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Il est 5 heures, Ammelle

 
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Arwenn
Pointe bic

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Humeur du Jour: Et pourtant...

MessageDim 18 Juin 2006, 13:50:37 Répondre en citant
Démo a écrit:
Puisque tu veux écrire...

Il est cinq heures, Paris s'éveille et Ammelle aussi.
Tu t'es levée de bonne humeur ce matin.
Ton mari a dormi chez sa maîtresse, tes enfants chez leur grand-mère.
Tu es seule à la maison et tu as tout le temps de prendre conscience du monde qui se lève autour de toi. Tu prêtes attention à tous ces détails qui t'échappent d'habitude.

Décris...






Elle écoutait. Le coeur de la nuit. Elle la crut morte. Pas un souffle, pas un frisson, juste le noir et le froid. Elle avait beau écarquiller les yeux, s’ébaubir, s’ébrouer. Rien. Le rien sans le tout, sans le cela, sans le moins le plus, juste le néant. Pourtant, d’habitude, de la pénombre sortait des ténèbres, la pupille se forgeait en oeil de chat, et les murs bien fixés dans leurs recoins se grisaient à être l’objet de tant d’attention. Elle en avait fait tout une théorie métaphysique, comme à son habitude. Oui, enfin, bon. Restons modeste. Il y avait eu ce garçon, là, d’abord, à 17 ans, un philosophe. Il lui avait dit qu’elle n’était qu’une puce sur un grand zèbre, et qu’elle était si petite, si infime, qu’elle ne savait même pas où elle était. Qu’elle ne voyait que le noir ou le blanc. Qu’après le noir, c’est le blanc. Et qu'après le blanc, c’est le noir. Et puis un jour on tombe de la bestiole, plofff. Le bruit de la puce démise à bout de tant de clairs et d’obscurs, ça faisait plofff. Elle, elle avait été édifiée. Qu’Il était intelligent, donc !!! Il aurait de l’avenir, celui-là ! Rutiler d’argent, briller dans le monde, reluire dans les tabloïds ! Ah bah, ça. 17 ans plus tard, et il avait de l’argent. Assez du moins. Négoce de rails de chemin de fer. Il habitait toujours le même quartier, et il s’offrait même l’incongruité d’être heureux en ménage. Le comble, pensait-elle, déconcertée. Et son dernier, un accident à la naissance, un retard de développement. Comme quoi. Interloquée. Alors, comme ça, le malheur arrive aussi aux autres ?

N’était-ce qu’un malheur ? Lui, il avait dû voir la zébrure si noire qu’elle avait dû l’éblouir et l’aveugler : depuis il ne voyait plus que du blanc. Son petit, il s’en sortait. Nécessairement. Et puis, de toute façon, c’était son fils. Il ne pouvait pas sombrer. Il ne pouvait que le prendre par la main et le conduire vers la lumière, lui réserver sa place au soleil, s’y tenir chaud l’un à l’autre. Avancer en toute clarté.

Mais elle n’avait pas connu beaucoup de philosophes, en fait. Juste quelques uns qui l’agaçaient prodigieusement. Ceux qui tournaient en rond, à vide, comme des machines à laver le cerveau à programme unique. Les répétiteurs, ceux qui scandaient leurs pensées comme on ânonne des prières pour se préserver du vide, comme on épouse une religion de la vie, une vision unique de l’existence, pour ne point avoir à en changer, et là, adeptes de la méthode Couet, la figer dans les cadres rigides d’une réflexion terne et jaunie en miroir de manuels parcourus en une adolescence retardée. Ceux qui tournaient vite et court, se mordant la queue, dans de grandes pulsions d’onanisme intellectuel. Ceux-là ne savaient qu'émettre des points d'interrogation, et la subir la question autoflagelée, de cette manie mortifiante à ne jamais y répondre, tournant virant retournant à l’absurde. C’est que les uns comme les autres, ils devaient bien trop refléter son image, brandissant un miroir de bronze à ses yeux de médisante, voilà : et se deviner en eux la faisait hurler de rage impuissante, là, dans son absurde trou noir intérieur.

Enfin bref. Tout ça parce qu’elle avait toujours refusé le concept du zèbre. Elle n’aimait pas les choses simples, évidemment. De l’orgueil oui. C’est qu’elle en avait des complexes à nourrir, de la complexité à entretenir. Mais elle se frottait les yeux, pour faire venir quelque neige blanche dans cette nuit froide. Au moins, que l’hiver annonce le printemps, ou l’aube. Ca resterait du noir et blanc, mais ce ne serait plus que noir. Mais, toujours rien. Toujours cette nuit insupportablement opaque.

