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La recette inédite de Bluedream

 
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Bluedream
Plume d'oie

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Humeur du Jour: ...

MessageDim 25 Jan 2009, 22:45:31 Répondre en citant
Syane a écrit:
Blue, ton gage consiste à rédiger une recette gastronomique totalement improbable et la plus farfelue possible.

Cette recette devra notamment contenir des allusions aux thèmes suivants : érotisme, jardinage, plomberie, philatélie, couture.
Tu es bien entendu libre de laisser ton imaginaire vagabonder pour éventuellement ajouter d'autres thèmes.

Contrainte : 3000 signes minimum (avec les espaces), soit environ une page word.
+ Images bienvenues !

Miam.
Mr. Green


C'est pas mauvais finalement, pas plus qu'un lapin, c'est juste l'idée qu'on s'en fait. Et puis elle allait avoir 13 ans, elle avait déjà bien vécu, commençait à avoir des rhumatismes, peinait parfois à sauter sur le canapé, devenait aussi incontinente, alors pourquoi pas ? Si ça se trouve, les chats aussi seraient pour l'euthanasie ?
Hein ?
Qui sait ?
Donc pas mauvais, et en plus elle était confiante, douce, câline quand je l'ai prise, elle a même ronronné la dernière fois que je l'ai serrée contre moi, elle devait savoir que ça serait bon pour moi. Et si c'est bon pour moi alors que ce n'est qu'un chat, elle a dû comprendre. C'est évident.
Je comprends les Chinois, c'est comme du lapin, vraiment.
Sauf que je n'ai rien à faire des lapins, ce qui prouve qu'ils ont raison, si c'est bon.
Ça a quel goût un chat tibétain ? pardon…

Un chat puisque c'est utile, au moins, c'est bon. Bon à manger, bon pour ce que j'ai. J'ai quoi ?
Un sale sort qui ne veut plus partir, donné par je ne sais qui, quoi que, pour je ne sais quoi, quoi que, mais qui s'accroche.
Une chatte pour me sauver alors. Miaou. En plus elle m'aimait. Alors faire ça pour moi, si elle avait pu parlé, peut-être même qu'elle aurait été d'accord. Pour moi.
Et puis je suis un matou, c'est une question de fraternité.

J'ai pris rendez-vous pour toi, chez un magnétiseur, il est formidable tu sais, il te sauvera. Promis. Il sait tant faire.
Ecoute-le, suis-le, et tu rebondiras.

Un post-it à la main, je m'étais arrêté devant cette échoppe, vérifiant l'adresse. Oui, pourtant, la rue, le numéro, tout correspondait.
Grâce à Tsing-Tsang, vos tuyaux respireront.
Drôle d'enseigne quand même pour un magnétiseur. Elle croit que j'ai des problèmes de "tuyauterie" aussi ?
La porte poussée fait tinter des petites clochettes accrochées à de minces fils qui tombent du ciel. Pénombre et bordel, ce sont mes premières impressions. Crasse aussi.
Qu'est-ce que je fous là ? Je me croirais dans une boutique à Gremlins.
Pourtant le slogan ne ment pas, des tuyaux, des tubes, partout, en VPC, en zinc, en vrac, droits, courbes, oblongues, des montagnes de tuyaux, de quoi refaire les tuyauteries de tous les immeubles anciens parisiens.
Et des raccords, des joints en caoutchouc ou les autres, les rouges.
Elle a dû se tromper.

Bonjour
Bonj…


Forcément dans une telle ambiance j'attendais à une chinoise sans âge, invisible, débordant d'amabilité toute convenue, engoncée dans ses habits à col boutonné jusqu'en haut, cheveux noirs, courts, sans formes, sans courbes.
Je suis forcément surpris par cette apparition, cette jeune femme sortie de derrière son rideau, et qui se tient les mains sur les hanches, presque agressive, caricature quelques années après de Madonna dans Like an virgin, mini-jupe raz la touffe et collants vifs, chemisier transparent, un soutif noir qui donne l'impression d'être porté sur ses vêtements. Un véritable remède pour tout problème de tuyauterie, enfin pas celle à laquelle je m'atttendais.

Vous venez pour un massage ?
Euh, non, enfin je ne sais pas, j'ai rendez-vous, je viens voir un magnétiseur, de la part de Madame Mamina.
Ah c'est pour Grand-père alors. Suivez-moi.

Tournant sur ses talons hauts, elle saisit au passage une grande blouse informe qu'elle enfile, masquant malheureusement ses fesses sur lesquelles collait sa jupe en cuir.
Ecartant à sa suite le rideau cachant l'arrière-boutique, j'hésite entre l'escalier qui doit, me semble-t-il amener vers la (les ?) salle de massage à l'étage, et celui qu'elle indique, vers le bas, vers je ne sais quoi.

