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Irène Némirovsky, Suite française

 
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Margot
Stylo-plume

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Humeur du Jour: miluji tě

MessageLun 08 Oct 2007, 20:34:11 Répondre en citant


J'achève en ce moment la Suite française d'Irène Némirovsky. Une oeuvre d'une beauté sombre et envoûtante, à la lumière douce aussi, un peu comme ces orages d'été qui laissent déchaîner leur furie pour ménager ensuite un calme dont on sait le prix.
Ecrit sous le manteau d'Irène, à partir de l'exode de juin 1940, ce roman ne comprend que deux parties sur les cinq prévues initialement. Se sachant menacée, Irène écrivait dans l'urgence.

"Il écrivait avec un méchant bout de crayon à demi-rongé, sur un petit carnet d'écolier qu'il cachait sur son coeur. Il se hâtait, quelque chose en lui l'inquiétait, frappait à une porte invisible."

Arrêtée puis déportée à Auschwitz, elle ne termina jamais la Suite.
Les pages noircies de son cahier furent retrouvées bien plus tard et publiées par sa fille.

La Suite française raconte l'exode puis l'Occupation de la France lors de la Seconde Guerre Mondiale. Elle montre une France exsangue, livrée aux abus, aux passions, aux bassesses. Chacun croit tirer son épingle du jeu et c'est avec une acuité féroce qu'Irène Némirovsky épingle chacun dans ce qu'il a de plus intime : ces petites noirceurs de l'âme et du coeur dont tous nous nous croyons exempts parce que privilégiés, mais qui se révèlent au moment du choix et des difficultés.

Une acuité d'autant plus surprenante qu'elle se fait non dans la distanciation d'un événement jugé et commenté a posteriori, mais dans le feu de l'histoire. Comme si les yeux grands ouverts d'Irène avaient capté ce qu'il y a d'universel dans les comportements particuliers des individus malheureux. Elle livre une vision étonnante de clarté et de justesse des événements et des êtres qu'elle côtoie dans son quotidien.
Une justesse de vue que, pour ma part, je n'ai jamais rencontré qui fut d'une manière plus effrayante de lucidité.

C'est la grande bourgeoisie compassée qui arrache un pain d'une livre des mains d'une commère et s'exonère en pensant qu'elle seule a l'âme suffisamment haute pour s'émouvoir du malheur.
C'est la commère aigre qui exprime sourdement son mépris pour ces gens de la haute qui ne savent pas ce que sont les privations, ce que c'est que la vie.
C'est la couturière du village qui fait la vie avec son Boche, à qui on fait la leçon sur un ton bienveillant et qu'on fustige d'une voix fielleuse derrière le rideau tiré. Et cette jeune femme aussi, délaissée par son rustaud de mari, émue par le jeune officier qui parle à son âme. Ce déchirement de percevoir le coeur et la délicatesse de qui l'on doit abhorrer, l'harmonie chez l'ennemi.
Ce sont tous ces gens jetés sur la route d'exode, qu'on vole et qu'on insulte et qui croisent, improbables destins, ces autres qui leur viennent en aide, contre toute attente.

Ce livre est une merveille aussi par le style et par la langue, modulée, subtile, toujours juste et musicale.
Une petite merveille, oui.

"Une sorte de saison indéterminée, cruelle, bizarre, où la dernière neige et les premières fleurs se mêlaient."

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