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Maeva
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Bulles de Nuit
Stylo-plume

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MessageLun 21 Mai 2007, 15:12:05 Répondre en citant
Desperately seeking Bulles de Nuit (Texte I)

Ce long texte est dédié à trois personnes :

à Jean-François Trémaud qui fut le directeur de l'Ecole de Voile "les Catmarins", son grand oeuvre, et à qui je dois ces fabuleux moments de bonheur.

à Syane, pour ses questions interstitielles sur mes meilleurs souvenirs qui ont fait resurgir toutes les jolies images qui me remplissent aujourd'hui d'un grand sentiment de sérénité et de plénitude.

à Zéna, mon arbre tutélaire, qui m'a tendu deux fois la main au-delà des gouffres, la première fois par amour et la seconde fois aussi. Il y a ce lien fort qui trace comme une boucle entre le pianiste qui parle à l'Océan et la curieuse analogie des prénoms Zéna, Maeva et le sien...

Il parait que certains cristaux donnent forme aux rêves quand ils songent.

Je pense que c'est vrai.
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Dernière édition par Bulles de Nuit le Mar 22 Mai 2007, 00:41:10; édité 1 fois
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Bulles de Nuit
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MessageLun 21 Mai 2007, 16:01:13 Répondre en citant
Maeva (1/3)


De l'âge de 11 ans jusqu'à 17 ans, j'ai passé toutes mes vacances de Pâques et une bonne partie des vacances d’été à l’Epine sur l’île de Noirmoutier au centre de voile "Les Catmarins". J'y ai appris à naviguer sur dériveur, j'y ai surtout vécu parmi les plus beaux moments de ma vie.

L'Ecole de Voile "Les Catmarins" était une émanation d'une association de jeunesse dont le siège était situé dans la Loire à Blois. A mon époque le centre était dirigé de main de fer, par un directeur dévoué aux enfants et adolescents et qui avait dédié sa vie à faire de ce centre, une école de voile et une école de vie en transmettant certaines de ses valeurs. Jean-François dit "JF" donnait la possibilité à des enfants de tous les milieux sociaux et de toutes les régions de France de s’épanouir au rude contact de la mer, par la pratique exigeante de la voile et à la condition de bien vouloir se soumettre à une forte discipline... et à des règles de vie en communauté très strictes.

JF, était vraiment l'âme de ce centre, c'est lui qui avait fait édifier les bâtiments principaux (à l'époque les sanitaires, les deux réfectoires munis de tableaux noirs qui servaient aussi de salle de classe pour les cours théoriques). JF était un homme taciturne, un grand blond au visage un peu buriné et aux yeux bleus très clairs, des yeux et le visage typique du marin des films et des bandes dessinées. Je me suis toujours demandé ce qui le torturait, le tourmentait, c’était un taiseux et dans sa jeunesse paraît-il un sacré navigateur, il avait la réputation d'avoir navigué seul sur Flying Dutchmann (qui reste à ce jour probablement le plus beau et le plus fabuleux des dériveurs et qui porte de surcroit un nom extraordinaire dont l'image m'est très chère), je ne sais toujours pas si c’est une légende. JF incarnait les Catmarins, par son talent de directeur, d’animateur du centre, de maçon, de réparateur, par son autorité aussi,et ses idées.

De fait, le centre avait plutôt l'allure d'un camp militaire et proposait un confort spartiate. Nous dormions par catégories d’âge dans d’immenses tentes en toile bleue vraisemblablement récupérées des surplus militaires, sur de petits lits de camps. En me concentrant, je peux encore entendre le vent qui soufflait dans les dunes et qui s'engouffrait sous la tente et ce curieux sentiment de fragilité et en même temps de protection lorsqu'il y avait des tempêtes, tandis que nous étions tous pelotonnés dans nos sacs de couchage. Je me souviens encore des émotions éprouvées à entendre la pluie et le vent qui semblaient certaines nuits vouloir tout arracher, tout emporter, je me souviens encore du bruit qui venait de la plage, du sifflement dans les haubans ou les étais qui battaient furieusement, le soulagement de voir de temps à autre la lumière filtrée d'une lampe de poche vérifiant les attaches de la tente à l'extérieur...

Dans ce camp au confort un peu fruste, la vie de chacun dépendait aussi du comportement des autres, des différentes entraides imposées, du portage des bateaux de la dune jusqu'au rivage, jusqu'aux tours de rangement et nettoyage des réfectoires après les repas communs.

Les filles étaient toutes regroupées sous la même tente, les garçons de l’autre sous l’œil très attentif de JF, qui veillait à ce qu’aucun couple d’adolescent ne se forme. Au cours des six années passées aux Catmarins en tant que stagiaire, je n’ai connu aucun émoi sentimental. Mais la relation qui m'a unit toutes ces années à Maeva, cette lente initiation vers l'Océan, le vent et en définitive vers moi-même n'était-elle pas de l'amour?

********

J’ai commencé comme tout le monde la voile, c’est-à-dire en naviguant dans un de ces petits pots de yaourt à la voile dessinée comme un tétraèdre irrégulier: l'Optimist. J’y ai appris les rudiments, les termes techniques, le safran, les écoutes, la dérive, les différentes allures de navigation, la représentation du vent et le cône de déventement, les premiers coups de bôme, les arrivées de plage, le gréement et même quelques approches tactiques de la régate en flotte.


