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Le Visage de la Mort.
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Bulles de Nuit
Stylo-plume

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MessageLun 19 Mar 2007, 16:54:39 Répondre en citant
Le visage de la Mort. (1/2)


Je n’avais pas tout à fait 12 ans, nous devions partir à Tignes comme chaque hiver pour faire du ski. Je redoutais évidemment ces vacances : surtout veiller à ne pas faire de bêtises, à ne rien oublier, à ne rien faire tomber, à ne pas apparaître mou, à ne pas répondre d'âneries quand on m'interroge, bref autant en faire le moins possible, se taire et surtout ne pas risquer de lever la tête et de plonger mon regard dans les yeux bleus acier. J’étais comme à chaque fois que je me retrouvais avec Mars, paralysé par la peur, physique et psychologique, une peur panique qui me tétanisait et me hérissait de terreur.

Mais cette fois, Mars était malade, il trainait quelque chose depuis deux ou trois semaines. Des problèmes respiratoires apparemment et il était encore un peu faible d'un zona qui s'était déclaré l'année précédente. Mars envisageait de partir au ski avec une sorte d’appareil médical mais un médecin finalement l’en dissuada et il annula preque au dernier moment les vacances même s'il tenait visiblement à partir avec moi. Savait-il que c’étaient ses dernières vacances ?
« - Tu n’es pas trop déçu ? ».
Non je n’étais pas trop déçu, j’étais même soulagé.

Je suis passé à l’improviste le week-end suivant avec mes clés, il préparait sa valise avec mon oncle et c’est la dernière fois que je l’ai vu en vie. C’était émouvant peut-être que je pressentais quelque chose. L'amour que j’éprouvais pour lui et que j'éprouve encore aujourd'hui était très ambivalent et difficile à gérer même encore maintenant. Mars était quand même mon père.

Les semaines passèrent et l’hospitalisation qui m'avait été présentée comme bénigne, une sorte de grosse angine se prolongeait. Nous n'avions aucun contact téléphonique parce que mon père ne pouvait pas parler, il avait des aphtes plein la bouche. Ma mère m'expliqua qu'il s'agissait d'un "muguet" et pour dédramatiser totalement la maladie, elle précisa qu'il s'agissait de la maladie des bovins. Aucune visite à l'hôpital n'était autorisée non plus. On m’expliqua que c’etait parce que je pouvais être porteur de plein d’infections, et de microbes et que le système immunitaire de mon père était très affaibli : il était sous environnement stérile, on ne pouvait lui faire passer de cadeaux autrement qu’emballés sous vide.

Nous avions donc uniquement des échanges par lettres et il n'y en avait pas souvent, mon père subissant beaucoup de traitements très fatiguants, apparemment. Mon père m’écrivait que jj'aurais été très fier de lui, si j'avais pu le voir, qu’il avait encore plus de tubes que Jean (le père de mon meilleur ami Jérôme qui avait subi une hospitalisation l'année précédente) et qu’il se battait très fort pour sortir vite.

A Pâques je passais 15 jours chez mon oncle, je me souviens avoir dévoré « les Chroniques Martiennes » de Ray Bradbury et d'avoir écrit une très longue lettre à mon père lui décrivant ce que je faisais et lui demandant quand je pourrais enfin le voir. La lettre s’appelait « Les Chroniques Papartiennes ».

Le thème de Mars résume à lui seul, l'ambivalence des sentiments que j'éprouve à l'égard de mon père, il y a là toute l’ambigüité de ma relation avec lui : Mars le Dieu de la Guerre, violent et colérique, mais aussi la planète du Système Solaire qui me fascine le plus, la planète rouge et ses possibles traces de vie extra-terrestre, celle qui inspira tant de récits de sciences-fiction, celle que l'on souhaite explorer au sein d'un grand projet spatial, une porte sur l’inconnu, la découverte et une quête d'amélioration de la connaissance. Et c’est aussi mon mois de naissance.

J’ai reçu une réponse sur une carte bristol au milieu du mois de mai. Avec une graphie incertaine écrasée de douleur à cause des traitements, qui tombait vers le bas et où les dernières lettres étaient quasiment illisibles : « Je t’aime beaucoup, Papa ». Le souvenir de ce message d'amour malgré tout ce qu'il devait subir me fait encore pleurer aujourd'hui.


Juin 1985.