Ecartant sa blouse d'un coup pour me rebalancer sa poitrine et son nombril quasiment sous mon nez, elle sourit en tendant ses bras de chaque côté.

En haut avec moi
En bas avec Grand-Père
Choisissez…

Salope…
Marche après marche, un bruit continu s'amplifie, se précise. Je traverse incrédule un atelier de couture. Combien sont-elles à travailler ici ? 40 ? 50 ? Penchées sur leurs machines à coudre, pas une ne lève les yeux. Esclaves modernes, elles ont leur voyage à rembourser. Quelles seraient les conséquences si l'une s'arrêtait pour me regarder ?

Je dois accélérer pour rattraper la masseuse redevenue petite-fille de. Elle s'impatiente visiblement. Je ne veux pas savoir ce qui se passe ici, à chacun sa merde, j'accélère pour ne pas perdre mes invisibles oeillères. Pas de leçon de couture pour moi, ni de cours de droit de l'homme, on verra ça une autre fois.
Je la rejoins enfin, elle tient une porte ouverte vers, vers je ne sais quoi, j'ai peur d'un seul coup, après ces traversées aussi diverses.
Elle ne dit rien, me regarde fixement, comprend.
Son clin d'œil me rassure, pas son baiser lancé ni son sourire narquois.
Salope…
J'avance. D'un pas. Pas plus. C'est déjà bien. Un pas. Puis un pas. Je décide de ne pas me laisser impressionner par la pénombre, par le noir obscur.
Un pas et clac, la porte derrière moi se referme. Le noir. Absolu. J'hurle sans un bruit, mais il m'a entendu.

- Chuuuuuuuuuuuuuuuuuuut. Que voulez-vous ?
- Rien. Sortir, partir, s'il vous plait, laissez-moi sortir.
- Non, je sais qui vous êtes, vous avez besoin de moi. Tendez votre main.

J'obéis, je m'assois et tends la main droite avant de me reprendre. Si je dois en sacrifier une, autant que cela soit la gauche.
Mes doigts sont emprisonnés d'un coup dans une poche de froid, j'ai peur, je ne vois rien. Je n'ai qu'une envie, celle d'hurler, de fuir. Je sens ses doigts sur les miens, qui me serrent.

- Tais-toi. Je vois. C'est grave, le sort est fort, mais ma magie est plus ancienne que la sienne. Tu seras sauvé si tu obéis. Tu es maudit de ses dieux, mais les miens sont plus puissants. Ils sauront les obliger à t'oublier. Vous n'êtes que des poussières pour eux, nous sommes insignifiants, pour ses dieux, pour mes dieux. Le remède est simple.


Simple, comme il y a été le vieux, comme si c'était simple de suivre ses consignes et de choper un chat pour le manger.
Franchement.
Un chat qu'on aime en plus, surtout parce qu'on l'aime d'ailleurs. Sa peau contre la sienne.
C'était ses termes. Je suis désolé ma Loulou, je n'ai pas le choix. Il a été clair, ma peau contre ta peau, un amour contre un amour. De chat, celui qui peut choisir entre coupure et caresse, qui prend sa patte pour vous faire du bien, ou vous transpercer d'un coup. Tu ne m'as jamais griffé.
Un animal qu'on aime pour sauver sa peau, je ne connaissais que toi. Les cochons d'inde ont plus de chance que toi, moi je m'en fous d'eux.
Va au paradis des chats ma Loulou d'amour, et pardonne-moi.
Ensuite, ses autres consignes, maintenant que j'ai fini de vomir, et que seuls mes canaux lacrymaux m'incommodaient.
Peu importe la manière avait-il dit, sans souffrance si possible pour ne pas gâter les organes sensibles. A quel animal pensez-vous ? Un chat, mes chiens étant morts, seule elle pouvait me sauver.

Car c'est eux que vous allez manger. Les organes vitaux ainsi que certains autres que je vais vous indiquer.

L'organe voméro-nasal, qui goûte les odeurs.
Les carnassières, c'est-à-dire la dernière prémolaire supérieure et la première molaire inférieure que vous broierez en poudre, celles qui permettent d'avaler sans mâcher
La queue que vous couperez en petites rondelles, qui donne l'équilibre
La langue, où se trouve le sens gustatif et permet de goûter sans avaler
Les vibrisses, où se trouve le sens du toucher
La glotte, qui permet le ronronnement
Ses yeux… en entier, ainsi que ses 3 paupières, l'inférieure, la supérieure et la membrane nictitante
Et bien sûr le cœur, le foie, la moelle épinière et la rate.
Après vous serez délivré de tout mauvais sort et retrouverez l'intégralité de vos possibilités.