Mais les vacances aux Catmarins, c’était aussi la découverte de la si belle ’île de Noirmoutier, l’arrivée en car par le passage du Gois, si impressionnant lorsqu’il devenait praticable à marée descendante, c'était aussi le bois de la Chaize avec ses pins et ses chênes où nous jouions le dimanche au Contrebandier ou au Zagamore. C'était aussi le petit port de l'Herbaudière, parfois des marches somptueuses au milieu des marais salants et toutes les odeurs de mer, de fleurs et d'herbe si caractéristiques de l'île. Je me souviens aussi des expéditions de ravitaillement à la petite épicerie de l’Epine où nous achetions des gâteaux, des bonbons, de la crème de marron et pour certains du lait concentré sucré, carburant indispensable avant d'affronter les longues journées de mer.

Les stages duraient 15 jours et s'organisaient autour de briefing théoriques dans les réfectoires autour de tableaux noirs, où nous apprenions le vent, les courants, les vagues, le comportement des bateaux, puis les sorties en mer encadrés pas plusieurs moniteurs à bord de puissants zodiacs. Les grands moments des séjours aux Catmarins étaient le spectacle du centre à la fin du séjour monté conjointement par les stagiaires et quelques moniteurs avec d'extraordinaires moments de fou-rires : la première fois que j'ai vu le sketche du nain, et puis aussi toutes les parodies, les imitations, et la soirée dansante finale où nous dansions sur les airs de la Compagnie Créole "vive le douanier Rousseau"!

Enfin, chaque dernière nuit du séjour, le grand bivouac était un moment d'aventure où nous nous prenions pour des Indiana Jones en herbe. Nous partions de l'Epine chargés de victuailles et d'eau pour une très longue marche le long des plages de l'Ile, avec comme point d'orgue un gigantesque barbecue et une nuit à compter dans le ciel les étoiles filantes et à adresser mille voeux aux mystères de l'Univers. S'il y a quelque chose qui doit ressembler le plus au bonheur, peut-être qu'il se trouve dans tous ces moments insouciants et merveilleux aux Catmarins et que je garde précieusement au fond de moi.

A l'époque ce qui nous importait le plus , c'étaient les régates de fin de stage avec la traditionnelle remise des prix solenelle lors de la grande fête du Centre.

Nous attendions tous les régates pour pouvoir mettre en application les enseignements reçus et nous mesurer les uns aux autres car l'instinct de compétition était fort parmi les stagiaires. Cette année là les régates furent une catastrophe, 22 bateaux au départ et un classement pitoyable: 10ème, 11ème, 14ème. Je pleurais de rage contre mon incapacité à maîtriser l'exercice, contre mon manque d'habileté sans compter ce qu'allait dire Mars.

Pour cette première année, j’étais simplement incapable de comprendre les bascules de vent, incapable de m’adapter à une modification sur le plan d'eau, incapable d'apprécier les tactiques. Je ne faisais qu’appliquer les principes et les préceptes mais sans réellement comprendre, ni sentir le vent, la mer, mais plus encore incapable de sentir la volonté du bateau.

Je n'étais pas un marin, j'étais un corps étranger sur l'Océan.
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Dernière édition par Bulles de Nuit le Mar 22 Mai 2007, 00:55:34; édité 1 fois
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Bulles de Nuit
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MessageLun 21 Mai 2007, 17:16:00 Répondre en citant
Maeva (2/3)

L'année suivante, après avoir continué encore un été sur Optimist et des résultats en régate sensiblement identiques à ceux du premier stage, je m’attendais à passer en Optimist Perfectionnement mais pour une raison que j’ignore encore on m’a proposé de naviguer sur un vrai bateau, un dériveur à deux équipiers.

Mon meilleur ami Jérôme fit le choix de rester en Optimist pour continuer à apprendre. La curiosité, le goût de la nouveauté m'incitèrent à accepter cette proposition. J’avais sympathisé avec un petit rouquin facétieux dans le car qui nous conduisait de Paris sur l’île de Noirmoutier, un garçon de mon âge, et il est naturellement devenu mon équipier. Et c’est ainsi que nous avons tous les deux découvert ce dériveur particulier lancé par le célèbre journal sportif éponyme « L’Equipe ». La flottille des Catmarins comportait une dizaine de 420, une dizaine de Vauriens, deux Caravelles et quatre Equipes. Ceux qui naviguaient sur Vaurien ou 420 étaient les plus âgés.

Les Vauriens méritaient bien le nom de leur bateau. C’étaient en général, les plus vieux, les plus emmerdeurs et les plus grandes gueules, ceux qui jouaient les caïds au Centre. Les 420 regroupaient quant à eux la crème des stagiaires, c’était en quelque sorte l’élite des jeunes marins du centre, ils formaient une caste respectée et nous admirions la vitesse et l'aisance de ces bateaux dans la houle, et surtout l'incroyable sensation de puissance qu'ils dégageaient au près sous une forte gite.
Les Equipes, elles, accueillaient de jeunes stagiaires et nous fumes séparés en deux groupes : Equipes Perfectionnement qui avaient l'honneur de naviguer avec les 420, Equipes Initiation qui naviguaient avec les Vauriens. A part les Optimists qui avaient des numéros, tous les autres types de bateau portaient un nom. Je ne me souviens plus du nom que portait notre Equipe.


Bien évidemment, nous étions dans le groupe Initiation. Très vite, une très grande rivalité s’installa avec l’autre équipage débutant, et le barreur qui était mon voisin dans l’immense tente se révéla un adversaire très coriace, il apprenait vite et cette relation instaura une émulation qui fit finalement merveille en terme d'apprentissage et d'instinct de compétition. Rapidement il devint évident que nous étions nettement au-dessus du niveau des Vauriens, pourtant plus toilé, mais tellement plus lourds. JF qui observait toujours avec ses jumelles dans les dunes l'évolution et la détermination des stagiaires, prit la décision de confier les deux équipages à un binôme de moniteurs. Il y eut donc un zodiac spécialement affecté à deux bateaux, ce qui était très rare et je pense que nous n'avons jamais pris conscience de ce que cet acte fort signifiait.