Au collège, j’expliquais que mon père était à l’hôpital et j'étais fier de dire qu’il avait plein de tubes mais qu’il allait bientôt sortir. Je lui prêtais un peu la force d'un John Wayne blessé dans un des westerns que nous regardions pendant la Dernière Séance le mardi soir. Mais je m'inquiétais en fait, cela faisait 4 mois que je n’avais plus vu mon père. Alors je me lançais des défis dans la rue :
"- si j’arrive à traverser la route avant que la voiture rouge ne parvienne à ma hauteur mon père sortira de l’hôpital bientôt".
A la piscine : "-si j’arrive à toucher le fond à 5 mètres, alors je verrais mon père pour la rentrée de septembre et le passage en 5ème."
Ma mère m'expliqua alors qu'il n'était pas du tout certain que mon père puisse sortir avant Noël.

Inversion sanguine.
Aucune idée de ce que cela voulait dire, mais ça avait l'air encore plus impressionnant que les tuyaux et les tubes, bref de quoi renforcer ma fierté.
____________________
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Dernière édition par Bulles de Nuit le Lun 19 Mar 2007, 18:50:23; édité 1 fois
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Bulles de Nuit
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MessageLun 19 Mar 2007, 18:08:32 Répondre en citant
Le Visage de la Mort (2/2)

Août 1985.

Trois semaines de vacances au Portugal chez les parents d'un ami à Setubal dont je garde le souvenir vague d'une ville sale et pauvre. Il me semble que j'étais de plus en plus triste et pertubé. J'avais trouvé dans une brocante portugaise une petite mappemonde en bois et je l'avais achetée comme cadeau d'anniversaire pour mon père dont l’anniversaire était le 20. Une petite mappemonde façon Grands Explorateurs Portugais, j'étais sûr que cela lui ferait plaisir, parce que nous avions beaucoup voyagé tous les deux : surtout l'Italie qu'il adorait, mais aussi la Grèce, la Turquie, l’Angleterre, les Pays-Bas, la Belgique. Un beau cadeau... qui trône maintenant au dessus de l'une de mes bibliothèques dans le salon.



20 août.

Planète m'attendait à l'aéroport à Paris avec Pierre (un ami de la famille depuis toujours). C’était le jour de l’anniversaire de mon père, et j'étais bien décidé cette fois à obtenir le droit d’aller le voir à l’hôpital. Dans la voiture j'ai insisté encore et encore, je voulais absolument aller le voir. Maman m'a dit alors :
« - Ton papa est mort, hier ».

Je me souviens très bien de ce que j'ai éprouvé à cet instant. J'ai continué à la regarder avec les yeux grands ouverts. Il y eut un long moment où je ne parvenais pas à comprendre le sens des mots. Je ne sais pas combien de temps a duré cet état, deux minutes peut-être cinq, dix où je n'ai pas été capable d'émettre le moindre son ? La toute première réaction quand j'ai commencé à reconnecter mes pensées et mes sensations fut la perception de la Mort comme stade ultime de la maladie.
"- Ah oui, la mort c’est comme quand on est malade mais encore plus, c’est encore mieux que d’avoir plein de tuyaux et de tubes ou d'avoir une inversion sanguine, ça va impressionner les copains à l’école, parce que mon papa, il est mort".
Et au moment où je formulais cette pensée dans ma tête, ce fut comme si une monstrueuse cascade explosait tout d'un coup et se déversait en moi dans toute la puissance de son horreur, la signification de la Mort m’envahit d'une façon extrêmement brutale et immédiatement le caractère irrémédiable et définitif de l’absence absolue et finale qu'elle impliquait. J'ai tellement pleuré que j'ai longtemps été persuadé que je n’arriverais plus jamais à pleurer avec aussi ce bizarre sentiment de culpabilité lié à ma première réaction.

A partir de ce moment, ce fut un grand trou noir, et l'ensemble des souvenirs de cette époque est comme noyé dans la brume, les ténèbres, tout autour de moi me semble sombre. Il me semble qu'il n’y a plus aucune joie, le choc est énorme et pourtant je suis en même temps débarrassé des angoisses d’avant les week-end et les seuls bleus que je me fais, je me les fais tout seul en faisant du sport.


