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Pierre Herbart, L'Age d'or

 
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Bluedream
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MessageMer 14 Nov 2007, 20:35:51 Répondre en citant



Tout vient à point à qui sait attendre, comme dirait l'autre. J'avais promis à Margot il y a quelques mois (an(s) ?) (je viens de vérifier "avril 2006" whistle ) d'en dire un peu plus sur un livre d'un écrivain cité dans ma bibliothèque idéale.

Donc… L'âge d'or de Pierre Herbart, écrivain du milieu du XXe siècle, né en 1903, auteur d'une dizaine de livres à tendance réaliste socialiste, défenseur du communisme à l'heure où les intellectuels français en étaient de fervents défenseurs (jusqu'au voyage en URSS d'André Gide dont il tirera un récit pamphlétaire qui les divisera).

Ami et très proche d'André Gide, donc, qui l'introduisit dans le milieu littéraire, de Cocteau, d'Eugène Dabit, de Roger Martin du Gard où il écrit L'âge d'or, collaborateur de Combat après la Seconde Guerre mondiale, il finira dans une fosse commune en 1974.

Ce livre raconte sa propre jeunesse, ses premiers émois, la découverte de ses préférences amoureuses homosexuelles (même s'il se maria par la suite) et la difficulté de vivre cette différence à une époque où l'homosexualité était réprouvée.

A ma première lecture, dès les premières lignes, je suis tombé sous le charme de la tournure de cette phrase "Cela dura jusqu'au jour où je m'aperçus que leur plaisir ne ressemblait pas au mien".
La société, la tradition, les mœurs de l'époque lui avaient imposé de suivre une normalité qu'il a balayée dès qu'il fut en âge de raisonner par lui-même pour respecter ce qu'il pensait être bon pour lui.

Pas de fiche de lecture, d'analyse du style ou ce genre de truc que je ne sais pas faire (ni l'envie d'ailleurs), voici plutôt le premier paragraphe :




A seize ans, j'aimais les filles. Comme j'étais beau, elles me le rendaient bien. Cela dura jusqu'au jour où je m'aperçus que leur plaisir ne ressemblait pas au mien. Cette découverte, et les efforts d'un camarade de philosophie pour m'initier à sa science de la femme, m'emplirent d'un malaise que seule devait vaincre plus tard l'heureuse rencontre de l'amour. Tout ce qui ressemble à une mise au point, à une technique de la volupté me fait horreur. En ce domaine, une démarche qui n'est pas inspirée me rend triste. Il n'est pire enfer pour moi que l'érotisme de Sade. Enfer un peu comique ; il me fait penser à cette histoire du monsieur qui s'envoie à lui-même, au café, un télégramme ainsi libellé : "Mère mourante. Viens aussitôt." Il arrive au café, trouve le télégramme, l'ouvre en tremblant "Nom de Dieu! Ma mère se meurt" et de partir en courant. En user ainsi avec ses désirs me paraît atroce.

Plusieurs élèves de troisième, de seconde, suivaient avec dévotion mes succès féminins. Je vis trembler la lèvre d'Alain, le plus charmant de tous, lorsque je lui demandai de rentrer à pied avec moi, un soir après les classes.
Merveilleuses vacances, cette année-là

Alain sortait de troisième ; moi, je venais de passer mon bac. C'était au bord de la mer du Nord, où habitaient nos familles. En octobre, j'irais à Paris, mais octobre était loin...

Nous ne nous quittions guère. Ma mère m'avait donné un "chariot à voiles". Sur l'immense plage (elle s'étend sur dix kilomètres), à marée basse, nous filions à toute vitesse, louvoyant lorsque le vent était contraire. Le chariot, bien gréé, s'envolait presque. Rien de plus enivrant que cette course silencieuse. Alain le faisait bien voir, qui rugissait de plaisir quand nous nous lancions vers la mer, pour virer à un mètre des vagues, d'un seul coup de volant, dans un grand bruit de voilure. Parfois nous allions jusqu'en Belgique, acheter des cigarettes. Il y avait dans les dunes un estaminet au plancher sablé, où l'on mangeait des crevettes grises, toutes fraîches. Alain glissait une pièce dans le piano mécanique, après avoir choisi son morceau sur une petite liste encartée et mis le numéro correspondant en tournant une dure manivelle qui résonnait comme un gong à chaque cran. Les notes cascadaient étrangement dans la salle vide, et parfois la polka s'interrompait net dans une sorte de hoquet. Deux ou trois coups de l'autre manivelle faisaient repartir la machine.

