard qu'on en prend, l'usage qu'on en peut faire."

Le poème comme "un état naissant de la plénitude impossible", comme la recherche de soi et la rencontre de l'autre dans la "turbulence du verbe".
Les Planches courbes sont un itinéraire plus qu'un état figé du sens.

Et ici, plus bas, un itinéraire des sens aussi, une sensualité presque suffocante.


Les planches courbes, "Pluie d'été", II Une pierre.


II

Ils s'attardaient, le soir,
Sur la terrasse
D'où partaient les chemins, de sable clair,
Du ciel sans nombre.

Et si nue devant eux
Etait l'étoile,
Si proche était ce sein
Du besoin des lèvres

Qu'ils se persuadaient
Que mourir est simple,
Branche écartée pour l'or
De la figue mûre.

Matins que nous avions,
Je retirais les cendres, j'allais emplir
Le broc, je le posais sur le dallage,
Avec lui ruisselait dans toute la salle
L'odeur impénétrable de la menthe.

O souvenir,
Tes arbres sont en fleurs dans le ciel,
On peut croire qu'il neige,
Mais la foudre s'éloigne sur le chemin,
Le vent du soir répand son trop de graines.

Tout était pauvre, nu, transfigurable,
Nos meubles étaient simples comme des pierres,
Nous aimions que la fente dans le mur
Fût cet épi dont essaimaient des mondes.

Nuées, ce soir,
Les mêmes que toujours, comme la soif,
La même étoffe rouge, dégrafée.
Imagine, passant,
Nos recommencements, nos hâtes, nos confiances.
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Wiliam
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Humeur du Jour: snesl by te modré z nebe

MessageLun 16 Mar 2009, 21:22:17 Répondre en citant
Je suis un ignare en poésie. Quelques remarques malgré tout, si je peux me permettre.
Ce qui m'étonne dans ces passages, c'est comme tu le dis, la simplicité des mots. Rien de ronflant, de littéraire. Des mots de tous les jours, pas de rimes... Et pourtant, c'est une berceuse : images et rythme sont présents tout le long de ce que tu nous donnes à lire. C'est étrangement beau, apaisant, quelquefois inquiétant.

Tu parles par ailleurs de "fractale" que tu décris comme un ensemble de fragments. Pourtant, la fractale, c'est plus q'une simple succession de morceaux : d'un point de vue purement mathématique, c'est le même morceau qui se reproduit à l'infini, de plus en plus petit, ou de plus en plus grand, formant des figures généralement étonnantes, étranges, et belles.
Tout ça pour une question : est-ce que les "certains" (ceux qui ont parlé de fractales pour décrire le recueil poétique de Bonnefoy) pensaient à ce motif répétitif et de plus en plus petit ? Ou bien simplement, comme tu l'évoques, à un simple ensemble de fragments ?
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A bas les poux ! Vive René Coty !
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Syane
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MessageMer 18 Mar 2009, 03:42:45 Répondre en citant
Boarf. Mon commentaire laconique : j'adore.

Et là dans tes extraits mis là, s'il fallait choisir dans le non-choix d'un choix impossible je prendrais cette espèce de parenthèse du VII.
(Dans la salle à manger
De l'après-midi d'un dimanche, c'est en été,
Les volets sont fermés contre la chaleur,
La table débarrassée, il a proposé
Les cartes puisqu'il n'est pas d'autres images
Dans la maison natale pour recevoir
La demande du rêve, mais il sort
Et aussitôt l'enfant maladroit prend les cartes,
Il substitue à celles de l'autre jeu
Toutes les cartes gagnantes, puis il attend
Avec fièvre, que la partie reprenne, et que celui
Qui perdait gagne, et si glorieusement
Qu'il y voie comme un signe, et de quoi nourrir
Il ne sait, lui l'enfant, quelle espérance.
Après quoi deux voies se séparent, et l'une d'elles
Se perd, et presque tout de suite, et ce sera
Tout de même l'oubli, l'oubli avide.

J'aurai barré
Cent fois ces mots partout, en vers, en prose,
Mais je ne puis
Faire qu'ils ne remontent dans ma parole.)