Je me souviens très bien des moniteurs que nous avions, une jeune femme plutôt jolie dont le prénom m'échappe qui nous enseignait les rudiments de la navigation en équipage sur dériveur et Eric, un jeune homme très pince sans rire avec une grande mèche brune qui m’a transmis (hors tout ce que je lui dois pendant les régates) ce qui est devenu une de mes expressions favorites « sache-le ça, sache le bien ! ». Il le disait toujours avec distanciation et un petit rictus au coin de la bouche signifiant qu'il trouvait cette expression incroyablement incongrue et presque inconcevable à dire sérieusement. Cette expression je l'ai faite mienne et j'ai repris exactement le même ton, la même intention, la même intonation et le même rictus que ceux d'Eric.


Nous apprenions donc les premières manœuvres avec les Equipes, et peu à peu nous commencions à acquérir la coordination, et l'entente si nécessaires en voile, ce moment rare où les gestes des deux équipiers sont parfaitement synchronisés pour atteindre le même but pendant les manoeuvres, le même souci de perfection dans l'exécution des gestes. Nous avions tous les deux un très fort instinct de compétition, nous nous engueulions souvent, mais nous étions farouchement déterminés à être les plus rapides.

Un jour, on nous distribua des harnais : des couches de trap’ pour que l’équipier puisse sortir du bateau au trapèze en rappel. Cette manoeuvre suppose une très grande confiance de la part de l'équipier pour son barreur, qui lui sur ce genre de dériveur, doit se contenter des sangles de rappel aux pieds pour sortir le corps du bateau pour limiter la gite du bateau. Les remontées au près n’étaient pas très agréable sur Equipe, mais aux allures de portant, largue et grand largue, c’était une sensation inoubliable, la vitesse du bateau était impressionnante et nous nous efforcions de maintenir le bateau le plus plat possible.

Eric m’aimait bien, il me regardait toujours en haussant un ou deux sourcils avec un air faussement sévère prêt à déclencher un "sache-le bien" du plus bel effet. J’étais un adolescent perturbé, différent, Mars était à l'hôpital, j’apprenais la confiance en moi et c'est aussi par la voile que je me suis affranchi de la pression de mon père et que j'ai pris conscience que je n'étais pas si incapable et que je pouvais avoir des raisons d'être fier de moi. A part mon équipier sur le bateau, je n’étais pas très apprécié des autres adolescents. Eric, lui m’aimait bien, il me fascinait et j'étais avide de toutes les informations qu'il pouvait me donner en matière de navigation. Il me donnait toujours un ou deux conseils supplémentaires après le briefing du matin, dans la voilerie. "Garde le bateau le plus plat possible, lofe au près serré en cas de gite plutôt que de choquer les écoutes de grand voile, observe le plan d’eau et essaye de repérer les risées, en régate pars toujours lancé du meilleur côté de la ligne et toujours tribord amure en régate pour avoir la priorité et forcer les autres à s'écarter, veille à ce que le génois et la grand voile soient parallèles, veille à répartir le poids de vos corps dans le bateau pour le garder le plus plat possible, ni trop à l'avant ni trop en arrière sache-le ça Bulles, sache-le bien!".


Comme l'année précédente, le soir il y avait toute une série d’activité aux Catmarins, du babyfoot, au ping-pong ou des jeux sur la plage. La grande nouveauté était la salle informatique que JF, visionnaire, avait équipé d’Amstrad pour nous familiariser avec l’informatique même si c’était pour faire des jeux vidéos. Il y avait aussi une pièce que je n'avais pas vu l'année précédente : c'était une bibliothèque que je ne fréquentais d'ailleurs toujours pas. Elle était austère et ne ressemblait pas à une bibliothèque dont on peut rêver, les étagères en contreplaqué n'avaient aucun charme, et elle était remplie d’ouvrages spécialisés sur la voile, la régate, la météorologie, les vagues, l’océan, il y a avait aussi des récits de course, une histoire de la coupe de l’America et des tentatives ratées de Sir Thomas Lipton pour rendre la fameuse Aiguière d'Argent à l'Angleterre, bref c'était rempli d'ouvrages qui ne m’intéressaient pas beaucoup à l’époque. Il y avait heureusement quelques BD de Michel Vaillant et de Jack Palmer.

*******
Régates

La fin du séjour approchait avec le rituel des régates finales. Pour des raisons de commodité les régates étaient des courses en flotte mêlant 420, Vauriens et Equipes. Cinq régates pour se départager avec un classement général et un classement particulier pour chaque type de bateau. Il y avait un double enjeu pour moi : arriver devant l'autre équipage Initiation et surtout arriver devant les 2 Equipes Perfectionnement.

Eric m’avait appris à chronométrer et à tester la ligne de départ, il fallait chronométrer à partir d’un point le temps pour arriver lancé au moment du signal du départ sur la ligne, tribord amure quitte à virer de bord ensuite pour choisir la meilleure partie du plan d’eau. Il m'avait appris à tenir compte du courant en observant la dérive à la cape et il me répétait sans cesse que le bateau le plus plat et le mieux réglé serait le plus rapide à toutes les allures.

Les huit 420 naviguaient entre eux, cerclant comme des requins autour de la ligne de départ, ils étaient impressionnants de vitesse, d'habileté, d'élégance et de maîtrise, la dizaine de Vauriens était un peu à l'écart, nous étions marqués de près par l'autre Equipe Initiation, les deux Equipes Perfectionnement tentaient de s'insérer au milieu des 420. L'instant tant attendu était enfin arrivé.

