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Aquaviva
Stylo-plume

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Humeur du Jour: loufoque

MessageDim 12 Aoû 2007, 11:01:53 Répondre en citant
Dans les fauteuils rouges, je disparais. Et je regarde, je n’ai que ça à faire.

Le tour de chant a commencé, il s’appelle « Charlie ».
Charlie, je l’aime bien, sauf que sur scène il joue flamenco et castagnettes et qu’il est assez ridicule, mais il est là pour ça ; dans la vie il est douanier et vit avec Florent, coiffeur, et leur appartement respire l’harmonie. On y mange bien, ce qui change du traiteur auquel fait appel la mère qui ne bouge pas un doigt à la maison.

Dédé joue péniblement sur le piano, il a hâte que ça passe, la sueur colle ses rares cheveux. Faut dire qu’il est tard. Son truc habituel clôt le numéro, il signe, comme d’habitude d’un bref mouvement qui fait résonner toutes les touches.

Le guitariste est moustachu et massif, il fait peur à voir, et il s’appelle Franco. Il paraît qu’il joue « avec les plus grandes ».
Mais qu’est-ce qu’il fout donc là ?

Ici, c’est un peu minable. On fait la quête « au chapeau », et heureusement car qui rentrerait si on devait payer ?
Ca c’est mon avis à moi.
Il paraît que des gens connus viennent. Je n’en sais rien je ne reconnais personne, mais il y a toujours du monde, c’est vrai, le type tout échevelé et qui pue l’alcool, il débite des poèmes à tour de bras, mais pas quand je suis là, je ne vois qu’une épave, moi.
Le patron s’appelle Pierre, il parle avec chacun et y passe toutes ses soirées.

Comme je ne tiens pas en place, je passe mon temps entre les loges, la cuisine et la salle, et quelquefois dehors.
Le magicien me retient parfois, il vient ici et c’est son troisième cabaret de la soirée. En moyenne il en fait quatre.
Il passe pour reposer les gens entre deux numéros et concentrer l’attention dissipée.
Puis un tour de dramatique, et hop !

Si je suis là ce soir, c’est certainement pour qu’elle puisse prétexter de ma présence pour aller avec Franco, demain c’est jour de classe et j’ai mon cartable avec moi.
Elle a dû dire à Dédé que j’ai peur toute seule et qu’elle va me faire manger au restaurant et me ramener.
Evidemment, je dois me taire, mais c’est faux : je n’ai pas peur seule, je lis tout ce qui me tombe sous la main depuis des années.

Donc, cette fois encore elle me traînera derrière elle et je l’attendrai au café des Batignolles.
Elle rejoindra Franco et puis nous reviendrons en taxi. Dédé de se sera pas couché, ou arrivera peut-être en même temps que nous, à pétrolette, il est toujours sur le pont vu qu’il est le seul pianiste.
Itinéraire : Cité Véron – rue d’Alésia, toujours. Et toujours en solex.
« Sa » chanteuse rentre toujours en taxi, elle ne doit pas attraper froid, doit ménager sa voix.

Les répétitions ont lieu parfois dans des studios capitonnés avec grand piano intégré, à Montparnasse, c’est fait pour.
Répéter chez soi, c’est l’enfer pour les voisins et ses vocalises sont plus qu’exaspérantes, je l’appelle « la Castafiore de poche » et j’ai honte de dire qu’elle est chanteuse, je dis qu’elle est secrétaire, on ne me regarde pas bizarrement

Il lui a concocté un répertoire de « chanteuse réaliste » du plus bel effet, d’après les tronches satisfaites des client(e)s. Des histoires sordides à souhait, et leur sainte patronne c’est Piaf, je sors dès que j’entends parler de celle-là.

Moi je passe mon temps hors école soit chez les gardiens, à lire des revues italiennes ou espagnoles où on parle de gens connus avec toujours les même mots donc à force je comprend, soit à passer et repasser des chants révolutionnaires cubains (c’est pour Dédé : il déteste ça) ou n’importe quoi qui fasse du bruit.
Quelquefois, assez souvent, elle oublie de payer l’électricité de son appartement et on se retrouve à squatter Dédé, enchanté de l’avoir pour lui.

Montmartre par ci, Montmartre par là ; et les cars de touristes de tous pays qui viennent faire le circuit « authentique », ici c’est garanti. Des faussaires qui vivent sur un monde enfui, c’est tout.

Quand Jacques débarque à Paris, il vient aussi au cabaret, mais il s’en fout du spectacle, il vient pour voir son frère, pour l’emmener ensuite dans tel ou tel restaurant, lui raconter la dernière vêlée de la fazenda, à son bras Graziella est plus belle que tous les « charlie » réunis et ça fait de l’effet. Jacques trimbale des dizaines de cartes flamboyantes, saute à cloche-pied d’un pays à l’autre et fait des affaires.
La voix la plus coupante que j’ai pu entendre, mais pas avec Dédé, son grand frère.
Et Dédé baise la main de Madame quand elle sort de l'ascenceur après lui avoir fait la grande scène du départ, c'est pathétique.
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