22 Août (ou est-ce le 21?) à la morgue de l'Hôpital Claude Bernard.

Je tenais à aller voir mon père, Maman pensait aussi que ce pouvait être une bonne chose dans l'acceptation de cette réalité. Je n’avais pas vu mon père depuis 6 mois et demi, la mort je ne comprennais pas vraiment ce que ça voulait dire, déjà les bulles protectrices tissaient et produisaient d’autres univers d'autres réalités. En allant, là-bas près de la Seine je crois, je commençais à refaire le coup des voitures et du feu rouge : "-si j’arrive au trottoir avant la voiture verte, alors tout ça n’est qu’illusion et mon père est juste parti en voyage, aux Etats-Unis où paraît-il on traite le SIDA de façon beaucoup plus efficace…"
La Mort il fallait que je sache.


La matinée était lugubre, il y avait une espèce de lumière froide et blème, une lumière horrible qui collait aux paupières, à la peau, une lumière très blanche qui annihilait toute magie, tout enchantement. Il ne restait que la réalité froide et nue. A chaque fois maintenant que que ma vision enchantée des choses se déchire, que les bulles cessent de se mouvoir un instant, j’ai l’impression de vivre ce que j'ai vécu ce matin là et que la réalité c’est ça : ce matin froid et tour noir d’août 1985, où je ne maîtrisais rien, où je ne pouvais rien dans un théâtre d'ombres atroces que les sortilèges des bulles m'avaient caché. Ce que mes yeux d’enfant ont vu à la morgue ce matin là, c'est la personnification du Virus HIV, c'est le visage de la Mort.

"Vous êtes de la famille?". Je l'affrontais avec mes yeux brillants et je lui répondis d'un air de défi "Oui".

Mes grands-parents et mon Oncle étaient déjà là. Mes grands-parents ne voulaient pas que je vienne ni que j’entre dans la morgue. Mon grand-père a tenté une dernière fois de me dissuader seul dans la grosse voiture de mon oncle. J'étais déterminé et rien au monde n'aurait pu m'arrêter, parce que j'avais besoin d'un exutoire à ma colère. Peut-être que je l'ai impressionné ce jour là, parce que lui savait ce que j'allais voir.

Je suis entré avec Maman. Il y avait deux cercueils. Un superbe cercueil avec des dorures, des croix catholiques, des damasseries vraiment très beau attirait immédiatement l'oeil. Quelqu'un reposait dedans tranquillement comme s'il dormait. Mais il y avait déjà une famille qui se recueillait, ce n’était pas mon père. Alors j'ai tourné la tête et j'ai vu une affreuse caisse en bois, hideuse brute et nue dont la laideur contrastait avec la beauté du cercueil ouvragé qui se trouvait à quelques mètres. Et dedans… une espèce de mannequin de cire avec un drap blanc au travers du torse, d’une maigreur extrême qui rappellait les images de "Nacht und Nebel", les corps de la Shoah.
« -Qu’est-ce que c’est ?
- C’est ton papa ».
- non, c’est pas vrai, je ne le reconnais pas
- Si, c'est ton papa, tu sais la maladie l'a fait beaucoup maigrir depuis 6 mois, il pesait 30 kilos».

Je me suis approché alors pour tenter de le reconnaître, une des paupières était entrouverte mais je n'ai pas réussi à m'approcher suffisamment pour voir si l'oeil était bleu. Je n'y suis pas arrivé, une angoisse et une terreur indicibles m'ont saisi. C’est la pomme d’Adam extrêmement saillante qui m'a rappelé que mon père avait eu une pomme d'adam proéminente, et c'est cette vision qui m'a fait finalement prendre conscience de l’horreur et la misère de la situation, comme l'est cette description ignoble et impudique.

J'ai réculé et je suis sorti après un dernier regard, tout le monde s’accordait à dire que cette chose dans cette caisse, c’était mon papa. Alors malgré tout le ressentiment que je peux encore avoir, malgré toutes les exactions et même les traumatismes que je porte encore aujourd’hui et qui lui sont dus, je me dis que personne ne mérite une maladie aussi effroyable, qui emportait à l'époque un homme en 6 mois.
L’après-midi, on a scellé les cendres de mon père dans une urne au columbarium du Père-Lachaise, j’ai apporté un bouquet de fleurs que j'ai glissé dans le caveau. C'étaient des roses rouges avec un mot «Pour l’éternité. Je t’aime papa».