Lors des cinq régates, j'ai appliqué tous les conseils d'Eric, du moins tous ceux que j'étais à l'époque en mesure d'assimiler, nous avons réalisés de très bons départs et nous fûmes toujours dans le rythme des 420. Lors de chacune de ces régates, nous avons toujours devancé les autres Equipes et Vauriens jusqu'à l'apothéose de la régate 2 où nous sommes arrivés 3ème au général, nous étions arrivés devant cinq 420! Ce fut un sacré coup de tonnerre au Centre et je crois que je me souviendrais toujours d'Eric dans la voilerie qui m'a pris à part, en haussant de façon caractéristique un de ses sourcils : "bien joué Bulles, sache-le, bien joué sache-le bien!". Conséquence directe ou non, lors des régates 3, 4 et 5 les 420 étaient intouchables, ils étaient les seuls autorisés à naviguer sous spi (interdit lors des deux premières régates pour tout le monde).

Lors de ce séjour, j'ai gagné l'estime d'Eric, celle de JF aussi et plus encore, j'ai gagné l'estime de moi-même.

Chez les 420 la lutte fut serrée, jusqu’à la régate 5 et ce fut un certain Philippe, un garçon de 16 ans qui l’emporta en gagnant la dernière régate. Et j'ai cette image gravée en moi, Philippe avait franchi la ligne et revenait tranquillement un peu à l'écart de la flotte, il était debout la main gauche sur la barre, et il tendait le poing droit, simplement impérial mais pourtant sans ostentation, il avait juste gagné, c'était le meilleur marin du centre.
La coque de son 420 était vert pomme. C'était son bateau fétiche, il n'avait pas navigué sur un autre bateau depuis le début du séjour.

J’étais déjà intrigué. Maeva.
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Dernière édition par Bulles de Nuit le Mar 22 Mai 2007, 11:18:48; édité 2 fois
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Onde
Plume d'oie

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MessageLun 21 Mai 2007, 21:24:41 Répondre en citant
Bulles de Nuit a écrit:

à Syane, pour ses questions interstitielles sur mes meilleurs souvenirs qui a fait resurgir toutes les jolies images qui me remplissent aujourd'hui d'un grand sentiment de sérénité et de plénitude.


Et par ricochet, ton texte qui me ramène à de jolis souvenirs de colonie de vacances en stage de voile. merci Smile
C'est quand la suite ?
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Bulles de Nuit
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MessageMar 22 Mai 2007, 01:10:39 Répondre en citant
Onde a écrit:
Bulles de Nuit a écrit:

à Syane, pour ses questions interstitielles sur mes meilleurs souvenirs qui a fait resurgir toutes les jolies images qui me remplissent aujourd'hui d'un grand sentiment de sérénité et de plénitude.


Et par ricochet, ton texte qui me ramène à de jolis souvenirs de colonie de vacances en stage de voile. merci Smile
C'est quand la suite ?


Il faut que je les reprenne avant de poster la suite. Mais c'est l'heure du dodo... Wink kis
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MessageMar 22 Mai 2007, 15:16:22 Répondre en citant
Maeva (3/3)


L’année suivante, en arrivant à l'Epine j’avais une petite réputation. Déjà dans le car, j'avais cru voir JF me décrocher un de ses rares sourires accompagné d'un clin d'oeil. Une excellente nouvelle m'attendait aux Catmarins, Eric était encore là et il était cette fois en charge des 420 en compagnie de Damien un colosse, aussi gentil qu'il était impressionnant physiquement.

Malgré mon poids insuffisant théoriquement, je fus intégré dans le groupe des 420. Eric et Damien avaient déterminé les équipages en fonction du poids et de l'expérience. Eric vint me voir après le petit déjeuner juste avant le premier briefing :
- Bulles, je t'ai mis avec Stéphane, il a 17 ans et c'est un excellent équipier, tu devras être un aussi bon barreur que l'an dernier. D'accord?
- OK
- Sache-le!.

Puis il poursuivit :
- "L'affectation sur les bateau est aléatoire, mais si tu es déterminé tu pourras faire le séjour sur le même bateau. Essaye de prendre Kamock, il est très beau, tout blanc, c'est le plus neuf et le plus rapide".
- "Comment s'appelle le 420 vert pomme?"
- "ahh, Maeva, c'est un bateau étonnant, bien plus vieux mais qui a un excellent cap, ce serait mon deuxième choix".
Alors, j'ai soulevé mon sourcil gauche comme Eric le faisait et j'ai affirmé avec aplomb et un petit rictus au coin de la bouche : "Je vais naviguer sur Maeva. Sache-le bien!".

Contrairement aux Vauriens qui avaient tous une couleur assez hideuse d'orange virant sur le marron, les 420 étaient de couleur différentes : il y en avait un bleu marine, 3 jaunes, un bleu ciel, un vert pomme, un blanc, un jaune sombre. Tous les bateaux avaient un nom, je ne me souviens plus de tous : Soledad avec ses caissons bleu ciel et à la couleur passée semblait porter une robe andalouse; Kamock dans sa tenue blanche était simplement élégant, il me faisait penser à un maître d'hôtel d'un restaurant chic parisien. C'était un bateau racé; Naïade avait la plus belle coque : un bleu marine qui virait sur le bleu nuit, à l'oeil, le contraste du bois patiné du panneau arrière sur cette coque était simplement magnifique. Et puis quel nom, il était si évocateur, si sensuel. Malheureusement Naïade était le plus vieux bateau, le plus lourd et il prenait l'eau; Il y avait aussi Téthys avec sa coque jaune d'oeuf.
Et puis il y avait Maeva, avec ses caissons vert pomme très clairs. Maeva n'était pas nécessairement d'une très jolie couleur mais on pouvait repérer sa coque très loin sur la mer. Et le vert pomme sur la coque effilée du bateau lui conférait une sensualité, une féminité troublante. On avait envie de laisser promener sa main sur elle, la caresser, la parcourir délicatement de ses doigts, pour éprouver chaque endroit de sa coque, chaque impact, chaque creux. Le lien qui m'unit peu à peu à Maeva exprimait aussi ma sensualité naissante de jeune adolescent. J'investissais Maeva de mon esprit, je lui conférais des qualités magiques et surnaturelles, lorsque je montais à bord, elle devenait moi et je devenais elle. Je crois que je l'aimais.