Alain ne comprenait rien à l'algèbre. Moi non plus. Mais pour l'aider, et que ses devoirs de vacances ne nous séparassent pas longtemps, je repris mes anciens cours. Idem pour le latin. Je m'aperçus que les bergères de Virgile étaient des bergers. Cette découverte donna un ton nouveau à nos rapports ; notre tendresse s'exprima moins timidement. Tant il est vrai que l'homme, toujours, n'ose inventer que ce qu'il imite.

0 jours ! Est-ce le temps écoulé, le regret de la jeunesse perdue, qui me peignent ces trois mois sous de si vives couleurs ? Sans doute chaque être garde-t-il ainsi dans son cœur le souvenir de vacances sans nuages, de ciels inaltérables...

Dès l'aube, nous étions sur pieds. A M., on pouvait louer des "kiosques", cabanes en bois alignées sur le sable, au bas de la digue. Devant les villas, ils se serraient les uns auprès des autres, mais s'espaçaient ensuite, à mesure qu'on s'éloignait du Casino et du Kursaal. L'agence, après un long débat, m'avait consenti un sérieux rabais sur la location du dernier de tous, déjà perdu dans la dune. Alain y avait amené une table pliante, moi, un matelas. Nous possédions aussi un réchaud à alcool, des tasses et une théière. Chaque fois que nous le pouvions, nous couchions là. Le jour n'en finissait pas de mourir. En juillet, dans le Nord, de grandes lueurs traînent encore dans le ciel à minuit. La mer bruissait faiblement, chargée de phosphorescences que nous nous amusions à ranimer en jetant des cailloux. Il faisait si tiède que nous dormions nus, la porte du kiosque ouverte. De toutes mes forces, je pressais Alain contre moi et le sommeil desserrait à peine notre étreinte.

Une fois que je m'étais éveillé très tôt, je. regardais son visage, baisant tantôt sa tempe, tantôt l'ombre de ses cils sur sa joue en feu et puis sa bouche un peu gonflée. Un bras au creux de ses reins, l'autre sous son épaule, de telle sorte que sa tête vînt reposer sur ma main, je goûtais à contempler Alain endormi une joie si intense qu'elle sortit soudain de moi comme une source brûlante. Je ne sais quelle inquiétude me fit tourner les yeux vers la porte ouverte. Dans l'embrasure, se découpant sur le sable rosi par les premiers rayons, un homme était immobile. D'abord pétrifié, j'allais bondir, quand il posa doucement un doigt sur ses lèvres. Aussitôt après il s'éloigna, et je pus voir que c'était un douanier. Alain s'éveillait :

- je rêvais qu'on me donnait des coups dans la poitrine. Mais... c'est ton cœur ajouta-t-il avec stupeur.

- Vite ! A l'eau ! répondis-je, bien décidé à ne pas parler du douanier. Et comme d'habitude, nous courûmes nous plonger dans la mer.

Je ne me rappelle pas si Alain était intelligent. Ce qui m'émerveillait dans nos rapports, c'est que leur douceur ne dût pas être payée par des heures d'imbécile marivaudage. Mes deux années de succès auprès des Mimi-Pinson de la province m'avaient laissé le souvenir d'un ennui féroce. Quant aux filles de la bourgeoisie, c'est par l'humiliation de ma jeune virilité que j'achetais leurs faveurs. Ne fallait-il pas, en effet, subir les accès de leur petite sentimentalité, écouter leurs confidences, faire mine de partager leurs rêves, d'approuver leurs aspirations ? Par charité, je passe sous silence les nerfs en pelote, les rires de gorge et les sanglots, les vapeurs... Combien de fois n'avais-je pas fui, le rouge au front, terrifié de me sentir englué dans leur "amour"... Avec Alain, j'avais retrouvé le monde rude et grave des garçons. Nous étions des égaux — et c'est en égaux que nous nous aimions.

A mesure que septembre passait, je me sentais envahi par une sourde détresse. Dans trois semaines, dans quinze jours, il faudrait se quitter. J'en éprouvais parfois une sorte de panique. En dépit des remontrances maternelles, Alain venait coucher toutes les nuits au kiosque. je voyais bien qu'il mettait longtemps à s'endormir, étendu contre moi, immobile, les yeux ouverts. Certes, nous ne disions rien de notre angoisse. Les garçons ne parlent pas volontiers de leurs sentiments. Entre Alain et moi, cette réserve ne fut rompue qu'une fois, le jour du tunnel.