Depuis, à chaque fois que l’on évoque le SIDA ou que je vois une représentation du virus HIV avec tous ses piquants, à chaque fois que je fais une prise de sang, je revois toujours cette matinée à la morgue et je me souviens des mots de ma mère en rentrant de l’aéroport « ton papa est mort hier». Comment pourrais-je souhaiter à quelqu'un le même sort?
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Dernière édition par Bulles de Nuit le Jeu 24 Mai 2007, 14:21:57; édité 4 fois
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Bluedream
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MessageLun 19 Mar 2007, 18:46:44 Répondre en citant
Texte très émouvant Bulles, plein de...

calins

"Curieux" de le publier aujourd'hui, ou peut-être pas au contraire.

kis
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Il y a des choses qu'on ne peut dire qu'en embrassant... parce que les choses les plus profondes et les plus pures peut-être ne sortent pas de l'âme tant qu'un baiser ne les appelle.
Maurice Maeterlinck
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Bulles de Nuit
Stylo-plume

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MessageLun 19 Mar 2007, 19:00:03 Répondre en citant
Bluedream a écrit:


"Curieux" de le publier aujourd'hui, ou peut-être pas au contraire.


Oui. Ca fait à peu près deux mois que ça me travaille. Et puis aujourd'hui, j'ai 34 ans, je me rapproche petit à petit du jour où j'aurais plus vécu que mon père.

En fait, je crois que je déprime un peu en ce moment.
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Papeete
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Humeur du Jour: Recherche fondations solides

MessageLun 19 Mar 2007, 19:02:41 Répondre en citant
kis kis kis kis kis
pas tres constructif, mais bon....
calins
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Onde
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MessageLun 19 Mar 2007, 19:39:47 Répondre en citant
Pareil, pas de mot, mais... calins
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Yno
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Humeur du Jour: Presque

MessageLun 19 Mar 2007, 20:45:01 Répondre en citant
comme mes petits camarades...
je lis, je me tais...car je ne sais quels mots poser.
mais merci à toi de les avoir posé là, ces maux.

kis kis kis kis
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..." Ô temps ! suspends ton vol, merdeuh...
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j'suis pas las
Invité

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MessageLun 19 Mar 2007, 21:20:34 Répondre en citant
merde , ça fait mal de lire ça !

à chaque phrase , je me disais : j'arrête de lire , c'est pas ma plaçe ...

et puis tout en allant , je me disais : si il l'a posté là , c'est qu'il voulait des commentaires !

alors le voilà , à chaud ou plutôt à froid !

un but , un objectif , faut toujours s'en trouver un . jap:

je clique sur envoyer . oui ? non ? ....
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Ruth
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MessageLun 19 Mar 2007, 22:26:55 Répondre en citant
Quoi? Pourquoi? hein?
Pourquoi tout ça?

c'est pas juste.
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Bluedream
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Humeur du Jour: ...

MessageLun 19 Mar 2007, 22:47:03 Répondre en citant
Ruth a écrit:
Quoi? Pourquoi? hein?
Pourquoi tout ça?

c'est pas juste.


La vie n'est pas juste, tu le sais bien, tout le monde le vit sans forcément l'accepter
mais c'est la vie pas de ma faute
on maîtrise ce qu'on peut, et d'autres choses sont imposées, on fait avec....
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Latcho Drom
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Humeur du Jour: Excusez-moi du peu.

MessageMar 20 Mar 2007, 00:06:56 Répondre en citant
Citation:
L'amour que j’éprouvais pour lui et que j'éprouve encore aujourd'hui était très ambivalent
et difficile à gérer même encore maintenant. Mars était quand même mon père.


J'apprécie ta manière d'aborder ce sujet.
D'entrer dans ton intime, puis-je te demander si cela t'apporte beaucoup de l'écrire ?
Peux-tu m'expliquer cette ambivalence de sentiment et le quand même.

Je me souviens encore du premier texte concernant Mars.

En aparté, qu'est-ce qui n'est pas juste de tomber malade ou de mourir ?

Je peux paraître froide mais ne le suis pas.
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Syane
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MessageMar 20 Mar 2007, 00:35:08 Répondre en citant
J'ai lu, tu le sais.
J'ai beaucoup de mal avec ce sujet, tu le sais.
Mais je vais te dire ce que ça réveille en moi plutôt que je ne sais quoi d'empathie et que de questionner ce que j'ignore de ton histoire.
Parce que.
Ce n'est pas le moment.


Moi je crois que :
La Mort n'a pas de visage unique.
Chacun se figure la Mort.
En général et en particulier.
Alors, la Mort a forcément plusieurs visages.
Quand on la croise de près comme toi, ou comme moi, le kaléidoscope de la mort est sûrement encore plus flashant.
La Mort d'un être proche a plusieurs visages qui correspondent aux phases du deuil du Vivant endeuillé.