L’apprentissage du 420 fut rapide, bords de largue, empannage sous spi, déplacer le tangon, génois en ciseaux, veiller à ce que le spi soit gonflé en permanence, surveiller les départs au lof, modification du réglage du halebas... J'appris les virements bascule qui permettent de gonfler instantanément les voiles sur les virements de bord, ce qui permettait de limiter les pertes de vitesse. Les compromis cap/vitesse. Stéphane mon équipier connaissait parfaitement les manoeuvres, il me donnait des conseils, me faisait prendre confiance en moi en louant mon toucher de barre et mon toucher de vague. Il m'a appris aussi, durant les grandes balades jusqu'à la bouée des 10 milles, les pires chansons paillardes que j'ai jamais entendues.

Avec Stéphane, à bord de Maeva, je me sentais en sécurité et j'étais pleinement heureux. Je voulais apprendre et apprendre encore. J'étais un puit sans fond, j'écoutais Eric, j'écoutais Stéphane. Le soir et contrairement aux années précédentes, j'allais dans cette affreuse salle de bibliothèque et je lisais les ouvrages qui s'y trouvaient. J'appris à reconnaître les nuages et à savoir de quel côté les prendre pour bénéficier du vent, j'appris à détecter sur la mer les signes qui indiquent que le vent va fraîchir et monter sur l'échelle Beaufort (ce qui permet d'anticiper et de mettre un ou deux ris dans la grand-voile, ou de remplacer très tôt un génois par un foc), j'appris les brises thermiques et surtout je me plongeais dans les ouvrages tactiques. Bientôt les notions de contrôle, de batailles de virement de bord, d'engagement, de déventement de navire précédant n'eurent plus de secret pour moi. J'appris les écoulements laminaires entre les voiles, le jeu sur le chariot d'écoute pour creuser ou aplatir la grand voile et son bord d'attaque similaire au comportement d'une aile d'avion.

Le soir, j'allais sur la plage et je m'asseyais contre Maeva. Je passais la main sur sa coque et je lui parlais de tout ce que j'avais appris, de tout ce que nous allions mettre en pratique le lendemain matin. Ma volonté de faire corps avec ce bateau était telle que mon esprit lui transférait une étincelle magique et j'étais persuadé qu'elle me comprenait.

Maeva m'impressionnait vraiment. Depuis toujours, la mer est mon élément, mon signe astrologique aidant probablement à m'identifier à l'Océan. Et j’ai fait corps avec Maeva, j’ai été ce bateau jusqu’au plus profond de moi, j’ai eu l’impression d’une symbiose totale, je ressentais le moindre craquement, la moindre tension dans sa coque, dans la voile. J'ai investi tout mon esprit et tous mes rêves en elle, comme si j'avais pu lui transférer ma volonté. Par Maeva, j'entrais en contact profond avec l'Océan, j'étais une particule en contrôle d'un élément de l'univers encore plus grand et bien plus puissant. Pour Maeva, je voulais parvenir à un état supérieur de fluidité, de glisse et d'élégance. C'était une quête presque mystique de perfection dans les manoeuvres, atteindre une synchronisation parfaite avec mon équipier pour que le bateau souffre le moins possible. Je bloquais rarement l’écoute de grand-voile dans le taquet coinceur pour pouvoir sentir la puissance du vent dans le bras jusqu’à ce que j’ai mal, cela me permettait de jouer avec le réglage de la voile en permanence et m’adapter aux risées. Pour la barre, je voulais être le plus fin possible, le plus fluide dans la houle, refusant les chocs d’étrave, je manoeuvrais imperceptiblement lofer, abattre sur les vagues en conservant le cap.

Ce sentiment parvint à son apogée, lorsque nous apprîmes à utiliser le spi. Sur toutes les allures de portant, vent arrière, largue et grand largue, nous lancions le superbe spinnaker bleu marine de Maeva. L'impression de vitesse était phénoménale, Stéphane était au trapèze, Maeva partait au planning la dérive relevée sur plus de la moitié de sa longueur et qui vibrait dans tous les sens avec le bruit d'un moteur dans le puit de dérive. Il nous arrivait même de dépasser des planches à voile. Nous ne formions alors qu'un seul organisme glissant sur la mer, et nous étions tellement saturés d'adrénaline que nous ne pouvions qu'hurler notre bonheur de vivre un pareil instant d'éternité. Dans ces moments, je faisais partie du vent, je faisais partie de l'Océan, je faisais partie de Maeva, je devenais Maeva, j'étais un bateau long de 4 mètres qui parfois souffrait, se tendait, fendait la vague, soulevait l'écume. Maeva glissant sur les flots était un prolongement de mon esprit, de mon être et de mon âme, elle était une protubérance de ma volonté, de mes désirs et de mes rêves.

En voguant sur Maeva, je me trouvais moi-même.