Sa peau pour la mienne.
Une à une j'exécute ses consignes, découpe, pleure, cuisine, me déchire les doigts serrés de la main droite contre un mur, avale à grands coups de rasades un cru de 40 degrés minimun.
Plus qu'une consigne à respecter? Envoi du cœur Re-gerbe.

Le reste ne le concernait plus. Alors j'ai tout rassemblé, os, pelage, cadavre, gamelle, litière, collier, dans un sac plastique.
Et direction un parc que j'aime bien pour pouvoir ne pas oublier, pour m'y recueillir de temps en temps.
Un sac, une pelle, un coin désert, et me voilà en plein jardinage, à faire un petit parterre de fleurs replantées au-dessus de la tombe. A entretenir régulièrement. J'y veillerai. Si ça marche.

Ensuite un bulletin glissé dans une machine à sous pour le tirage du soir, c'est important pour un incroyant de vérifier qu'il n'a pas fait ça pour rien.
Ensuite une attente, devant sa télé, avec les 40 degrés, en incrédule, pour voir combien de numéros n'allaient pas sortir.
Et de se rappeler une phrase lue dans je ne sais pas quel bouquin, après tirage, disant que s'il fallait une preuve de son existence, c'est qu'on avait bien peu de foi.


Quelques mois plus tard, sous un pont parisien…

- Et après alors ? T'as gagné quoi ?
- Pfff, rien, ou presque, 5 euros, parce qu'aucun de mes numéros n'était sorti, qu'est-ce que tu crois, que ça marche comme ça ? Comme le Père Noël ou la petite souris ramasseuse de dents ? Rien à tirer de ce côté.
- Et pour ta malédiction ?
- J'ai flippé quand j'ai vu le tirage qui devait me prouver que le mauvais sort avait été abattu, que je n'étais plus maudit de ses dieux, que je pouvais m'en réchapper. J'étais comme un type attaché à une grosse pierre debout sur le rebord d'un pont. Puis elle est venue, a coupé cette corde immatérielle qui me reliait à ma pierre choisie. L'amour qu'elle a su me donner, provoquer chez moi, a été plus fort que mon mauvais sort. De toute façon, je le savais que ce Chinois ne pouvait rien pour moi. J'avais triché.
- Hein ?
- Oui, jamais je n'aurais pu tuer mon chat, comme il le voulait, j'avais juste profité de sa mort naturelle pour tenter de réaliser son breuvage, même si j'en ai chié entre-temps. J'ai vomi comme jamais en récupérant ses organes, mais je n'aurais pu la sacrifier, même pour me sauver. D'autres forces sont intervenues, heureusement, naturelles, humaines. C'est pour ça que c'est moi, aujourd'hui, qui te propose une soupe, alors que j'aurai dû être à ta place, au mieux, à hésiter entre la prendre et te réclamer de quoi acheter de quoi me shooter. C'est mon meilleur tirage, crois-moi. Prends, je n'ai pas que ça à faire, elle dort dans ma couette désormais, et je te promets que je suis pressé de la rejoindre.
- Et ta chinoise ?
- Quoi ma chinoise ?
- Elle crèche où ?
- Pour la baiser ou pour voir son grand-père ?
- Ch'sais pas, on verra
- Tiens, je te note son adresse sur le bol de soupe, à toi de voir quel escalier tu prendras. Bonne chance mec. Tchao. Je rentre me coucher.

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Il y a des choses qu'on ne peut dire qu'en embrassant... parce que les choses les plus profondes et les plus pures peut-être ne sortent pas de l'âme tant qu'un baiser ne les appelle.
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MessageLun 26 Jan 2009, 09:16:19 Répondre en citant
bound bound

Voilà pourquoi nous attendons toujours impatiemment que tu réalises tes gages ... J'ai adoré ce côté décalé ... bref, top

kis
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Bluedream
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MessageLun 26 Jan 2009, 09:47:57 Répondre en citant
Merci Miss NewLife
Décalé ? ça veut dire que je ne respecte pas les contraintes du gageur ? whistle
Ça serait pas mon genre pourtant
kis
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MessageLun 26 Jan 2009, 11:09:43 Répondre en citant
Yes, bravo Blue, et merci pour cette lecture, j'aime beaucoup !
Bon, maintenant, je peux te le dire : à l'époque (il y a fooooort longtemps donc Mr. Green ...) je m'étais vraiment demandé comment tu pourrais réussir à caser toutes mes contraintes sur un sujet pareil. Puis j'avais peur que tu nous sortes un truc horriblement hostile envers les chats.
Je suis bluffée, tu t'en sors trop bien.
Ca me donnerait presque envie d'excuser ta lenteur à exécuter tes gages, tiens ! tongue: kis
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