Le fait de penser au stade d'atteindre l'âge du Mort est, à mon avis, très sain et vivifiant.

Je t'embrasse.

S.
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Ruth
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MessageMar 20 Mar 2007, 10:05:08 Répondre en citant
Bluedream a écrit:
[
La vie n'est pas juste, tu le sais bien, ....


Bien sûr que je le sais. Mais n'empêche. Parfois j'ai envie de le dire et de le redire encore. Parce que le savoir et s'y résigner, ce sont deux choses différentes.
Et je le sais, mais je ne veux pas l'accepter.


Citation:


tout le monde le vit sans forcément l'accepter
mais c'est la vie pas de ma faute
on maîtrise ce qu'on peut, et d'autres choses sont imposées, on fait avec


Oui, on fait avec. Et cela peut s'entendre de deux manière: on fait avec passivement ou activement.
ET comme je ne me résigne pas,je voudrais préférer l'action
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Ruth
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MessageMar 20 Mar 2007, 10:06:27 Répondre en citant
Latcho Drom a écrit:
[
En aparté, qu'est-ce qui n'est pas juste de tomber malade ou de mourir ?


La souffrance. Celle des parents et celle de leurs enfants.
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Bluedream
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MessageMar 20 Mar 2007, 10:10:10 Répondre en citant
Ruth a écrit:
Oui, on fait avec. Et cela peut s'entendre de deux manière: on fait avec passivement ou activement.
ET comme je ne me résigne pas,je voudrais préférer l'action


Faire avec ne veut pas dire subir, mais qu'il faut bien en tenir compte et s'adapter à certaines choses contre lesquels il ne peut y avoir de combat, comme une maladie inguérissable ou un chromosome qui déconne.
On admet ce facteur, et on agit ensuite dans ce qui est possible.


Sanchi, cousin de Sancho kis
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Une Nouvelle Vie
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Humeur du Jour: Vivre, c'est ne pas se résigner - Camus

MessageMar 20 Mar 2007, 11:00:01 Répondre en citant
Le visage ravagé par la souffrance, la face de la grande faucheuse hideuse qui nous poursuit jusqu’à ce que nous soyons face à elle à notre tour.

Mais elle est là, aussi, dans un visage serein, qui semble dormir parce qu’elle est arrivée sans prévenir, en quelques secondes. Déchirure par sa brutalité, souffrance toute aussi vive.

Quelle que soit son apparence, elle nous construit aussi et elle agit sur notre vie après chaque ras de marée qu’elle provoque. Cette vie dont elle s’emparera quand elle l’aura décidé et à sa façon, pas à notre façon.

lightkyle Bulles
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Arwenn
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MessageMar 20 Mar 2007, 13:29:59 Répondre en citant
Dur à lire, dure à écrire, à ressentir. Faire face au corps de ceux qui ont été vivants. pour leur souvenir, pour nous souvenir. ce corps, un gisant qui n'est plus qu'une réduction du vivant. et pourtant c'est le dernier moment possible avant l'absence complète.
Des regrets de ce qui aurait pu, des questions, de la douleur, un manque. et je soupire résignée : s'ils n'étaient pas là, alors cela voudrait dire que cette vie qui est passée ne m'a pas plus touchée que sa fin.
Trouverais-je des mots pour parler d'un tel silence, pour dire avec pudeur ce qui est à ce point si intime pour celui qui a vécu la mort. J'en doute.

Mais je voulais dire qu'il y a aussi beaucoup d'amour dans ce texte Bulles, de l'amour pour ton père et de l'amour de ton père envers toi.

B.
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Bulles de Nuit
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MessageMar 20 Mar 2007, 14:06:56 Répondre en citant
Syane a écrit:


Le fait de penser au stade d'atteindre l'âge du Mort est, à mon avis, très sain et vivifiant.



pensif
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Bulles de Nuit
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MessageMar 20 Mar 2007, 14:08:16 Répondre en citant
Ruth a écrit:
Bluedream a écrit:
[
La vie n'est pas juste, tu le sais bien, ....


Bien sûr que je le sais. Mais n'empêche. Parfois j'ai envie de le dire et de le redire encore. Parce que le savoir et s'y résigner, ce sont deux choses différentes.
Et je le sais, mais je ne veux pas l'accepter.