*************


Tout ne fut cependant pas idyllique à bord de Maeva, nous avons connu des moments délicats, notamment la fois où un coup de bôme m’a éjecté du bateau. C'est Eric qui m'a récupéré et hissé sur le zodiac alors que je flottais dans l’eau grâce à la brassière à moitié assommé. Nous avons vécu aussi un gros dessalage avec Stéphane au rappel coincé sous la coque qui ne remonte pas, la couche de trap coincée dans les haubans mais respirant sans aucun problème sous l'abri formé par la coque quand le bateau est retourné. Il y a eu des péripéties, la drisse de Grand voile qui a cassé la veille de la première régate et qu'il fallut réparer dans la nuit, un choc avec Soledad qui a fait un trou dans la coque, réparé avec de la fibre de verre par ce colosse de Damien et poli par mes soins, au papier de verre.

Et ce fut l'heure des régates finales. Juste après la réparation, j'avais collé un petit autocollant sur le panneau avant de Maeva avec ces mots que j'avais trouvé dans un livre sur l'histoire de la Coupe de l'America : 8 tactiques étaient inscrites sur le roof du bateau Australia lors de l'America's cup 1983 qui mit fin à 150 ans d'hégémonie américaine dans la célèbre course. J'avais donc inscrit la 8ème tactique sur l'autocollant : GO FASTER! Et c'est le cri que nous avons poussé sur chaque départ des 5 régates avec Stéphane.

Le problème était simple, Kamock avait une meilleure vitesse, mais Maeva tenait un meilleur cap. Les conditions de vent furent parfaites durant les régates oscillant entre force 3 et force 5, fraichissant 6. Alors que d'habitude nous étarquions nous mêmes le génois, j'avais demandé à Damien de peser de tout son poids, pour posséder une voile d'avant la plus étarquée possible pour tenir le meilleur cap possible au près serré.

Cette année là, sur toutes les régates nous avons engagé Kamock dans une bataille de virements de bord afin qu’il ne profite jamais de sa vitesse supérieure et profiter du meilleur cap de Maeva. Cette année là nous aurions du perdre la régate 3, mais Kamock fut victime d'un spectaculaire départ au lof sous spi et d'un dessalage impressionnant. Cette année là, nous avons gagné toutes les régates, et à chaque fois une fois la ligne franchie, voiles choquées, je me suis levé et tenu très droit regardant droit vers le zodiac d'Eric avec le poing droit levé.

Et lui à la dernière régate, avec son sourcil gauche relevé :

- Bien joué Bulles! Sache-le! Je suis fier de toi, sache-le bien!"

Et je souriais tellement j'étais heureux.
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Bulles de Nuit
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MessageMar 22 Mai 2007, 15:32:07 Répondre en citant
Maeva, Epilogue.


Ces moments sur Maeva, figurent assurément parmi les plus beaux moments de ma vie, j’ai été profondément heureux, le bonheur, l’énergie incroyable de l'Océan, du vent, la découverte et l’apprentissage d’un sport, la volonté de se dépasser, de se surpasser sous l'oeil bienveillant d'Eric qui m'a fait confiance très vite. Naviguer a été pour moi une quête initiatique qui m'a construit. L’expérience de transférer son esprit à la matière figurent parmi mes meilleurs souvenirs, il y a un lien entre la matière et la vie, celui du rêve.

Parler de Maeva aujourd’hui, me donne une sérénité et une force splendide.


En 2004, à l’occasion d’un séjour en Vendée, j'ai voulu revoir le Centre de Voile des Catmarins. Nous sommes retournés avec mon meilleur ami Jérôme à l’Epine, sur l’île de Noirmoutiers. Il n’y avait plus les tentes spartiates, à leur place des bâtiments en dur qui avaient l'air d'être confortables. Nous sommes entrés dans une des salles pour demander à voir JF l’emblématique directeur du centre, l’âme de ce lieu. En un instant, nous y avons reconnu les odeurs particulières, la craie, la poussière, l’odeur du pain du petit déjeuner, et un flot de souvenirs m'a assailli au point d'en avoir les larmes aux yeux.

JF n'était pas là, il ne sera plus jamais là. Il s’est suicidé à l’hiver 2003, j’espère que là où il est, il est à bord d'un Flying Dutchman et qu'il vogue de façon élégante sur des eaux calmes.

Les 420 ont tous été vendus il y a bien longtemps. Sur la plage maintenant il n'y a plus que des catamarans, des hobbiecat.

Je ne sais pas ce qu’est devenu Maeva, peut-être qu’elle navigue encore, peut-être que des enfants apprennent encore la voile grâce à elle. J'aime imaginer que sa jolie coque vert pomme continue à se jouer de la houle et qu'elle communique à un autre enfant tout l'amour et tout le bonheur que j'ai éprouvés à son bord.


Sail away Maeva. Je t'aime.


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MessageMar 22 Mai 2007, 15:34:06 Répondre en citant
J'ai vraiment apprécié ce texte, Bulles ! Sache-le ! tongue:

Même le jargon technique ne m'a pas dérangée, tant j'ai vu les images défiler !
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MessageMar 22 Mai 2007, 15:58:08 Répondre en citant
Onde a écrit:
J'ai vraiment apprécié ce texte, Bulles ! Sache-le ! tongue:

Même le jargon technique ne m'a pas dérangée, tant j'ai vu les images défiler !


J'adore ce "sache-le". Merci Onde. kis

J'aimerais bien t'entendre parler de tes images et de ta découverte de la voile. Wink
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MessageMar 22 Mai 2007, 22:58:21 Répondre en citant
Bulles de Nuit a écrit:
[
Il parait que certains cristaux donnent forme aux rêves quand ils songent.

Je pense que c'est vrai.