Nous étions quand même très jeunes

Alain, quinze ans ; moi, un peu plus de dix-sept. Aussi n'éprouvions-nous aucun scrupule à jouer. Il y avait d'abord le chariot à voiles. Et puis nos vélos avec leurs perpétuelles réparations : nouveaux câbles de freins, petite râpe de fer sur le caoutchouc de la chambre à air, "rustines", et les essais d'éclairage. Enfin Alain aimait creuser dans le sable d'énormes trous au fond desquels il se terrait. Nous avions chacun le nôtre, en face du kiosque, distants de cinq ou six mètres. Alain parlait toujours de les réunir par un tunnel. Un après-midi que je lisais dans mon trou, il me sembla soudain que j'entendais depuis longtemps frapper des coups, et qu'ils venaient de cesser. Saisi d'une bizarre appréhension, je bondis dehors, courus à l'autre trou. Il était vide, mais à un mètre du sol sur l'une des parois s'amorçait l'entrée du "tunnel".

- Alain ! hurlai-je.

Au même instant je vis s'affaisser le ni-veau du sable à côté de moi.

- Il est enterré là-dessous ! criai-je d'une voix qui dut retentir au loin. Et je me mis à creuser comme un frénétique. Peu après survint en courant une fillette qui, sans un mot, m'aida de son mieux avec sa petite pelle. Mon angoisse était si affreuse qu'il me fallut toute ma volonté pour ne pas m'enfuir ou me jeter à plat ventre sur le sable. Enfin l'épaule d'Alain apparut, et j'achevai de dégager sa tête avec mes mains par crainte de le blesser. La petite fille m'apporta de l'eau de mer dans un seau pour laver son visage. J'avais traîné Alain jusqu'au kiosque. En le voyant inerte, je le crus mort et perdis tout contrôle de moi--même.

- Alain, mon chéri, reviens ! suppliais-je.

Je me tordais les mains, aveuglé de larmes ; la douleur adopte toujours les mêmes gestes.

- Alain, mon chéri, mon amour...

Jamais de tels mots n'étaient sortis de mes lèvres. La petite fille nous considérait en silence, rêveuse, debout à l'entrée du kiosque.

- Il vit ! cria-t-elle soudain. Regardez il vit !

Oui, il vivait, et sans doute me croyait fou. Mais la peur avait également brisé toutes les digues en lui.
Pour une heure, sa bouche d'enfant osa dire ce qu'elle avait toujours tu.

Derniers jours de septembre ! Après avoir si longtemps vécu dans le Midi aux crépus-cules brefs et violents, je me demande si je rêve en me rappelant les grands ciels migrateurs du Nord... Souvent, vers le soir, ils faisaient halte, interminablement. Alain et moi, attentifs, nous guettions, espérant surprendre ce "rayon vert" que décrit Jules Verne. Mais la mer et le ciel n'étaient qu'une même plaine qu'aucun rayon ne pouvait venir distraire de sa métamorphose. Ainsi venait la nuit qui allait réunir nos deux corps.

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MessageVen 16 Nov 2007, 08:25:08 Répondre en citant
Très beau passage, bien écrit, et aussi bien décrit.

Cependant… j’aimais bien ce genre de littérature, plus jeune. Maintenant, je me porte plus vers une écriture plus directe, moins bien torchée, plus rugueuse, plus tripale.

Par exemple, à un moment, j'adorais Zweig et Hesse, et j'essayais de tous les lire. J'ai relu un Hesse, récement, et... j'ai été un peu fatigué par la préciosité des sentiments et de l’écriture. Tout cette délicatesse romantique exacerbée qui tend souvent vers la sensiblerie, toute ces personnages englués dans leur bienséance de classe (« Mon Dieu, je l’aime, est ce bien, suis-je normal, va-t-il m’embrasser, )…toutes un monde qui à mon sens, empêche d’accéder à la racine de l’humain.

En tout cas, j’ai bien aimé ce passage, qui m’a fait appréhender une autre facette de l’homosexualité que je n’avais pas imaginée : le plaisir d’être avec quelqu’un de compréhensible, d’équivalent.

champagne
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MessageVen 16 Nov 2007, 10:13:50 Répondre en citant
stéphan Zweig était un de mes auteurs préférés à une époque, avec O. Mirbeau. Son "Joueur d'échec" est vraiment enthousiasmant et j'avais trouvé en livre de poche d'origine sa biographie de Fouché (introuvable) que je relirai bien.
24 heures de la vie d'une femme aussi, c'était bien.

Par contre Hess, je n'ai jamais rien lu de lui.