Je ne sais pas si je pourrais véritablement commenter Bonnefoy (que j'avais déjà lu pourtant).
Je n'en ai pas la capacité, je crois. Je savoure ses mots comme pour ceux des autres grands, et puis voilà.

(Mais ! A propos de ce passage que je cite, juste je peux te dire, Margot, qu'à mes yeux, c'est comme un déroulement de quelques coups d'oeil en souvenirs d'enfance si bien écrits, si bien décrits, que c'est à se demander comment c'est si simple dans cette complexité de sens. Je trouve que Bonnefoy révèle une grande optique sur le monde en faisant mine de rien, et c'est très bizarre; oui, je trouve ces écrits très bizarres, mais dans le bon sens du terme.
Peut-être qu'il a des tas de défauts cela dit ? Tu nous diras s'il sauce son assiette avec des bouts de pain !)
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Margot
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Humeur du Jour: miluji tě

MessageMer 18 Mar 2009, 08:04:23 Répondre en citant
Juste un saut pour vous dire que je suis vraiment heureuse que ces fragments vous plaisent et que c'est très intéressant de lire vos ressentis et commentaires (sisi Syane, tu commentes et tu fais ça très bien ! Mr. Green )

Je reviens ce soir post déjeuner et post conférence pour vous répondre et en discuter avec vous.

(Je vous dirai si Bonnefoy était envoûtant ou bien droit dans ses bottes et j'éviterai de saucer mon assiette avec du pain Laughing )

Je peux vous dire que j'ai bûché mon Bonnefoy depuis trois jours !

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Une Nouvelle Vie
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Humeur du Jour: Vivre, c'est ne pas se résigner - Camus

MessageMer 18 Mar 2009, 17:47:11 Répondre en citant
Tu m'as donné l'envie de me procurer le livre Smile

Tu sais, saucer avec du pain, c'est parfois de la poésie, gastronomique mais poésie quand même Mr. Green
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"Le mal se fait sans effort, naturellement, par fatalité ; le bien est toujours le produit d'un art." Baudelaire
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Margot
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MessageJeu 19 Mar 2009, 08:05:52 Répondre en citant
L'impression d'ensemble par manque de temps, mais I'll be back !

Yves Bonnefoy est un homme impressionnant de pensée claire et d'expression juste.
Sans notes devant lui pour la conférence, il s'exprime de façon limpide et fluide : chaque phrase a été pensée, mûrie, chaque mot a son importance. Toutes ses phrases sont porteuses de sens à tel point que pour l'auditrice que je suis, c'est l'enfer pour prendre des notes : aucune scorie, tout est important, toutes les phrases sont à retenir.

Une réflexion de sa part, lors du déjeuner, à propos des Canti de Leopardi qu'il a traduits :

"C'est difficile parce que c'est simple. On est toujours sans recours devant la simplicité."
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MessageJeu 19 Mar 2009, 12:53:39 Répondre en citant
Wiliam a écrit:
Ce qui m'étonne dans ces passages, c'est comme tu le dis, la simplicité des mots. Rien de ronflant, de littéraire.

Effectivement, selon Bonnefoy, la poésie et la littérature divergent.
La littérature comme un langage qui ne se réduit pas à l'utilitaire, un langage qui emploie l'image pour évoquer. Le roman en fait partie.
La poésie, quant à elle, serait la transgression du niveau de signification dans la langue même.
Selon lui, "la poésie est l'éruption volcanique qui ébranle le sol de la littérature."

Yves Bonnefoy éprouve une grande méfiance à l'égard des mots, car ils véhiculent le concept, l'image du monde préformée en dehors de notre conscience, dans la mesure où le concept se substitue à l'expérience immédiate du monde.
Or l'écriture poétique suppose de rétablir le contact avec une réalité ante-conceptuelle, qui permette de saisir le monde de façon immédiate.

Ainsi, il distingue trois niveaux de langage :
le langage, un moyen de communication, un outil de mise en relation.
la littérature, la description du monde par le truchement des mots qui véhiculent des concepts, dans une démarche librement consentie par le locuteur/écrivain.
La poésie enfin qui est la contestation du concept par le moyen de mots qui suscitent des évocations de (com)préhension immédiate du monde.