Comme disait Théodore, j'y crois aussi Wink

Depuis tout petit j'aime lire, pour apprendre, pour rêver, pour m'évader
rien ne vaut un moment dans une chaise longue, au soleil, l'été, moitié à l'ombre moitié au soleil, un bouquin dans les mains
j'adorais quand j'avais une baignoire un bon bain bien chaud, lire longuement, faire recouler l'eau chaude et continuer à rêvasser en lisant

Ton histoire, qui a un côté "Les choristes" par son aspect "remenber", je suis content d'avoir attendu que tu aies mis le 3e volet pour la découvrir. Bien que n'ayant jamais mis les pieds sur un bateau que pour me faire guider vers une autre île, et ne sachant toujours pas si tribord est à gauche ou à droite, j'ai pris beaucoup de plaisir à lire ton récit. Merci...

Ton récit me rappelle un livre de Roger Vaillant, sur un boxeur, je ne comprenais rien aux mots techniques mais j'ai adoré l'histoire, comme quoi, les émotions comptent plus que le sujet...

J'en profite, j'ai la collect de Michel Vaillant en double exemplaire (un lot acheté pour quelques EO intéressantes), tu ne voudrais pas me les acheter ?
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MessageMar 22 Mai 2007, 23:16:29 Répondre en citant
Pour moi c'est tout à fait d'autres images...Je me suis retrouvée une seule fois à bord d'un catamaran, de façon tout à fait fortuite au large de Goa, accompagnée d'un garçon français au caractère égal qui évoquait ses années de vacances à la mer.
Une façon de constater le décalage de ma vie avec celle des autres.
Je ne connaissais pas ces vacances, ces week-ends, les côtes françaises, leurs loisirs et leurs voiles. Ce n'est pas mon monde et j'en ai eu jusqu'à un malaise de cette "marginalité" qui me poursuit.
Ils ne sont pas à moi ces souvenirs, je n'ai pas été forgée dans cette eau salée. Parfois, je me sens mal d'y penser. De n'avoir pas le même passé.
Avec qui partager un monde à soi ?


Pardon pour cette intervention absolument personnelle.
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Margot
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MessageMar 22 Mai 2007, 23:33:58 Répondre en citant
Arwenn a écrit:
Avec qui partager un monde à soi ?

Cette phrase-là, elle est magnifique !

Je crois que c'est ça, l'amour.

Dis Arwenn, si tu n'es pas une fille de la mer, quels souvenirs gardes-tu de ton enfance, de l'éveil des sens dans la nature ? La campagne, la forêt, la montagne, des odeurs de confitures maison ou des bruits de ville rassurants ?
Et quelle est cette marginalité qui te poursuit ? Tu as le sentiment d'être différente de qui ? des autres filles, des gens de ta génération, de ce que l'on attend de toi ?
Je te fais plein de bisous, je ne te sens pas super sereine sur ce coup-là. lightkyle

Dis, Bulles, si tu souhaites garder intact ton topic, on peut demander à Onde de créer un topic "Madeleine de Proust". Smile
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Bulles de Nuit
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MessageMar 22 Mai 2007, 23:41:47 Répondre en citant
Margot a écrit:


Dis, Bulles, si tu souhaites garder intact ton topic, on peut demander à Onde de créer un topic "Madeleine de Proust". Smile


Non au contraire, c'est pas du flood, ce sont des histoires qui semblent personnelles et fortes. C'est peut-être encore indirectement la puissance magique de Maeva qui se manifeste, une sorte de boucle, un éternel retour après le crépuscule des dieux.

Dans ce Valhala, les Walkyries sont jolies.
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MessageMar 22 Mai 2007, 23:58:55 Répondre en citant
Arwenn a écrit:

Ils ne sont pas à moi ces souvenirs,

Avec qui partager un monde à soi ?



Justement, quels sont-ils ces souvenirs. Qu'aurais-tu écrit si Syane t'avait posé une de ses trois questions?
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Arwenn
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MessageMer 23 Mai 2007, 00:04:47 Répondre en citant
Margot a écrit:

Et quelle est cette marginalité qui te poursuit ? Tu as le sentiment d'être différente de qui ? des autres filles, des gens de ta génération, de ce que l'on attend de toi ?
Je te fais plein de bisous, je ne te sens pas super sereine sur ce coup-là. lightkyle


je ...ne peux pas te répondre comme ça, c'est un vaste problème de constitution en moi, l'absence de noyau, je le ressens plsu ou moins bien ou fortement mais ce n'est pas le jour, le moment, le lieu, pour trouver les mots. et puis, ce n'ets rien au fond, vraiment je sais pas ce qui me prend c'est pas grand chose sauf une idée puérile, je pense. Merci margoton.
Citation:
Dis Arwenn, si tu n'es pas une fille de la mer, quels souvenirs gardes-tu de ton enfance, de l'éveil des sens dans la nature ? La campagne, la forêt, la montagne, des odeurs de confitures maison ou des bruits de ville rassurants ?

L'odeur du métro de moscou. Brel, Vyssotski dans mes oreilles. la pléiade de rimbaud dans ma poche, et mes chaussures bleu gris poussiéreuses. La chaleur sèche et la poussière des platanes des artères de la capitale russe. Mon unique jean troué au genou gauche et ma maigreur, avant le goût du thé noir de ceylan trop sucré et du pain noir au beurre sans sel aux oeufs de saumon. le goût de la bière que je ne buvais pas, du poisson sec, sur les lèvres d'un adolescent aux yeux de chat bleus. Les pastèques sur les bords des trottoirs et l'éclat jaune des appartements en pleine nuit. l'absence de volets et de vrais lits. Ma liberté et ma solitude accompagnée. Des rires et mes pensées.
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MessageMer 23 Mai 2007, 00:09:48 Répondre en citant
Bulles de Nuit a écrit:
Qu'aurais-tu écrit si Syane t'avait posé une de ses trois questions?


quelles sont mes armes ? mon meilleur souvenir ? mes peurs ?

