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Paul Claudel, Ballade

 
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Lodela
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Inscrit le: 16 Mai 2006
Messages: 214
Humeur du Jour: En goutte de flamme

MessageMer 30 Aoû 2006, 21:23:25 Répondre en citant
Ballade


Nous sommes partis bien des fois déjà, mais cette fois est la bonne.
Adieu, vous tous à qui nous sommes chers, le train qui doit nous prendre n’attend pas.
Nous avons répété cette scène bien des fois, mais cette fois-ci est la bonne.
Pensiez-vous donc que je ne puis être séparé de vous pour de bon ? alors vous voyez que ce n’est pas le cas.
Adieu, mère. Pourquoi pleurer comme ceux qui ont de l’espérance ?
Les choses qui ne peuvent être autrement ne valent pas une larme de nous.
Ne savez-vous pas que je suis une ombre qui passe, vous-même ombre en transparence ?
Nous ne reviendrons plus vers vous.


Et nous laissons toutes les femmes derrière nous, les vraies épouses, et les autres, et les fiancées.
C’est fini de l’embarras des femmes et des gosses, nous voilà tout seuls et légers.
Pourtant à ce dernier moment encore, à cette heure solennelle et ombragée,
Laisse-moi voir ton visage encore, avant que je ne sois le mort et l’étranger,
Avant que dans un petit moment je ne sois plus, laisses moi voir ton visage encore ! avant qu’il soit à un autre.
Du moins, prends bien soin où tu seras de l’enfant, l’enfant qui nous était né de nous,
De l’enfant qui est dans ma chair et mon âme et qui donnera le nom de père à un autre.
Nous ne reviendrons plus vers vous.

Adieu, amis ! Nous arrivions de trop loin pour mériter votre croyance.
Seulement un peu d’amusement et d’effroi. Mais voici le pays jamais quitté qui est familier et rassurant.
Il faut garder notre connaissance pour nous, comprenant, comme une chose donnée dont l’on a d’un coup la jouissance,
L’inutilité de l’homme et le mort en celui qui se croit vivant.
Tu demeures avec nous, certaine connaissance, possession dévorante et inutile !
« L’art, la science, la vie libre »…, -ô frères, qu’y a-t-il entre vous et nous ?
Laissez-moi seulement m’en aller, que ne me laissiez-vous tranquille ?
Nous ne reviendrons plus vers vous.


Envoi

Vous restez vous, et nous sommes à bord, et la planche entre nous est retirée.
Il n’y a plus qu’un peu de fumée dans le ciel, vous ne nous reverrez plus avec vous.
Il n’y a plus que le soleil éternel de Dieu sur les eaux qu’Il a créées.
Nous ne reviendrons plus vers vous.


Paul Claudel

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Inscrit le: 19 Avr 2005
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Humeur du Jour: ...

MessageVen 01 Sep 2006, 15:08:56 Répondre en citant
Je n'ai jamais lu Claudel, je découvre, c'est joliment dit.


Lodela a écrit:
Pourquoi pleurer comme ceux qui ont de l’espérance ?
Les choses qui ne peuvent être autrement ne valent pas une larme de nous.


Cette attitude est facile à comprendre, facile à faire quand on n'est pas très concerné. Quand c'est soi qui doit se raisonner, ça se complique.

Et puis, ça faciliterait peut-être les humeurs si on pouvait posséder cette facilité à accepter la "fatalité".
Mais refuser la "fatalité" et se battre malgré elle pour faire changer les choses est aussi intéressant, un peu moins fataliste et un peu plus actif.
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Il y a des choses qu'on ne peut dire qu'en embrassant... parce que les choses les plus profondes et les plus pures peut-être ne sortent pas de l'âme tant qu'un baiser ne les appelle.
Maurice Maeterlinck
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Lodela
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Inscrit le: 16 Mai 2006
Messages: 214
Humeur du Jour: En goutte de flamme

MessageVen 01 Sep 2006, 16:56:16 Répondre en citant
Interessant, interessant, mais tout psy qui se vaut dira que l'acceptation (et pas la resignation qui a un caractere de passivité) est la clé de tout.

Vivre en harmonie, en equilibre, c'est accepter ses fragilités mais c'est accepter aussi que les emotions ne sont pas bonnes conseilleres.

Claudel raisonne beaucoup sur la raison et sur Dieu, il ecarte de notre vie toute notion de liberté d'action (à mon sens).