Voilà pourquoi il avait trouvé si difficile de traduire Leopardi qui réduit parfois le vers au seul mot : comment traduire la simplicité d'une évocation ante-conceptuelle quand en plus elle se fait dans une langue étrangère, par un auteur étranger.

J'espère que je suis claire et que je ne dénature pas sa pensée ! Sad
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MessageJeu 19 Mar 2009, 13:05:40 Répondre en citant
wiliam kain a écrit:
Tu parles par ailleurs de "fractale" que tu décris comme un ensemble de fragments. Pourtant, la fractale, c'est plus q'une simple succession de morceaux : d'un point de vue purement mathématique, c'est le même morceau qui se reproduit à l'infini, de plus en plus petit, ou de plus en plus grand, formant des figures généralement étonnantes, étranges, et belles.
Tout ça pour une question : est-ce que les "certains" (ceux qui ont parlé de fractales pour décrire le recueil poétique de Bonnefoy) pensaient à ce motif répétitif et de plus en plus petit ? Ou bien simplement, comme tu l'évoques, à un simple ensemble de fragments ?

La notion de fractales est à mon sens très intéressante pour évoquer la poésie d'Yves Bonnefoy qui avait suivi des études de mathématiques avant d'emprunter la voie de la philosophie. Et je trouve que la définition que tu en fais est très juste concernant l'oeuvre poétique de Bonnefoy.

Sur le plan mathématiques, même si je ne pense pas que le terme de "fractales" induise l'idée d'une hiérarchie de fragments/poèmes de plus en plus petits à l'intérieur même de son œuvre, on peut évoquer des thèmes (la mère, l'eau, l'enfance etc.) qui se retrouvent éclatés en plusieurs motifs (pluie/ruisseau/mer/fontaine pour l'eau par exemple) et qui sont disséminées dans l'œuvre entière comme une mise en abyme fragmentaire de l'unité du tout.

Sur le plan métaphorique, le terme de "fractales" évoque une lecture du sens à plusieurs niveaux.

Ainsi le terme de "fractale" associe selon moi trois aspects importants de l'oeuvre de Bonnefoy : l'éclatement, la mise en abîme et la lecture plurielle de l'oeuvre.

J'insiste sur le fait qu'il ne s'agit de ma part que d'une interprétation de ses paroles ou de ses écrits. Et si vous pensez que je me trompe, j'aimerais bien que vous m'expliquiez votre façon de voir. Smile

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MessageJeu 19 Mar 2009, 13:52:50 Répondre en citant
Syane a écrit:
Je ne sais pas si je pourrais véritablement commenter Bonnefoy (que j'avais déjà lu pourtant).
Je n'en ai pas la capacité, je crois. Je savoure ses mots comme pour ceux des autres grands, et puis voilà.

Smile
Bonnefoy pense aussi que l'émotion prévaut sur le sens.
Selon lui, il faut apprendre par cœur des poèmes qui nous plaisent même si on ne les comprend pas, parce qu'ils vivent et mûrissent en nous et nous accompagnent dans notre cheminement.
A un moment de notre vie, un sens finit par éclore - ou pas - (c'est aussi, hasard ou richesse, ce qui fait la vie.)
J'ai ce même rapport à la poésie depuis toute petite, quand j'apprenais par cœur Nerval, Michaud et Mallarmé sans rien comprendre, juste parce que je sentais qu'il y avait un écho important dans ces mots.
Parce que "les poèmes nous parlent sans s'expliquer".

Citation:
(Mais ! A propos de ce passage que je cite, juste je peux te dire, Margot, qu'à mes yeux, c'est comme un déroulement de quelques coups d'oeil en souvenirs d'enfance si bien écrits, si bien décrits, que c'est à se demander comment c'est si simple dans cette complexité de sens. Je trouve que Bonnefoy révèle une grande optique sur le monde en faisant mine de rien, et c'est très bizarre; oui, je trouve ces écrits très bizarres, mais dans le bon sens du terme.