Elle s’était pourtant laborieusement échafaudé toute une philosophie du gris. Des nuances infinies, de l’intelligence inachevée, des ombres entières qui flottaient dans la nuit pour en former le spectre de ténèbres gribouillées de demi-teintes plus enveloppantes, plus rassurantes, des couches et des couches de couvertures d’un brouillard épais mais apaisant, à remplir ainsi le vide ou l'inconnu de ce flou précieux aux esprits myopes. Voilà. Comme les zèbres ne sont pas gris, en fait, elle s’en trouvait donc puce à l’oreille d’un âne. Sa condition s’en trouvait franchement améliorée. Elle aurait bien écrit une thèse en Sorbonne là-dessus. La Vie, Cadichon qu’on fait avancer à la carotte, le fric, le travail, l’amour, la réussite. Bâté, coriace, mauvais coureur, harnaché d’oeillères et les pieds dans les prés fleuris ou dans la boue, bouffant de l’herbe verte, l’auge aux cochons ou des croutons de pain mie ou rance, indifféremment. Elle butait pas mal sur l’effet Buridan du coup. Entre l’eau et l’avoine, on perd sa vie à trop y penser : finalement, trop assoiffée, trop affamée, à trop désirer et trop en vouloir, trop de vie s’épuise en trop d’envies. Et mieux vaut se rabattre à mort sur ce bon vieux Cadichon au régime d’apparence simple et sain.

Alors. Abdiquer. Rallumer la lumière, il n’y avait donc que cela à faire. Coup de massue sur la lampe : verdict. Cinq heures du matin. Paris pionce profond. Pffff. Encore une nuit insomniaque. Encore une journée morose à lutter contre ses propres paupières. Et son mec qui la traite de teigne (il se prend pour un étalon sur laquelle elle devrait monter régulièrement. Elle en a fait toute une théorie annexe à la première). Enfin, encore dans deux heures. Là, il ronfle profond. Enfin, normalement. Hop. Elle retire les boules Quies. Le bandeau noir Air Monde Classe Tempo au sol. Ah, les voyages au bout de la nuit, c’est décidément pas pour elle. Parce que oui, il est là. Il respire, il bouge, il vit, il dort. Et elle revit bien toute la vie coloriée pastel et aquarelle de son univers à elle, leur espace à deux. Elle se glisse contre lui, plofff, car c’est bientôt déjà l’heure de se réveiller. Car c’est bien tôt encore : le moment de dormir. Là, au chaud, c’est le moment de ne plus penser enfin, et de rêver enfin, à son prince contre lequel dans son dos serrée elle est portée emportée le soleil levant, sur son cheval blanc.



je dors
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Démo
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MessageLun 19 Juin 2006, 08:54:29 Répondre en citant
Bon. Bon.
Tout ça n'a rien à voir avoir le sujet initial.
Mais je ne vais pas aller te chercher des puces dans les cheveux parce que j'ai malgré tout passé un moment fort agréable à te lire...

kis
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Puisque j'te l'dis !
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Arwenn
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MessageLun 19 Juin 2006, 10:02:48 Répondre en citant
Démo a écrit:
Bon. Bon.
Tout ça n'a rien à voir avoir le sujet initial.
Mais je ne vais pas aller te chercher des puces dans les cheveux parce que j'ai malgré tout passé un moment fort agréable à te lire...

kis


mais si, mais si voyons... no il est bien cinq heures du mat, nan ???? whistle
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Démo
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MessageLun 19 Juin 2006, 10:40:53 Répondre en citant
Ammelle a écrit:

mais si, mais si voyons... no il est bien cinq heures du mat, nan ???? whistle


11h40!
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Yno
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Localisation: pas assez près
Humeur du Jour: Presque

MessageLun 19 Juin 2006, 10:42:32 Répondre en citant
très....philosophique ton texte Ammelle...
____________________
..." Ô temps ! suspends ton vol, merdeuh...
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Ruth
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Localisation: hic!
Humeur du Jour: dans mon jeune temps...

MessageLun 19 Juin 2006, 14:30:52 Répondre en citant
Si je ne t'avais pas vue, je pourrais penser que tu as quatre tête et 36 coeurs, parce qu'enfin, il en faut de la place pour loger toutes ces pensées, non?
____________________
debout!
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Arwenn
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Humeur du Jour: Et pourtant...

MessageLun 19 Juin 2006, 18:21:05 Répondre en citant
Rire, y' a l'air d'avoir trop de "pensées" alors. Bon, c'est pas grave, disons que j'ai bien essayé de trouver de quoi en faire un gage, Mdr Mr. Green Mr. Green Mr. Green
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Arwenn
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Humeur du Jour: Et pourtant...

MessageLun 19 Juin 2006, 18:22:03 Répondre en citant
Démo a écrit:
Ammelle a écrit:

mais si, mais si voyons... no il est bien cinq heures du mat, nan ???? whistle


11h40!



(air docte) oui mais bon, ça dépend où après. (tu le valides oui ? rire)
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