Ce que j'ai apprécié, c'est sa façon de découvrir ses véritables attirances sexuello-amoureuses, la norme étant l'hétérosexualité, alors qu'il sent à l'adolescence que ça n'est pas sa norme à lui.
Et sa façon, plus tard, de le vivre et de l'assumer.
Même si ses phrases sont bien tournées, précises, détaillées, il ne tourne pas au style fleur bleu dégoulinant de "bons sentiments", il reste assez descriptif sans emphase, et sans revendication non plus.
C'est juste un constat chez lui.
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MessageVen 16 Nov 2007, 11:42:50 Répondre en citant
Bluedream a écrit:
stéphan Zweig était un de mes auteurs préférés à une époque, avec O. Mirbeau. Son "Joueur d'échec" est vraiment enthousiasmant et j'avais trouvé en livre de poche d'origine sa biographie de Fouché (introuvable) que je relirai bien.
24 heures de la vie d'une femme aussi, c'était bien.

.

Smile
24 heures et le joueurs d'échecs étaient aussi mes préférés... avec aussi son "monde d'hier"... et sa vision de l'arrivée de la barbarie nazie en europe...
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MessageVen 16 Nov 2007, 12:08:44 Répondre en citant
Ce qui est quand même étonnant, c'est de voir qu'il a tellement été marqué par l'arrivée du nazisme dans son pays qu'il a fui au Brésil ou en Argentine je ne sais plus, et qu'il s'est suicidé peu de temps après, estimant qu'il n'avait pas la force et le courage d'y faire face et de refaire sa vie.
Sa femme, du coup, s'est également suicidé après.

La bio de Fouché, si tu t'intéresses à l'histoire, et si tu la trouves, je te la conseille, c'est vraiment un homme étonnant qui a survécu à tous les bouleversements politiques en exerçant des fonctions quel que soit le type de gouvernement, à chaque fois il s'est révélé indispensable, même à la Restauration alors qu'il avait, je crois, voté pour la mort de Louis XVI.
Une sacré bête politique...
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MessageVen 16 Nov 2007, 13:43:32 Répondre en citant
Bluedream a écrit:
Ce qui est quand même étonnant, c'est de voir qu'il a tellement été marqué par l'arrivée du nazisme dans son pays qu'il a fui au Brésil ou en Argentine je ne sais plus, et qu'il s'est suicidé peu de temps après, estimant qu'il n'avait pas la force et le courage d'y faire face et de refaire sa vie.
Sa femme, du coup, s'est également suicidé après.

Pas le courage de refaire sa vie, ou la totale perte de confiance dans l'humanité ? L'effroi de voir le peu qui nous sépare d'une bête sauvage ?

Citation:
La bio de Fouché, si tu t'intéresses à l'histoire, et si tu la trouves, je te la conseille, c'est vraiment un homme étonnant qui a survécu à tous les bouleversements politiques en exerçant des fonctions quel que soit le type de gouvernement, à chaque fois il s'est révélé indispensable, même à la Restauration alors qu'il avait, je crois, voté pour la mort de Louis XVI.
Une sacré bête politique...

oui, je l'ai lu aussi, cuilà... assez remarquable : il devait avoir des petites fiches bien comprométantes sur tout le monde !
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MessageVen 16 Nov 2007, 15:23:30 Répondre en citant
Le 22 février 1942, Stefan Zweig rédige le message d'adieu suivant :

"Avant de quitter la vie de ma propre volonté et avec ma lucidité, j'éprouve le besoin de remplir un dernier devoir : adresser de profonds remerciements au Brésil, ce merveilleux pays qui m'a procuré, ainsi qu'à mon travail, un repos si amical et si hospitalier. De jour en jour, j'ai appris à l'aimer davantage et nulle part ailleurs je n'aurais préféré édifier une nouvelle existence, maintenant que le monde de mon langage a disparu pour moi et que ma patrie spirituelle, l'Europe, s'est détruite elle-même.

Mais à soixante ans passés il faudrait avoir des forces particulières pour recommencer sa vie de fond en comble. Et les miennes sont épuisées par les longues années d'errance. Aussi, je pense qu'il vaut mieux mettre fin à temps, et la tête haute, à une existence où le travail intellectuel a toujours été la joie la plus pure et la liberté individuelle le bien suprême de ce monde.

Je salue tous mes amis. Puissent-ils voir encore l'aurore après la longue nuit ! Moi je suis trop impatient, je pars avant eux."

Stefan Zweig, Pétropolis, 22-2-42

Le lendemain, Stefan Zweig n'était plus. Pour se soustraire à la vie, il avait ingéré des médicaments, suicide sans brutalité qui répondait parfaitement à sa nature. Sa femme l'avait suivi dans la mort.



Sacré nom quand même que "Pétropolis", ça fait très futuriste, j'aime bien
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