ça vaut la peine d'y réfléchir.

je vais y réfléchir.
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MessageMer 23 Mai 2007, 10:07:18 Répondre en citant
Cher Bulles de Nuit, ta petite dédicace me touche énormément.
Vraiment heureuse que ces questions ne t'aient pas dérangé, et que ce soit l'inverse qui se soit produit.

Mercis surtout de nous offrir ce récit, très beau, que je viens de lire d'une traite.
Faute de temps (je me trouve actuellement dans un cyber café en temps limité, privée d'internet à domicile jusqu'à demain sans doute), je ne peux pas m'y plonger ( Wink ) comme je le souhaiterais dans l'immédiat.
Mais dès que possible, j'y reviendrai.

Parfois je pense aux Bulles...de jour.
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MessageMer 23 Mai 2007, 14:28:29 Répondre en citant
Syane a écrit:
Parfois je pense aux Bulles...de jour.


Mais c'était un fake, les Bulles de jour lol7:

Hein Bulles de nuit Wink
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MessageMer 23 Mai 2007, 14:55:49 Répondre en citant
Bluedream a écrit:
Syane a écrit:
Parfois je pense aux Bulles...de jour.


Mais c'était un fake, les Bulles de jour lol7:

Hein Bulles de nuit Wink

C'est quoi un "fake" ? pensif

Coucou Blueblue ! kis
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MessageJeu 24 Mai 2007, 11:06:25 Répondre en citant
Syane a écrit:
Cher Bulles de Nuit, ta petite dédicace me touche énormément.
Vraiment heureuse que ces questions ne t'aient pas dérangé, et que ce soit l'inverse qui se soit produit.

Mercis surtout de nous offrir ce récit, très beau, que je viens de lire d'une traite.
Faute de temps (je me trouve actuellement dans un cyber café en temps limité, privée d'internet à domicile jusqu'à demain sans doute), je ne peux pas m'y plonger ( Wink ) comme je le souhaiterais dans l'immédiat.
Mais dès que possible, j'y reviendrai.

Parfois je pense aux Bulles...de jour.


calins
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MessageJeu 24 Mai 2007, 11:09:56 Répondre en citant
Margot a écrit:
Bluedream a écrit:
Syane a écrit:
Parfois je pense aux Bulles...de jour.


Mais c'était un fake, les Bulles de jour lol7:

Hein Bulles de nuit Wink

C'est quoi un "fake" ? pensif

Coucou Blueblue ! kis


Un "fake", ce serait un "faux". Or Bulles de Jour n'était pas un "faux" ni une imposture, c'était un clin d'oeil de Bluedream aux bulles de nuit. Un clin d'oeil très personnel aussi, puisqu'il a exprimé dans un texte des choses très intimes et très personnelles. C'était très beau, de même que l'intention qui présidait à la publication de ce texte.

Cela dit je ne pense pas que Syane faisait référence au texte de Bluedream. Wink
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Dernière édition par Bulles de Nuit le Jeu 24 Mai 2007, 11:16:32; édité 1 fois
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MessageJeu 24 Mai 2007, 11:12:41 Répondre en citant
Arwenn a écrit:
la pléiade de rimbaud dans ma poche, et mes chaussures bleu gris poussiéreuses.
[...] les lèvres d'un adolescent aux yeux de chat bleu.


Je te visualise très bien sur ce coup là.

J'ai enlevé le "s" à bleu, parce que ça fait rêver d'avoir les yeux d'un chat bleu.

kis
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MessageJeu 24 Mai 2007, 11:59:20 Répondre en citant
Bulles de Nuit a écrit:
Cela dit je ne pense pas que Syane faisait référence au texte de Bluedream. Wink


Pfff, elle n'était même pas "née" à l'époque, il aurait fallu qu'elle se plonge dans les abîmes virtuelles pour retrouver ce long topic où, effectivement, j'avais amorcé un récit très intime qui avait débouché sur de longs épanchements d'autres personnes, à une époque où on pouvait raconter sa vie sans se faire troller.
Et j'avais momentanément abandonné mon pseudo d'Alexis pour prendre celui de Bulles de jour sunglasses en clin d'oeil à son Bulles de nuit qui avait abordé, également, des choses très intimes.

Un fake, Margot, c'est un montage photo qui permet de proposer des photos de célébrités souvent toutes nues avec des super grands attributs ou dans des situations rocambolesques, tu trouves ça sur plein de sites spécialisés qui ne sont pas visibles sans accord parental :titi
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MessageJeu 24 Mai 2007, 13:11:59 Répondre en citant
Bluedream a écrit:
Un fake, Margot, c'est un montage photo qui permet de proposer des photos de célébrités souvent toutes nues avec des super grands attributs ou dans des situations rocambolesques, tu trouves ça sur plein de sites spécialisés qui ne sont pas visibles sans accord parental :titi

Merci Blue-blue !
C'est super, parce que je vais pouvoir étaler mes connaissances toutes neuves face à mes p'tits d'jeuns : quand on étudie l'autobiographie en 3ème, je leur parle du site de Brett Easton Ellis qui propose des photos truquées en référence à des événements complètement bidons de sa vie, pour leur expliquer la différence entre le genre autobiographique et celui de l'autofiction.
C'est un fake alors, son site ?
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MessageJeu 24 Mai 2007, 13:59:18 Répondre en citant
Toi qui aime la précision, le fake est un "montage photo bidouillant 2 ou plusieurs photos", comme le fait de prendre la tête d'Yno pour la coller sur le corps d'une blondasse (je sens qu'elle va adoré mon exemple)

donc ton site comporte des fakes, oui, mais le site n'est pas un fake.
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