Là encore, je crois que tu as vu juste.
Bonnefoy dit qu'"il faut nager dans le silence du concept".
Et le souvenir est fondateur : selon lui, on écrit sa vie dans une oeuvre et ce sont les seuls événements réels, tout le reste se consume.
L'inconscient joue aussi un rôle majeur dans la conception poétique de Bonnefoy. "Ecrire, c'est l'inconscient qui monte en nous pour une invention de la signification." (je me trompe si je te dis qu'à la lecture de ce que tu écris, Syane, cette phrase là va te parler ? Smile )
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MessageJeu 19 Mar 2009, 15:22:54 Répondre en citant
Oui, Margot, en y repensant et en re-relisant les extraits que tu as mis c’est véritablement cette simplicité, dans le choix des mots, dans leur agencement, dans les images véhiculées, qui me frappe par la profondeur de l’émotion que Bonnefoy transmet. Ils semblent faits pour être lus à voix haute.
C’est étrangement simple, étrangement parce qu’en même temps, ce n’est ni superficiel, ni ne verse dans la facilité pourtant - bien au contraire !

Je pense que ce qui me parle le plus personnellement ensuite, c’est cette sorte de paradoxe à plusieurs niveaux. Il m’est impossible de tout capter d’un coup dans ce que raconte Bonnefoy et pourtant je me sens dans un environnement très familier en le lisant. C’est à la fois grave et léger. Il me semble qu’il y a une invitation particulière faite au passé de s’ancrer dans le présent. Et le titre "Les planches courbes" est intriguant.
Alors en effet, cette réflexion sur l’inconscient me séduit beaucoup. A bien des égards, cette écriture me rappelle celle de Quignard. Notamment au sujet du principe fractal de l’œuvre, avec quelques thèmes phare qui reviennent sous diverses formes, se déclinent, comme des facettes multiples, pour au final aboutir à un ensemble cohérent.

La méfiance, dont tu parles par ailleurs, de Bonnefoy à l’égard des mots me semble aussi paradoxale en quelque sorte (même si je crois la comprendre), étant donné sa créativité d’écriture et son habileté à les utiliser. Peut-être que c'est justement cette méfiance qui lui permet cette précision, le fait qu'il ne gaspille aucun mot superflu lors d'une conférence comme celle d'hier ?

Nul doute, je vais chercher ce livre. Smile
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MessageJeu 19 Mar 2009, 19:41:58 Répondre en citant
(J'ajoute encore un truc en passant : tu as recopié les extraits toi-même, à partir de ton livre ou bien ils sont sur le net ?)
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Margot
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MessageJeu 19 Mar 2009, 19:52:59 Répondre en citant
Je les ai recopiés depuis mon bouquin, mais à mon avis, on doit les trouver sur le net.
Au moins pour ce qui concerne les Planches courbes, un ouvrage qui date de 2001. Son dernier recueil, La longue chaîne de l'ancre, c'est moins sûr, il est tout récent.
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MessageJeu 19 Mar 2009, 19:55:41 Répondre en citant
Pour les citations que je précise en dehors des extraits, ce sont les mots de Bonnefoy lors de la conférence.
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MessageJeu 19 Mar 2009, 19:57:48 Répondre en citant
Margot a écrit:
Je les ai recopiés depuis mon bouquin, mais à mon avis, on doit les trouver sur le net.
Au moins pour ce qui concerne les Planches courbes, un ouvrage qui date de 2001. Son dernier recueil, La longue chaîne de l'ancre, c'est moins sûr, il est tout récent.


Margot a écrit:
Pour les citations que je précise en dehors des extraits, ce sont les mots de Bonnefoy lors de la conférence.


Eh bien, merci beaucoup pour cette présentation, ce travail je devrais dire. Smile
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Margot
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MessageJeu 19 Mar 2009, 20:27:19 Répondre en citant
Syane a écrit:
Eh bien, merci beaucoup pour cette présentation, ce travail je devrais dire. Smile

kis

Si ce fragment littéraire (du coup, je suis bêtement heureuse du titre de cette section), vous a donné à UNV et toi, l'envie de lire de la poésie et Bonnefoy en particulier, je suis contente. Smile
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