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Wiliam
Plume d'oie

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Inscrit le: 03 Mar 2006
Messages: 2 909
Humeur du Jour: snesl by te modré z nebe

MessageLun 03 Sep 2007, 13:40:18 Répondre en citant
(petit texte gentillet et probablement perfectible)


Le 26 juin, un peu avant midi, il m'est arrivé quelque chose que je n'oublierai pas: je suis mort. C'est vrai que ce genre de date, ça marque. Comme le 28, le jour de mon incinération...
Dans l'intervalle, j'avais eu le temps de réaliser:
- que, Dieu merci, l'âme survit au corps
- que ce dernier, bien qu'immobile, n'est guère enclin à laisser partir son âme
- que pour un esprit pur, un corps, c'est un sacré poids mort
- que si le Paradis existe, il est bien trop haut pour moi (et probablement pour toute âme de mammifère dépassant le quintal)

J'avais toujours eu l'esprit pratique. Maintenant que je n'étais plus que ça, je me disais avec pragmatisme que j'avais bien fait de cocher l'option "crémation" en prenant mon assurance-décès. Au moins je n'aurais pas à attendre je-ne-sais-combien d'années avant d'être débarrassé de cette enveloppe charnelle. OK, elle m'avait rendu service toute ma vie durant, mais aujourd'hui, ce n'était plus qu'une entrave à ma liberté d'âme. J'ai donc patiemment attendu le 28 en contemplant sans intérêt le plafond de la chambre mortuaire.

Le jour J est arrivé, la crémation a eu lieu, et rien n'a changé : en deux coups de cuillers à urne, je me suis retrouvé coincé dans un vase plein de mes propres cendres. Je me faisais la réflexion que j'arrivais à fumer sans toucher à une cigarette quand l'urne a été placée dans une cavité celée du mur du funérarium. Génial: non seulement j'étais toujours cloué ici-bas, mais en plus dorénavant, c'était le noir complet. Pas un bruit non plus, hormis les horripilants aboiements d'une lointaine meute de chiens.


Si la situation avait dû s'éterniser - et c'était quand même bien parti pour une durée de cet ordre de grandeur - je crois que je serais devenu fou. Fort heureusement, j'entendis peu après une voix d'outre-tombe:
-- Salut le nouveau. C'est quoi ton nom ?
A vue de spectre nasal, la voix semblait venir d'une urne sur ma gauche, quelques rangées en-dessous de la mienne. Je ne peux pas expliquer pourquoi je ne fus pas plus surpris que ça. Après tout, j'y étais, moi, dans le mur. Alors pourquoi pas d'autres ?
-- Je m'appelle Wiliam Kain.
Lui, c'était Martin Pernvern, un négociant en vin mort en 1998. Quelques autres âmes s'invitèrent à la conversation, on s'échangea des amabilités de codécédés. On m'apprit que les aboiements venaient des âmes canines du cimetière animalier voisin.
-- Ne nous plaignons pas, intervint Germaine Lepain, une institutrice. Ma cousine a été enterrée au cimetière de Saint-Aubin, situé à côté d'une porcherie. Vous imaginez les milliers d'esprits de cochons qui doivent grouiner sans arrêt !

La discussion dura encore un peu. Puis mes nouveaux voisins m'apprirent qu'effectivement, certaines âmes réussissaient à partir, à traverser la pierre et à s'envoler. Ça prenait des semaines, voire des mois, et personne ne savait trop ce qui décidait du moment du départ. Les plus anciens n'étaient pas toujours les premiers à partir. Cinquante hypothèses avaient été lancées, sans aucune certitude. Durant cette longue attente, une chose était sûre : il fallait s'occuper en attendant de jouer les ballons d'hélium. De nombreux esprits du funérarium ennuyaient mortellement leur auditoire en leur racontant leur vie. Bon gré mal gré, deux amateurs d'échecs jouaient régulièrement "à l'aveugle", mais ne dépassaient jamais le stade du quatrième coup sans se chamailler et se traiter de tricheurs. S'ensuivait un lourd silence qu'inévitablement, André - le rigolo de service - interrompait d'une blague qui n'amusait que lui : "Un ange passe !" "Ils ont le vague à l'âme !" "Ils vont finir par se frapper, ces deux esprits !"

C'est en apprenant que Gérard, mon voisin de droite, avait fait de la trompette dans sa jeunesse que m'est venu l'idée de la chorale. J'étais musicien de mon vivant. Pianiste pour être précis. Et s'il est une chose qui me manquait par ici, c'était bien la musique. Ma proposition fut accueillie avec enthousiasme et nous nous mîmes au travail. Ce fut moins facile que prévu. Il n'est pas simple d'avoir l'oreille musicale sans oreilles du tout. Et je dus donner quelques cours particuliers pour équilibrer les niveaux. Ah ça ! Si j'avais été enterré au Père-Lachaise ou dans un grand cimetière parisien, j'aurais eu de meilleurs chanteurs sous la main !

- "Aaaaaaaveeeeeee aaaaaaaveeeee ! Veeeeeeerum cooorpuuus ! Naaaaaatuum deee maaariiiiaaa viiiiiiiiiiirgiiineee !!"
- Non, non, non ! Madame Beaudron ! Vous commencez une demi-mesure trop tôt ! Et là-haut ! Dans la première rangée ! Oui, vous, l'urne à droite ! C'est vous, Georges ? Vous êtes un ton en-dessous ! "Naaaaaaatuuus", voyez-vous ? En mi bémol, pas en do dièse ! On reprend s'il-vous-plait !
- "Veeeeereeeee paaaassuuuummm ! Iiiiiimooolaaaaaaaatuuum...."
- On arrête de chuchoter dans la colonne de gauche ! C'est bientôt à vous !

C'est au cours d'une de ces répétitions que je me suis fait surprendre. Mes urnes entonnaient le "Tu nobis miserere" quand je me suis senti étonnamment léger. Voilà que je m'élevais doucement, traversant sans heurts la paroi métallique de mon urne, puis le marbre du mur. Puis ce fut la clarté du jour, le soleil ! La lumière ! Comme elle m'avait manqué !

Je partis donc, ailleurs, plus haut... Vers un monde meilleur ? Un autre ? J'allais le savoir bien assez vite. Toujours est-il que durant mon ascension, je pus contempler encore quelques temps mon doux cimetière, et pendant une longue minute s'égosillèrent les esprits, crièrent les urnes, résonna le mur chantant du funérarium, m'offrant une dernière fois en guise d'adieu les plus belles notes de Mozart.
____________________
A bas les poux ! Vive René Coty !


Dernière édition par Wiliam le Lun 03 Sep 2007, 16:43:10; édité 1 fois
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MessageLun 03 Sep 2007, 13:53:41 Répondre en citant
Smile

Si j'étais Bulles, je dirais "Génial!".
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Wiliam
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MessageLun 03 Sep 2007, 13:59:12 Répondre en citant
C'est la fin qui me plait moyennement : elle devrait rester dans le ton léger et de jeu-de-mots-esque du reste, à mon sens.
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MessageLun 03 Sep 2007, 14:08:26 Répondre en citant
wiliam kain a écrit:
C'est la fin qui me plait moyennement : elle devrait rester dans le ton léger et de jeu-de-mots-esque du reste, à mon sens.


Non, pas pour moi. J'ai bien aimé cette rupture de ton pour quitter le texte.
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