J'aime me referer a cela lorsque je sens mes emotions vaciller car cela est rassurant!

La phrase que tu as souligné est celle qui me touche le plus dans le texte, car l'espoir - decrié par nombre de penseurs, source de passivité- est souvent ce qui nous tient eveillé, mais trop souvent il nous aveugle de fausses realités.

Pleurer pour nos reves: l'image est belle, est-elle vraiment constructive?


PS: que c'est dur d'admettre cela, quand on est comme moi, fan d'art et d'utopie !
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Inscrit le: 19 Avr 2005
Messages: 11 182
Humeur du Jour: ...

MessageVen 01 Sep 2006, 17:07:59 Répondre en citant
Lodela a écrit:
Interessant, interessant, mais tout psy qui se vaut dira que l'acceptation (et pas la resignation qui a un caractere de passivité) est la clé de tout.

Vivre en harmonie, en equilibre, c'est accepter ses fragilités mais c'est accepter aussi que les emotions ne sont pas bonnes conseilleres.

Claudel raisonne beaucoup sur la raison et sur Dieu, il ecarte de notre vie toute notion de liberté d'action (à mon sens).

J'aime me referer a cela lorsque je sens mes emotions vaciller car cela est rassurant!

La phrase que tu as souligné est celle qui me touche le plus dans le texte, car l'espoir - decrié par nombre de penseurs, source de passivité- est souvent ce qui nous tient eveillé, mais trop souvent il nous aveugle de fausses realités.

Pleurer pour nos reves: l'image est belle, est-elle vraiment constructive?


PS: que c'est dur d'admettre cela, quand on est comme moi, fan d'art et d'utopie !


Cette phrase me semblait importante, dans ce texte, je suis d'accord avec l'acception non résignée, sinon on accepte tout sans trier, sans rejeter ce qui est néfaste ou nuisible.

Nous n'avons pas de liberté d'action d'après lui ? pensif
Bah si, le droit de dire non au moins...

En tout cas il est évident qu'il n'est pas agréable de pleurer pour des rêves, surtout que d'habitude on se met à sourire ou rire quand on fait des rêves bleus. angel

pas de ma faute
c'est ma nature, j'y peux rien, Claudel serait d'accord avec moi j'en suis sûr

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Lodela
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Messages: 214
Humeur du Jour: En goutte de flamme

MessageVen 01 Sep 2006, 17:29:31 Répondre en citant
C'est agreable et doux d'apprendre a te connaitre!

Le texte de Claudel relatif au voyage porte aussi et clairement les stygmates de la mort.
Ce voyage dont il parle (et qui concerne les hommes uniquement - j'aime a croire que c'est une traversée vers de nouveaux horizons...) est sans retour, sans regret aussi. C'est ca qui me plait. Ce et ceux qu'il laisse derriere lui ne sont pas des regrets, car c'est la vie qui continue sans lui. J'aime la simplicité et le detachement avec lequel in en parle. Peu de mots pour tant d'emotions!

Si je me livre un peu plus, je dirais que ces mots sont ceux que j'aimerais entendre lire depuis l'au-dela, le jour ou... lo s'ira en la.

C'est vrai que ce texte parait etre une lettre d'adieu veritablement decidé, asusmé, sans doute aucun. La froideur de la decision est incroyable, le recul est grandiose. J'admire cela, la force de pouvoir trancher et imposer.

Il me semble (je parle de moi, oui, moi moi moi) etre de cette froideur, de ne pas avoir peur de m'eloigner pour des raisons autre qu'emotionnelle.

Il y a tant de choses a dire en partant de ces quelques phrases....
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j'suis pas las
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MessageSam 02 Sep 2006, 15:32:29 Répondre en citant
Lodela a écrit:


C'est vrai que ce texte parait etre une lettre d'adieu veritablement decidé, asusmé, sans doute aucun. La froideur de la decision est incroyable, le recul est grandiose. J'admire cela, la force de pouvoir trancher et imposer.

Il me semble (je parle de moi, oui, moi moi moi) etre de cette froideur, de ne pas avoir peur de m'eloigner pour des raisons autre qu'emotionnelle.

Il y a tant de choses a dire en partant de ces quelques phrases....


il semble décidé en effet mais cette derniére phrase
Laissez-moi seulement m’en aller, que ne me laissiez-vous tranquille ?

sonne un peu comme une permission demandée ?


donc pour moi pas si décidé que ça ...
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