Citation:


tout le monde le vit sans forcément l'accepter
mais c'est la vie pas de ma faute
on maîtrise ce qu'on peut, et d'autres choses sont imposées, on fait avec


Oui, on fait avec. Et cela peut s'entendre de deux manière: on fait avec passivement ou activement.
ET comme je ne me résigne pas,je voudrais préférer l'action


Comment faire?
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Bulles de Nuit
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MessageMar 20 Mar 2007, 14:11:55 Répondre en citant
Arwenn a écrit:
Dur à lire, dure à écrire, à ressentir. Faire face au corps de ceux qui ont été vivants. pour leur souvenir, pour nous souvenir. ce corps, un gisant qui n'est plus qu'une réduction du vivant. et pourtant c'est le dernier moment possible avant l'absence complète.
Des regrets de ce qui aurait pu, des questions, de la douleur, un manque. et je soupire résignée : s'ils n'étaient pas là, alors cela voudrait dire que cette vie qui est passée ne m'a pas plus touchée que sa fin.
Trouverais-je des mots pour parler d'un tel silence, pour dire avec pudeur ce qui est à ce point si intime pour celui qui a vécu la mort. J'en doute.

Mais je voulais dire qu'il y a aussi beaucoup d'amour dans ce texte Bulles, de l'amour pour ton père et de l'amour de ton père envers toi.

B.


Très touché par tes mots madame B. kis

Oui, c'est bien la difficulté majeure à gérer cet amour réciproque, ce serait tellement plus simple si mon histoire était manichéenne, je pourrais juste le haïr ou haïr ceux qui me blessent... mais il y a trop de ramifications compliquées.
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Arwenn
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MessageMar 20 Mar 2007, 14:14:31 Répondre en citant
Bulles de Nuit a écrit:


Oui, c'est bien la difficulté majeure à gérer cet amour réciproque, ce serait tellement plus simple si mon histoire était manichéenne, je pourrais juste le haïr ou haïr ceux qui me blessent... mais il y a trop de ramifications compliquées.

c'est souvent le cas avec l'amour et les relations humaines. Allez, kis
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Syane
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MessageMar 20 Mar 2007, 14:27:37 Répondre en citant
Bulles de Nuit a écrit:
Syane a écrit:


Le fait de penser au stade d'atteindre l'âge du Mort est, à mon avis, très sain et vivifiant.



pensif


Eh bien j'y vois comme une possiblité de dépassement symbolique qui peut permettre de "faire avec".
Il n'y a aucun fondement rationnel à cette idée.
Mais y a-t-il un quelconque fondement rationnel à la mort et au deuil, après tout ?

En tout cas, cette idée de "l'âge" relève de mon vécu et elle est donc à prendre avec des pincettes.
Une de mes voies pour être capable de me dire que ce qui compte par-dessus tout c'est d'avoir connu celui qui a disparu, plutôt que d'en rester au stade du regret de sa disparition.
Maintenant, cette idée de "l'âge" n'en est qu'une parmi beaucoup d'autres. Et elle ne touche pas tout le monde de la même façon, évidemment.
Mais comme non seulement tu pensais au fait que tu allais bientôt avoir vécu plus longtemps que lui, mais qu'en plus ce soit le jour de ton anniversaire que tu postes ceci, c'est peut-être un de tes possibles.

Que l'on ait des sentiments mêlés d'amour, de haine, de rancoeur, de gratitude à l'égard de l'autre, en fait il me semble que le plus compliqué c'est d'admettre que plus jamais il n'y aura de communication réciproque avec celui qui est mort.
Et admettre que les sentiments que nous éprouvons envers les morts appartiennent au passé même quand on les écrit au présent.
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Ruth
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MessageMar 20 Mar 2007, 14:37:45 Répondre en citant
Bulles de Nuit a écrit:
Ruth a écrit:
[ET comme je ne me résigne pas,je voudrais préférer l'action


Comment faire?



Pour les autres je ne sais pas.
Pour moi, j'ai choisi de vivre. Vivre pour deux, vivre pour quatre. Vivre jusqu'à l'épuisement.

Quant à savoir ce qu'est vivre, je maintiens mes références:

"j'aimerais qu'on écrive sur ma tombe: elle a aimé, elle a été aimée, elle a vécu." Soeur Emmanuelle
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aubin
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MessageMer 21 Mar 2007, 16:49:47 Répondre en citant

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Démo
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MessageJeu 22 Mar 2007, 09:49:44 Répondre en citant
aubin a écrit:


Voilà! C'est les mots que je cherchais...
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Puisque j'te l'dis !
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